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ÉconomieUnion européenne

Trois mois après les élections, la Catalogne n'a toujours pas de gouvernement

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 28 décembre 2015 à 10:55 - Mis à jour le 28 décembre 2015 à 11:16

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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La gauche radicale indépendantiste n'a pas pu décider si elle soutenait ou non Artur Mas à la tête de la Catalogne. La majorité parlementaire indépendantiste est toujours incapable de trouver une entente. La perspective de nouvelles élections se rapproche...

La Catalogne n'a pas trouvé ce dimanche 27 décembre de solution à sa crise politique. Trois mois après les élections régionales qui avaient donné une majorité absolue de sièges - mais non de voix - aux partis indépendantistes, la CUP, parti sécessionniste de gauche radicale dont l'appui est indispensable à la constitution de cette majorité, se réunissait en « assemblée nationale » à Sabadell. L'enjeu de ce congrès était de répondre à cette question : la CUP doit-elle soutenir la candidature d'Artur Mas, le centriste indépendantiste, à la présidence de la Catalogne ?

Pas de gouvernement depuis le 27 septembre

Le refus des députés de la CUP de voter en la faveur de ce dernier début novembre avait conduit à un blocage politique, car il n'existe pas d'alternative politique à une majorité indépendantiste en Catalogne. Les députés de la CUP ont tenté d'imposer une autre figure à la tête de la région, y compris un autre « modéré. » Mais en vain. Artur Mas, actuel président de la Generalitat, le gouvernement catalan, ne veut pas retirer sa candidature. Et l'alliance qu'il est parvenu à construire non sans mal en juillet, Junts Pel Sí, qui regroupe son parti, la CDC, et les républicains de gauche, ERC, n'entend pas le lâcher.

Enjeu du choix de la CUP

Les délégués de la CUP devaient donc se décider pour ou contre Artur Mas. L'enjeu n'est pas mince. Il ne s'agit ni plus, ni moins que de former un gouvernement à Barcelone chargé de mettre en branle la déclaration votée fin octobre par la nouvelle majorité (formée, donc, de Junts Pel Sí et de la CUP) et prévoyant l'engagement d'un processus de séparation avec l'Espagne. Une déclaration qui a été annulée par le tribunal constitutionnel (TC) espagnol, mais qui indiquait précisément qu'elle plaçait les décisions de l'assemblée catalane au-dessus des décisions du TC espagnol. Pour les délégués de la CUP, il s'agissait donc de choisir s'ils allaient au-delà de leurs répugnances pour Artur Mas - que beaucoup accusent d'incarner un « ancien régime » corrompu et austéritaire - pour engager pleinement le bras de fer avec Madrid et le processus d'indépendance.

Match nul au sein de la CUP

Or, dimanche à Sabadell, la CUP a été incapable de choisir. Après trois tours de scrutin, le soutien à Artur Mas a obtenu 1515 voix et le rejet de ce soutien a également obtenu... 1515 voix. Un résultat ubuesque qui a placé les dirigeants de la CUP dans une situation difficile. La décision est donc une nouvelle fois reportée (cette assemblée nationale suivait un premier vote des militants début décembre tout aussi indécis). Ce sera finalement le groupe parlementaire et le conseil politique, en tout environ 70 personnes qui devront décider de la position finale de la CUP face à Artur Mas le 2 janvier prochain. Désormais le temps presse, car si le 9 janvier aucun président catalan n'est élu, l'assemblée sera automatiquement dissoute et il faudra de nouveau se rendre aux urnes en mars. Et, dans ce cas, une nouvelle victoire du camp indépendantiste est loin d'être acquise, surtout après ces trois mois de débats interminables.

