A Bruxelles, les ministres des Finances vont tenter ce mardi de trouver un terrain d'entente sur les règles budgétaires du pacte de stabilité, suspendues jusqu'en janvier 2023 en raison de la pandémie. Paris défend la nécessité de les adapter pour favoriser la croissance européenne, Berlin insiste sur la validité du mécanisme du pacte. Les différentes crises traversées par la zone euro depuis 2008 ont montré qu'il fallait les adapter.Le débat sur le pacte de stabilité et de croissance, ce mécanisme qui oblige les Etats membres de la zone euro à limiter leur déficit budgétaire à 3% du PIB et leur dette publique à 60% du PIB, est lancé ce mardi à Bruxelles, à l'occasion d'une réunion des ministres des Finances de la zone euro (Ecofin) présidée par Bruno Le Maire. Lundi, ce dernier a donné le ton dans un entretien aux Echos en affirmant que "les règles actuelles européennes sur la dette publique sont obsolètes" sans toutefois remettre en cause le pacte, un instrument qui est censé faire converger les économies de la monnaie unique.
"Il faudrait une modification des traités"
De son côté, son homologue allemand, le libéral Christian Lindner, ne pense pas "qu'on puisse de façon réaliste s'attendre à des changements fondamentaux sur les critères de dette et de déficit, pour lesquels il faudrait une modification des traités". Olaf Scholz, le chancelier allemand, en visite à Madrid, a précisé lors d'une conférence de presse tenue avec le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez que le pacte restait "la base" à partir de laquelle les Européens continuent "à marcher ensemble dans les années à venir" et constituait "le cadre dans lequel nous avons pu mettre en place, par exemple, le plan de relance européen" post-Covid, plan dont l'Espagne et l'Italie ont été les grands bénéficiaires à travers une aide constituée en partie de subventions.
L'opposition entre Paris et Berlin n'est pas aussi tranchée qu'elle en a l'air sur ces règles qui sont suspendues jusqu'à janvier 2023 en raison de la pandémie. Certes, la nouvelle coalition allemande après les 16 années de leadership d'Angela Merkel doit rassurer une opinion et des alliés (les pays du nord "frugaux") qui restent attachés à la rigueur budgétaire et refusent de partager le poids des dettes des pays "cigales" (les pays du sud de l'Europe).
Mais Paris, qui préside pour six mois le Conseil de l'Union européenne, entend adapter un système rigide qui n'est pas l'outil optimal pour faire face aux turbulences économiques, comme on l'a vu dans la crise financière de 2008, celle de la dette européenne, notamment de la Grèce, et aujourd'hui celle de la pandémie. Sans compter que faire bouger les lignes constituerait un bon point sur l'Europe pour le futur candidat Macron à l'élection présidentielle.