Comme expliquer l'écart des dépenses publiques Allemagne-France

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Olivier Passet, directeur des synthèses économiques de Xerfi. / DR
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, l'écart des dépenses publiques Allemagne-France

Près de 13 points d'écart entre la France et l'Allemagne concernant le poids des dépenses publiques dans le PIB, c'est considérable et à la fois étonnant, puisque l'Allemagne demeure une référence d'Etat providence. Comprendre cet écart promet alors d'être éclairant puisque :

 1/ Même si l'état allemand est moins redistributif que par le passé, les inégalités sont de même ordre de part et d'autre du Rhin.

 2/ Il reste doté d'un système de santé ou d'éducation au moins aussi efficace et socialisé que celui  de la France.

 Alors comment fait-on 13 points de dépenses en moins avec des services rendus si proches ?

Pour appréhender la question il faut distinguer les écarts permanents et les évolutions plus récentes. Car rappelons que sur moyenne période il existe un écart structurel et stable de 5,2 points entre les dépenses françaises et allemandes. En revanche, après 2003, cet écart s'est accru de manière abyssale de près de 7,5 points.

Premier point, l'écart structurel

Il est massivement expliqué par les frais de fonctionnement (les rémunérations, les dépenses de sous-traitance et les intrants). Un écart moyen et stable de 5,8 points depuis 20 ans.  Presque entièrement le fait des rémunérations, 5 points en moyenne sur les 5,8 que j'ai mentionnés. Et lorsque l'on creuse encore on voit que l'écart est concentré dans la santé, l'éducation et la protection sociale.

Alors comment l'Allemagne peut-elle fonctionner avec si peu de moyens?  Paradoxe alors que les taux d'encadrement scolaires et médicaux sont supérieurs. Ceux qui y voient le résultat d'une purge massive de l'emploi dans ces fonctions et d'une incroyable efficacité de ces secteurs se leurrent en partie. L'emploi statutaire a certes diminué depuis 15 ans mais pas le poids des rémunérations. Sa faible baisse est compensée par la hausse de frais de sous-traitance. Non si l'écart est aussi massif, avec la France mais aussi avec la plupart des autres pays, c'est que d'autres circuits participent à l'Etat social et notamment les églises. Le réseau hospitalier des Eglises représente environ 30% de la capacité hospitalière du pays, le personnel employé dans ce domaine dépasse le million. Les organisations confessionnelles participent aussi à la formation, assurent la préparation aux diplômes d'Etat dans les professions de santé par exemple. Bref le système est inimitable pour la France à moins de débudgéter l'emploi public pour le faire porter par les églises. Préconisation que je ne retiendrai pas.

Venons-en maintenant au creusement de plus de 7 points depuis 10 ans

5,2 points viennent de la protection sociale ; dont 3,9 points sont imputables à la réforme des retraites (plus de capitalisation et alignement des droits entre public et privé). Il y a là des sources d'inspiration, mais il faut accepter alors un changement institutionnel profond.
Le reste se répartit entre le financement des risques liés au chômage, au logement  et à l'exclusion.

Et hors dépenses sociales, les sources d'économie sont diffuses... moins de subventions, moins d'aide en capital, reflux des coûts liés à la réunification aidant. Moins de charges relatives d'intérêt aussi.

Si la France désire demeurer dans un système de retraites par répartition, on constate alors qu'en dépit de ses 13 points d'écart, l'Allemagne n'offre pas d'autre solutions miracles que celle de l'addition de petites économies dans tous les domaines.

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Commentaires
a écrit le 12/12/2014 à 16:09 :
Il faut tenir compte du protectionnisme allemand.Un exemple ? La bière .Lorsque les brasseurs Asaciens ont réussi à prendre 20 % du marché un loi sur la pureté de la bière a été essortie.Résultat plus de bière française en Allemagne...
a écrit le 12/12/2014 à 13:52 :
Ils faut bien voir que en Allemagnes les aides au étranger sont minime, que se soit dans la santé, le logement, et le reste..... Il y a aussi Mons de fonctionnaires, beaucoups dépende des region est sont sous contract, les professeurs de l'éducation nationnal travail plus par semaine et au total de l'année....la politique carcéral est plus juste, les étranger delinquant sont renvoyer cher eux..... Il y a moins de represententation polique inutile ......
a écrit le 05/12/2014 à 13:36 :
« Les églises représentent environ 30% de la capacité hospitalière du pays, le personnel employé dans ce domaine dépasse le million ».
Attention il faut expliquer : c´est vrai que de nombreux hopitaux sont gérés par les églises … mais les frais de fonctionnement sont largement couverts par l´état donc les contribuables au même titre que les hopitaux communaux, universitaires etc.
La différence, les églises jouissent d´un propre droit du travail qui défavorisent les employés dans de nombreux domaines. C est une situation très critiquée en Allemagne. Cela touche non seulement les conditions de travail mais interfère dans la vie privée du personnel. Par exemple un chef toubib qui divorce et se remarie est foutu à la porte sur le champ ! Pour pouvoir travailler dans un tel etablissement la condition est d être « adhérent actif » d une eglise et de payer l impôt sur l église.
Les patients eux paient le même prix pour une prestation hopital église ou non église.
L etat y gagne et ne fait rien pour abolir ce systeme de castre. C´est honteux !
Réponse de le 12/12/2014 à 12:41 :
L'état allemand va certe mieux que l'état français mais c'est au dépend des allemands (travail mal payé et temporaire, petite retraites, ....)
Je ne pense pas que nous soyons si mal que cela en France. Il nous faut juste plus d'audace.
a écrit le 05/12/2014 à 13:20 :
Pour les expliquer il faudrait que le calque soit quasi à l' identique pour les deux ...
a écrit le 05/12/2014 à 12:11 :
« Les églises représentent environ 30% de la capacité hospitalière du pays, le personnel employé dans ce domaine dépasse le million ».
Attention il faut expliquer : cest vrai que de nombreux hopitaux sont gérés par les églises … mais les frais de fonctionnements sont largement couverts par l état au meme titre que les hopitaux « laiques » communaux, universitaires etc.
La différence, les eglises jouissent d´un propre droit du travail qui défavorisent les employés dans de nombreux domaines. C est une situation très critiquée en Allemagne. Par exempe un chef toubib qui divorce et se remarie est foutu à la porte sur le champ ! Pour pouvoir travailler dans un tel etabissment la condition est d etre « membre actif » d une eglise et de paye l impôt sur l église …..
a écrit le 04/12/2014 à 23:40 :
la cigale et la fourmi
a écrit le 04/12/2014 à 19:40 :
nous on sait dépenser , c'est dans nos gènes ! la preuve 2 mille milliards d'investissement depuis 40 ans .
Réponse de le 12/12/2014 à 13:22 :
Et presque autant en Allemagne ...

Mais notre etat dépense trop et surtout mal..et il collecte trop peu d'IR ( La France est un paradis fiscal larvé grace aux niches monstrueuses )

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