Artur Mas en difficulté

La CUP a donc tenté une nouvelle fois de reporter la pression sur Junts Pel Sí. La députée Anna Gabriel a demandé à la liste indépendantiste de proposer un autre candidat. Certes, il s'agit pour la CUP avant tout de sauvegarder à la fois sa ligne et son unité. Mais, il est vrai qu'Artur Mas est particulièrement fragilisé. L'alliance indépendantiste de centre-droit qu'il a constituée pour les élections générales espagnoles du 20 décembre n'est arrivée en Catalogne qu'en quatrième position avec 15,08 % des voix, alors qu'en 2011, sa liste Convergencia i Unió (CiU) avait obtenu 29,35 % des voix. Pour la première fois, la Gauche républicaine catalane (ERC) a dépassé les centristes avec 15,98 % des voix (7,06 % en 2011).

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ERC jouerait-elle la montre ?

Les dirigeants d'ERC ont fait savoir, en décembre, qu'ils jugeaient que l'expérience de Junts Pel Sí était un échec et que les indépendantistes divisés auraient sans doute eu davantage de voix que sous la forme d'une liste unique. C'est donc une critique à peine voilée de la stratégie d'Artur Mas. Reste qu'ERC a accepté cette stratégie et est donc normalement solidaire de cette stratégie. Il est difficile pour ce parti de jouer sa carte contre Artur Mas si ce dernier refuse de se retirer. En revanche, en cas de nouveau scrutin, ERC pourrait aller seul devant les urnes et arriver en tête du camp indépendantiste. Et ainsi revendiquer la future direction de la Catalogne en évinçant Artur Mas après les élections de mars 2016. Bref, pour Artur Mas, la situation n'est pas plus simple que pour les dirigeants de la CUP. En s'accrochant à son fauteuil de président, il prend le risque de tout perdre.

Quel résultat en cas d'élection en mars ?

En réalité, il est bien difficile de déterminer aujourd'hui à quoi ressemblera l'issue d'une nouvelle élection catalane. Le 20 décembre, l'alliance « En Comú » entre Podemos, la gauche unie et les proches d'Ada Colau, la maire de Barcelone, sont arrivés en tête en Catalogne avec 24,7 %. Pourront-ils renouveler la même performance (et même renouveler la même alliance) en cas de nouveau scrutin catalan ? C'est loin d'être sûr. Cette alliance repose sur une ambiguïté face à l'indépendance : elle ne se prononce pas sur le fond, mais demande un référendum sur la question. Dans le cadre d'un scrutin polarisé autour de la question de l'indépendance, sa position est moins confortable et, le 27 septembre, Podemos et la gauche unie avaient obtenu 9 % des voix seulement.

L'énigme Podemos

La situation sera encore rendu davantage complexe par les tractations espagnoles pour former un gouvernement. Les Socialistes espagnols du PSOE ont exigé de Podemos qu'il renonce à toute idée de référendum sur l'indépendance de la Catalogne comme préalable à toute alliance au niveau espagnol. Si Podemos devient ouvertement unioniste, nul ne sait comment les électeurs de « En Comú » se comporteront en mars. Ce peut être le pari de certains indépendantistes de gauche de miser sur une conversion de Podemos à l'unionisme pour favoriser une victoire d'ERC en mars et la formation d'un gouvernement séparatiste dirigé par cette formation, donc acceptable par la CUP.

Le facteur espagnol

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Mais il est aussi possible que ces trois mois de discussions autour d'Artur Mas et d'indécision provoque un recul des formations indépendantistes en Catalogne en mars. Lors du premier semestre 2015, on a pu constater que plus la gauche est forte en Espagne, moins l'indépendantisme est fort en Catalogne, région la plus marquée à gauche du Royaume. Si le PSOE réussit à construire une alliance avec Podemos, fût-ce au prix d'un abandon de l'idée de référendum, l'indépendantisme pourrait reculer en Catalogne. En revanche, si le Parti Populaire demeure au pouvoir à Madrid, les partis sécessionnistes pourraient encore espérer obtenir une majorité parlementaire. Tout dépendra donc à la fois des forces en présence, de la teneur de la campagne et de la situation à Madrid. Reste que, ce lundi matin, la presse indépendantiste à Barcelone n'était guère optimiste et parlait d'occasion manquée pour l'indépendantisme catalan. Mais la messe est encore loin d'être dite.

Romaric Godin

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