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En se donnant du temps, Bosch a pu devenir un leader innovant

Photo de Mathias Thépot

Mathias Thépot, à Stuttgart

Publié le 07 décembre 2014 à 13:00 - Mis à jour le 07 décembre 2014 à 13:12

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Grâce à une structure capitalistique stable et originale, l’emblématique firme allemande basée à Stuttgart dégage des moyens pour innover. Dans l’industrie automobile, Bosch est notamment à l'origine du système anti-blocage des roues (ABS) et du correcteur électronique de trajectoire (Esp) aujourd’hui généralisés par tous les constructeurs.

Bosch, c'est un peu ce qui est censé se faire de mieux dans l'industrie allemande, si enviée par les élites françaises dirigeantes. Elle possède 280.000 salariés dans le monde dont 107.000 sont basés en Allemagne. De quoi faire rêver à l'Elysée, à Matignon et à Bercy. Etablie à Stuttgart, Bosch compose avec Porsche et Daimler un trio ultra pourvoyeur d'empois pour la région. La capitale du Bade-Wurtemberg s'établit grâce à ces trois institutions comme un pôle d'excellence mondial dans l'industrie automobile.

Car Bosch, ce n'est pas que des perceuses et des machines à laver. L'entreprise allemande est avant tout un grand fournisseur d'équipements pour les automobiles, les motos et les poids lourds. Ce marché représente les deux tiers de son activité. En parallèle à la production de composants moteurs ou de systèmes d'assistance aux conducteurs, Bosch mise désormais sur l'invention des capteurs micromécaniques (les Mems) qui constituent la technologie de voute de l'interconnexion des objets connectés par internet, qui sont aussi bien utilisés dans les voitures que dans les smartphones.

Miser sur la recherche appliquée

S'appuyant sur ses 46 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuels, la firme ne lésine par sur les moyens pour innover : elle y consacre 4,5 milliards d'euros par an. Elle a notamment investi 310 millions d'euros pour monter à Renningen, à 25 kilomètres de Stuttgart, un gigantesque centre dédié à la recherche et à l'ingénierie. Il est censé accueillir, à la rentrée 2015, 1.200 ingénieurs provenant de tous les métiers du groupe, et 500 étudiants ingénieurs en herbe. Le but de rassembler tous les métiers pour la recherche appliquée est de "favoriser l'interdisciplinarité", explique Michael Bolle, le président des activités globales de recherche et développement au niveau du groupe. Pour in fine générer davantage de production et de résultats.

D'ailleurs à Renningen, les objectifs sont clairs : "Ici nous ne cherchons pas à gagner des prix Nobel, nous voulons des résultats concrets", explique en souriant un porte-parole du groupe. Tout est mis en place pour que la productivité soit optimale. Si comme dans la plupart des entreprises, les bureaux sont disposés dans des « open spaces », ce qui impressionne à Renningen c'est le nombre de salles de réunion et/ou d'isolement qui sont mises à disposition des ingénieurs. "Au cas où quelqu'un parle trop fort dans les bureaux, ces salles seront très utiles pour se concentrer de manière isolée", explique Klaus Georg Bürger, qui pilote l'installation à Renningen.

Objectif Asie

En parallèle à l'aménagement de ce site flambant neuf pour les ingénieurs, Bosch garde autour de Stuttgart plusieurs usines. Les plus grandes sont situées à Feuerbach qui accueille 12.000 emplois sur un site de 530.000 mètres carrés. Les ouvriers y confectionnent notamment des pièces pour les systèmes de moteurs diesel. Un autre site similaire est situé à Jihlava en République tchèque, où le coût des salaires est moins élevé.

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Sur le segment du diesel, comme pour ses autres activités, la firme allemande mise beaucoup sur ses ventes en Asie, un continent qui a fortement soutenu le développement de l'industrie outre-Rhin depuis le début des années 2000. "Les pays asiatiques sont en train de reprendre la part qu'ils possédaient dans le PIB mondial au 19ème siècle", rappelle Uwe Raschke, membre du directoire de Bosch, pour justifier les velléités de développement de son groupe en Asie.

