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Entreprises & Finance - La Tribune Région Sud

Comment Luxiplume redonne du lustre à un métier oublié

Carole Payrau

Publié le 09 mai 2017 à 16:13 - Mis à jour le 09 mai 2017 à 16:27

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Cette jeune entreprise installée à Marseille remet au goût du jour la rénovation et la fabrication artisanale d’articles de literie.

Cette activité-là était passée en France aux oubliettes, alors qu'elle a toujours cours à l'étranger, notamment dans les pays de l'Est. Et Antonina Masero, couturière établie au Carburateur à Marseille, a décidé de lui redonner vie... Ce métier, c'est la rénovation (mais aussi la fabrication artisanale) de couettes et d'oreillers. Pas n'importe lesquels, toutefois : ceux en plumes... avec la volonté de proposer une alternative durable aux articles de literie synthétique. Une activité qui nécessite concrètement d'ouvrir les édredons, couettes et autres oreillers, puis de retraiter les plumes. Celles-ci sont tour à tour triées afin d'en extraire la poussière, subissent un traitement à la vapeur, sont chauffées, séchées, avant d'être stérilisées à la lampe à UV. Regonflées à bloc, les plumes réintègrent ainsi une enveloppe neuve, laquelle peut être agrémentée de plumes supplémentaires afin de retrouver le bon volume...

Soutien total

Mais que l'on se rassure : Antonina Masero ne se charge pas de ces missions de ses petites mains. Elle se sert pour cela d'une machine à trois compartiments, de la marque allemande Lorch et achetée de l'autre côté du Rhin... d'occasion. "En France, on ne compte que trois engins de ce type. Il faut donc s'équiper à l'étranger, car elles sont difficiles à trouver"... De la complexité de redonner de la sève à un métier oublié. Ce n'est pas la seule difficulté, d'ailleurs, témoigne la créatrice. "J'ai dû multiplier les arguments pour obtenir un prêt, car les banques, frileuses, ne croyaient pas en mon activité. Déjà parce qu'elles ne la connaissaient pas. Il a fallu donc faire preuve de pédagogie... Mais aussi parce que, pour certaines, il n'y avait pas de marché, prédominance du synthétique oblige. Or, c'est faux : j'ai réalisé une étude et envoyé un questionnaire en e-mailing à l'échelle nationale. Et il en est ressorti que 60 % des interrogés possédaient de la literie à plumes et se déclaraient intéressés par mon service..." C'est donc au bout de 8 mois de parcours du combattant qu'Antonina Masero bouclera son financement grâce à une banque en ligne, après avoir obtenu - gage de confiance - un prêt d'honneur de l'IMM, qui l'a accompagnée, ainsi que l'Adie et la chambre des métiers et de l'artisanat.

Vers le lancement d'une franchise

Et peu à peu, la jeune créatrice surmonte ce qui aurait pu apparaître comme des freins à la croissance, notamment ceux liés à la collecte des articles à rénover. "Elle se fera au domicile des clients, par le biais de points de collectes dans des boutiques... je suis aussi en pleine démarche pour obtenir une place sur les marchés marseillais et être au plus près de mes clients, j'espère y arriver rapidement". Mais loin de se limiter au local, Antonina Masero envisage de rayonner à l'échelle de la France, en invitant les prospects à passer par l'expédition de leurs articles de literie. Enfin, elle se positionne également sur le BtoB, puisqu'elle a commencé à démarcher des hôtels 5 étoiles de la région, qui utilisent de la literie à plumes, plus typée luxe que la synthétique. "A horizon de 2 ou 3 ans, j'envisage d'ouvrir mon propre magasin. Un point de chute idéal pour la collecte. Je pourrais y faire également du négoce, proposer des articles en laine... ou mes propres productions, puisque je réalise également des coussinets en sarrasin". Avec la volonté avérée d'envisager de créer à terme une marque en franchise. Mais en attendant ces possibles axes de développement, Antonina Masero s'est fixé des objectifs de production non moins ambitieux : "en rénovation, 60 oreillers, 12 couettes, 2 traversins et 4 édredons par mois. Et en fabrication, 1 couette bi-zones, 3 couettes standard, 6 oreillers et 35 coussins en sarrasin". Pour une prévision de chiffre d'affaires de 70 000€ annuels pour 2017. Et 80 000€ pour les deux années suivantes... Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle a mis tout en œuvre pour ne pas y perdre... des plumes.

Carole Payrau

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