Un consulat à Roscoff : l'Irlande post-Brexit soigne la Bretagne, sa porte d'entrée dans l'UE

La République d’Irlande a inauguré un consulat honoraire à Roscoff, et nommé le président de la compagnie maritime bretonne Brittany Ferries, Jean-Marc Roué, pour incarner la fonction de premier consul. Une portée symbolique pour un objectif bien tangible : renforcer encore les relations entre la France et l’Irlande à partir des régions côtières comme la Bretagne. En effet, en 2021, les échanges commerciaux post-Brexit entre les deux pays ont déjà grimpé de 18%.
Le ministre délégué auprès du ministre de la Justice irlandais, James Browne, et Jean-Marc Roué, consul honoraire d’Irlande ont inauguré, début septembre, les bureaux du consulat au siège de la compagnie Brittany Ferries à Roscoff (Finistère).
Le ministre délégué auprès du ministre de la Justice irlandais, James Browne, et Jean-Marc Roué, consul honoraire d’Irlande ont inauguré, début septembre, les bureaux du consulat au siège de la compagnie Brittany Ferries à Roscoff (Finistère). (Crédits : ©Lou Benoist / Brittany Ferries)

Lors de l'inauguration du premier consulat honoraire de Bretagne le 2 septembre à Roscoff en compagnie de l'ambassadeur d'Irlande en France, Nial Burgess, James Browne, ministre délégué auprès du ministre de la Justice irlandais, assurait : « La France est maintenant le plus proche voisin de l'Irlande au sein de l'UE, et la Bretagne est la région la plus proche de nous. »

Ce faisant, il reprenait en l'adaptant une formule volontiers utilisée par Jean-Marc Roué, le président du directoire de la compagnie maritime bretonne Brittany Ferries, lui aussi présent à la cérémonie puisque c'est lui qui est nommé pour incarner cette nouvelle fonction de consul honoraire de la République d'Irlande en Bretagne, à Roscoff, la ville qui accueille le siège de la Brittany Ferries.

Rebond post-Brexit du commerce entre la France et l'Irlande (+18%)

La mission de Jean-Marc Roué, bénévole, sera double. Le consul français portera d'une part assistance aux ressortissants irlandais qui ont besoin d'un secours, de papiers d'identité ou d'un rapatriement. De l'autre, il veillera à contribuer au développement des relations économiques et commerciales, universitaires, culturelles entre la République d'Irlande et la Bretagne.

Cette intronisation s'inscrit dans un contexte de rebond post-Brexit dont l'Irlande, par sa position, tire un certain profit dans ses relations avec la France.

En 2021, le commerce entre les deux pays a en effet bondi de 18%, après une année 2020 où les échanges bilatéraux de biens et de services ont dépassé - en pleine pandémie de Covid - les 30 milliards d'euros.

Cette coopération a d'ailleurs été formalisée dans le cadre d'un Plan d'action commun entre la France et l'Irlande 2021-2025 qui, au-delà du commerce, vise à renforcer les liens dans des domaines comme le développement durable, l'économie numérique, la culture, l'éducation et la recherche.

La France est le septième client de l'Irlande et son troisième fournisseur.

La France, 2e destination européenne pour les investissements irlandais

« Les entreprises françaises se développent en Irlande, et la France est l'un des principaux marchés pour les biens, services et produits agricoles irlandais », a rappelé le ministre Browne. Selon des statistiques du Central Statistical Office 2021, la France est le septième client de l'Irlande et son troisième fournisseur.

En 2021, elle était aussi la deuxième destination européenne pour les investissements irlandais, souligne pour sa part le service économique et commercial de l'ambassade d'Irlande à Paris, citant le chiffre de 4,8 milliards d'euros d'actifs détenus dans l'Hexagone.

Dans le secteur de l'agriculture, la République d'Irlande fournit l'Europe en jeunes bovins. De même, la majorité des huîtres élevées dans les parcs ostréicoles bretons naissent en Irlande.

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Celtic Interconnector,  un projet d'interconnexion électrique emblématique

A l'échelle mondiale, la France est le premier client du pays pour la viande ovine et les fruits de mer, et son deuxième client pour la viande bovine. Au sein de la zone euro, elle est son deuxième client pour les produits alimentaires et les boissons et son quatrième marché mondial dans cette catégorie.

Face au changement climatique et à l'augmentation des coûts énergétiques, les deux pays se tournent aussi davantage vers les énergies renouvelables.

Avec en ligne de mire un projet d'interconnexion électrique emblématique. Les travaux sur le Celtic Interconnector débuteront à l'automne. Porté par RTE et son homologue irlandais EirGrid, cette ligne sous-marine vise à permettre l'échange d'électricité entre la France (via le Finistère) et l'Irlande vers 2027.

« La collaboration avec l'Irlande est stratégique » assurait Jean-Marc Roué à La Tribune en mars dernier.

Augmentation post-Brexit de 15% sur le fret

Le patron de la Brittany Ferries est bien placé pour observer que, depuis le Brexit, de nombreuses entreprises irlandaises choisissent la voie maritime plutôt que de traverser le Royaume-Uni pour leurs échanges avec l'UE, évitant ainsi les formalités douanières supplémentaires et les délais.

« Depuis 2019, la Brittany Ferries a transporté 115.000 passagers entre les deux pays, ce qui représente une augmentation de 43% et de 15% pour le fret », a souligné le nouveau consul lors de l'inauguration.

La destination Irlande contribue au regain d'activité de la compagnie, fortement touchée en 2020 et 2021 par la crise sanitaire et le Brexit. De 469 millions d'euros en 2019, son chiffre d'affaires avait chuté de plus de la moitié à 202,4 millions d'euros en 2021.

Fondée en 1972 par des agriculteurs bretons en quête de nouveaux débouchés Outre-Manche, la compagnie s'est tournée vers l'Irlande dès 1978.

« En 45 ans, nous sommes devenus le pont maritime entre l'Irlande et la Bretagne. Ce lien a été renforcé avec le doublement en 2022 de la liaison Roscoff-Cork et la signature d'un contrat de trois ans entre la société du port de Cork et Brittany Ferries, le 6 avril dernier » a ajouté Jean-Marc Roué.

Les chiffres pour la saison touristique 2022 ne sont pas calés mais la Brittany Ferries indique que ses lignes irlandaises n'ont jamais été aussi fréquentées.

Symbole de cette relation croissante, la compagnie prévoit de leur affecter prochainement son navire le Salamanca, fleuron de sa flotte de transition énergétique (GNL).

L'objectif de la Brittany Ferries est d'accueillir 100.000 passagers en 2022 sur ses lignes vers l'Irlande, ce qui représenterait 30% de croissance par rapport à 2021.

Plus globalement, le vice-président de la Région Bretagne en charge de l'international et de l'Europe Stéphane Perrin s'est pour sa part félicité « des perspectives de collaboration entre les ports français et irlandais que nous n'avions pas soupçonnées, grâce au Brexit ».

Le nombre de liaisons entre les ports irlandais et français a quadruplé et connu un essor spectaculaire en 2021, passant de 12 traversées hebdomadaires à près de 50.

Lire aussiLes priorités fiscales changeantes de l'UE et du Royaume-Uni dans l'ère post-Brexit

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Commentaire 1
à écrit le 16/09/2022 à 22:47
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J'aime beaucoup cet article, il est en effet nécessaire de tisser des liens forts entre nos deux Pays que sont l'Irlande et la Bretagne. Mais il faut aussi créer une Europe politique forte. C'est essentiel pour BZH puisque le voisin Francien/Paris no...

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