Une structure capitalistique originale...

La France doit-elle prendre exemple sur ce type de champion industriel allemand ? Difficile à dire tant les cultures des deux pays sont différentes. En revanche, il est intéressant de se pencher sur la structure de l'actionnariat de Bosch, assez originale. Elle est en fait possédée à 92% par sa fondation, qui perçoit de faibles dividendes (78,6 millions d'euros pour un résultat global du groupe de 2,3 milliards d'euros en 2013) destinés à soutenir des projets d'utilité publique. La fondation n'a en revanche pas le droit de regard sur la stratégie du groupe puisque les dirigeants opérationnels de Bosch, qui ne disposent que de 1% du capital, possèdent en revanche 92% des droits de vote aux assemblées générales.

L'intérêt de ce montage spécifique est en premier lieu de se protéger contre les spéculations sur le capital venant de l'extérieur, ce qui permet de voir à plus long terme. Non coté en bourse, Bosch ne subit pas les exigences des investisseurs obsédés par le rendement à court terme, même si les objectifs du groupe restent élevés : 8% de croissance chaque année pour le chiffre d'affaires et 8% de marge opérationnelle.

...Qui donne du temps pour développer des innovations

La structure capitalistique de l'entreprise a par exemple permis de généraliser la technologie ABS (un système anti-blocage des roues). Inventée par Bosch en 1978, elle n'a pas pleinement séduit les premières années. Selon un porte-parole, si le groupe avait dû répondre à des exigences des marchés à court terme, il n'aurait certainement pas pu maintenir ses investissements pour laisser le temps à cette technologie de s'installer sur le marché. Désormais, toutes les voitures en sont équipées. L'histoire est la même pour le correcteur électronique de trajectoire (Esp) développé par Bosch en 1993 et qui s'est progressivement démocratisé pour devenir obligatoire en Europe sur toutes les voitures neuves à partir du 1er novembre 2014.

La vision de Robert Bosch

Cette conception entrepreneuriale qui vise à lutter contre les exigences des marchés à court terme est en réalité celle du fondateur du groupe, Robert Bosch. De ce point de vue, il est un peu le Henry Ford allemand : Robert Bosh est le premier chef d'entreprise à limiter la journée de travail à huit heures, il accorde en 1910 le samedi après-midi et le droit à un régime de congés payés. Comme son homologue américain, il estime que sa propre richesse ne sera que la résultante des bons salaires qu'il paie à ses ouvriers. Cette éthique semble avoir perduré dans le temps au sein du groupe. A Stuttgart, on travaille parfois chez Bosch de père en fils. Le turnover y serait très faible, même dans les bureaux en Chine ! Un pays où les salariés sont pourtant réputés peu fidèles à leur entreprise.

La vision de Robert Bosch est certes libérale, mais l'absence de règles rendait certainement pour lui nécessaire de s'imposer une éthique puissante et de rendre une partie des gains à la société. Avant sa mort, ce militant de la réconciliation franco-allemande durant l'entre-deux-guerres avait ainsi appelé de ses vœux la création d'une fondation qui soutiendrait la santé, l'éducation, la formation, la réconciliation entre les peuples et le soutien des talentueux. Ceci a été fait. Grâce aux dividendes, 1,2 milliard d'euros ont été redistribués depuis 1964 par le groupe à la fondation Bosch.

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Mais il ne faut pas se tromper, la fondation ne s'immisce en aucun cas dans l'activité du groupe. Chez Bosch, on est très attaché à garder les choses bien à leur place. Le message est clair. La philanthropie c'est bien, mais Bosch est avant tout un groupe sérieux qui produit de la qualité : "Nous ne voulons pas que l'on achète des produits Bosch sous prétexte que c'est une entreprise gentille", explique un porte parole de la fondation. A Stuttgart, Business is Business.

Mathias Thépot, à Stuttgart

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