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Entreprises & Finance - La Tribune Région Sud

Nicolas Ivaldi : "L'accompagnement juridique d’une startup c'est un peu de la médecine d'urgence"

Photo de Laurence Bottero

Laurence Bottero

Publié le 23 novembre 2017 à 17:54 - Mis à jour le 23 novembre 2017 à 18:07

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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A la tête du cabinet EY Ventury, basé à Nice, Sophia-Antipolis et Marseille, désormais dans le giron d'EY, ce praticien du droit connaît le monde des startups sur le bout des doigts. Avec ses travers, ses points forts, ses attentes et ses déceptions. Et d'insister sur la nécessité d'intégrer très vite la brique juridique, cette plus-value qui peut éviter la sortie de route.

La Tribune - Vous vous êtes positionné très tôt dans l'accompagnement juridique de l'innovation. Pourquoi ?

Nicolas Ivaldi - Il y a 15 ans, j'ai été confronté, presque par hasard au monde des startups. Ça a été un véritable coup de foudre. Cela a révélé l'entrepreneur que j'avais en moi. Alors que l'avocat, par définition, est dans une situation confortable, loin des lignes, dans ce domaine il faut s'exposer au même titre que les porteurs de projet. Lorsque nous avons démarré, c'était le moment où la bulle Internet explosait. De nombreux beaux projets ont mis beaucoup de temps à grossir faute de financement privé, cela a constitué une période d'apprentissage très enrichissante, passée au quotidien aux côtés des startuppers.  La startup, par définition, est un organisme fragile qui dispose de peu de carburant et qui se lance dans une longue traversée, et en plus, le terrain est accidenté. Mon job est de faciliter la traversée et il est essentiel de connaitre parfaitement l'ensemble du parcours. Si il convient de tout blinder d'un point de vue juridique, il faut être capable de le faire vite et avec une extrême agilité. C'est un peu comme la médecine d'urgence. C'est de la pratique d'urgence du droit.

Cette "brique" juridique semble souvent arriver en aval plutôt qu'en amont dans les projets innovants.

C'est cataclysmique. Soit les startuppeurs pensent que cela n'a pas de valeur ajoutée, soit ils confient cela à des non spécialistes du domaine  et le véhicule choisi est inadapté au parcours faute pour lui d'anticiper les évolutions à venir. La startup doit déjà pivoter humainement, technologiquement ou sur le produit... si en plus elle doit pivoter juridiquement, c'est la meilleure façon de créer des problèmes sans moyens finanicers pour les régler. Notre message est de dire aux startuppeurs de se mettre dans la perspective de ce qu'ils vont traverser.

Quels sont les enjeux de l'accompagnement juridique ? N'est-il pas un peu le parent pauvre de l'accompagnement proposé aux startups par les structures existantes ?

Ça s'améliore, pour une raison simple : la dimension humaine des startups est diagnostiquée comme une dimension essentielle. Les investisseurs y sont attentifs et les structures d'accompagnement relaient cette importance. Avant, ce n'était que la technologique qui était regardée. Maintenant c'est la technologie et les hommes. Dans la mesure où la structuration juridique encadre cette dimension humaine dans ce qu'elle organise la coexistence des différents acteurs, l'importance du droit est croissante.

Le nombre de brevets en PACA est par exemple moindre qu'en Auvergne Rhône Alpes. La sécurisation des technologies innovantes est-elle suffisamment prise en compte ?

Nous avons un droit du brevet compliqué à manier. Le brevet entraîne des frais immédiats et à terme la divulgation de l'invention ; cela crée un certain stress chez le startuppeur. Nous sommes souvent sur des modèles d'entreprise qui sont en R&D permanente. A budget réduit, quel est le bon moment pour déposer ? Une autre  problématique existe également sur la protection du logiciel, or les startups logicielles sont nombreuses dans la région.

Lève-t-on désormais des fonds comme avant ? Les multiplications de concours de pitchs démocratisent l'exercice. De quoi continuer à séduire les financeurs ?

Les levées sont plus nombreuses qu'avant. Nous n'avons pas à rougir de ce qui se passe en PACA. A-t-on suffisamment d'acteurs du financement au bon moment ? A-t-on un niveau de primo-investisseurs ? C'est moins sûr. L'investissement est plus conséquent au niveau national et international, mais il y a aussi beaucoup plus de projets. Nous n'avons aucun problème à faire venir de grands investisseurs français ou étrangers mais cela ne résout pas tous les problèmes. La phase de financement qui demeure très complexe  est celle qui concerne la période des 18-25 premiers mois. Les guichets d'investissement public fonctionnent par effet de levier et il n'y a pas assez d'acteurs sur ce sujet pour doter au plus tôt les fonds propres des entreprises. L'exercice du pitch oblige quant à lui le startuppeur à clarifier son idée et c'est en ce sens une très bonne chose, pour autant le pitch crée le roi du pitch mais pas forcément des startups.

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De manière plus générale, quel regard portez-vous sur l'innovation en PACA, sur son évolution au cours des 5 dernières années ?

Un regard multiple. Humble tout d'abord parce qu'il est très difficile de réussir à deviner quel projet va fonctionner. Je suis encore et toujours surpris par ce qu'il se passe. Bienveillant ensuite car accompagner, c'est passionnant mais difficile. C'est une aventure humaine. Le travail que nous faisons ne peut être fait que si on aime les startups, les startuppeurs et que l'on porte à leur entreprise un véritable respect. Je suis satisfait de voir que leur courage et leur force sont reconnus par l'écosystème et la sphère politique. Tout le monde aujourd'hui met l'entrepreneur au centre du débat. Mais je porte un regard dubitatif aussi dans le sens où il faut peut-être clarifier le marché. Il faut garder le système vertueux. Il faut augmenter les alternatives de financement, en amorçage principalement. Les nouveaux dispositifs de défiscalisation doivent être clarifiés. Il faut aussi s'interroger sur le nombre de rachats de startups françaises par les étrangers. L'enjeu est de stabiliser les entreprises françaises sur le territoire. Créer une startup en France, c'est la bonne idée. Devenir une licorne, c'est plus compliqué. Mais ça s'améliore.

Laurence Bottero

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