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Entreprises & Finance - La Tribune Région Sud

Comment Thales Alenia Space se projette à l’ère du New Space

Photo de Laurence Bottero

Gaëlle Cloarec

Publié le 11 janvier 2019 à 15:50 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:05

TAS

TAS

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Services en orbite, surveillance de l’espace, nanosatellites ou encore conquête de la stratosphère… Sur un marché du spatial contrasté, le constructeur de satellites basé à Cannes multiplie les fronts pour saisir les nouvelles opportunités ouvertes par le new space.

Thales Alenia Space commence l'année 2019 sur les chapeaux de roue. Ce 10 janvier, le constructeur de satellites cannois a annoncé la signature d'un contrat de 150 M€ avec l'Agence Spatiale Européenne pour diriger la mission Fluorescence Explorer (FLEX). Huitième acte du programme Earth Explorer dont le lancement est prévu en 2023, il vise à cartographier la fluorescence de la végétation terrestre afin de quantifier l'activité photosynthétique. Et ce 11 janvier, c'est du côté de Vandenberg, en Californie, que se sont tournés les regards, avec le lancement de la dernière grappe de 10 satellites de télécommunications (sur un total de 81) de la constellation Iridium Next.

Ces deux événements d'importance "confortent l'entreprise dans ses choix industriels opérés il y a quelques années", indique Pierre Lipsky, directeur du site cannois de TAS qui fêtera cet été ses 90 printemps. Soit, une supply chain européenne réorganisée avec, en complément des sites historiques français et italiens, l'implantation d'usines au Royaume-Uni (systèmes de propulsion, notamment) et en Belgique (générateurs solaires). Cette dernière, "presque entièrement robotisée" sera opérationnelle cette année. Dans ce contexte, TAS s'attache à revêtir de nouveaux atours pour profiter à plein de l'ère du New Space dans laquelle l'industrie spatiale s'aventure. Avec plus ou moins d'atermoiements.

Marché contrasté

Il faut dire que depuis plusieurs d'années, le marché du spatial se trouve au milieu du gué. En témoigne le segment des satellites de télécommunications, dont les commandes ont plongé en 2017 et 2018 à "moins d'une dizaine d'unités quand il s'en vendait habituellement entre 20 et 25 par an", détaille Pierre Lispky. En cause, des opérateurs encore dans l'expectative face aux solutions à déployer pour répondre à une demande de connectivité et de data toujours plus importante. Si bien que "ce qui faisait notre core business, à savoir la science, l'observation et les télécoms, se réduit peu à peu pour laisser place à de nouveaux services". Sur lesquels TAS entend bien se positionner. La preuve par quatre.

Nouveaux services

Ainsi en est-il de l'orbite servicing, sujet sur lequel TAS souhaite prendre le leadership avec son projet SpaceStart. Ces services consistent à intervenir sur les satellites déjà en orbite pour prolonger leur durée de vie, changer leur type de mission, voire les assembler in situ. Et Pierre Lipsky de citer en exemple : "les satellites optiques seront demain encore plus précis, ce qui suppose de mettre en place des miroirs plus grands que l'on ne pourra pas forcément faire décoller du sol. D'où la solution d'amener le miroir par morceau et de l'assembler là-haut avec un système de robotique embarqué".

Ainsi en est-il aussi de la constellation, en cours de développement, NorthStar, fruit d'un partenariat avec l'entreprise canadienne éponyme qui vise, entre autres, à observer l'espace depuis l'espace, et poser les premiers jalons d'un traitement de gestion des débris. "On note une prise de conscience et une volonté de gérer ce que l'on envoie dans l'espace, notamment en France, seul pays à avoir adopté une loi spatiale (2008, ndlr) qui impose certaines règles en matière de design et d'opération des satellites en fin de vie. C'est aujourd'hui une contrainte pour nous mais lorsque le sujet sera discriminant à l'export, nous serons prêts", souligne Pierre Lipsky.

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En outre, avec l'Américain Spaceflight Industrie, TAS, dans le cadre de la Space Alliance, a créé en mars 2018 un joint-venture baptisé LeoStella LLC, consacré à la fabrication à grande échelle de petits satellites à très haute performance et à faible coût, pour se positionner sur le marché des constellations des petits satellites d'observation à forte revisite à la fois sur l'Europe et les Etats-Unis. Enfin, la firme avance sur le sujet des nanosatellites dédiés aux objets connectés, elle qui a gagné, toujours en 2018, le contrat portant sur le développement d'une première constellation de 20 nanosatellites, Kinéis, appelée à succéder, à partir de 2021, au système de géolocalisation Argos.

Et c'est sans compter Stratobus, ce dirigeable qui depuis la stratosphère remplira des missions équivalentes à celle d'un satellite, mais à un coût significativement inférieur. Le projet poursuit son bonhomme de chemin et entre en phase de prototypage. "Nous avons  fait le choix d'être présents sur tous les fronts et non plus exclusivement sur le business classique pour que, quelle que soit l'évolution du marché, nous soyons capables d'y répondre et donc d'y prendre des parts", résume Pierre Lipsky.

Site en cours de réaménagement

En attendant, après avoir lancé 38 satellites en 2018, TAS prévoit d'en mettre sur orbite une grosse vingtaine en 2019, dont Konnect VHTS (pour Eutelsat), remporté l'an passé et qui constitue "le plus gros satellite de télécommunications en cours de développement", "avec un débit inégalé". Lequel nécessitera, d'ici à cet automne, de par sa taille inédite, un aménagement routier entre le site cannois de TAS et l'aéroport Nice Côte d'Azur pour permettre le passage de ce convoi de 80 tonnes. "Les travaux à réaliser sont calés techniquement et financièrement avec la municipalité de Cannes, la communauté d'agglomération Cannes Lérins et la Métropole Nice Côte d'Azur". Reste à finaliser les discussions avec Escota, exploitant de l'A8, pour intervenir au niveau du péage, qui doit être élargi.

De travaux, il en est aussi question à l'intérieur du site cannois, où un vaste plan de rénovation de cinq ans est engagé. Une partie des bâtiments anciens sont en cours de réaménagement pour proposer des zones de travail agiles, mixant espaces collaboratifs et desk sharing. L'autre partie, précaire ou trop énergivore, sera détruite pour laisser place, à l'horizon 2022, à un nouvel édifice dédié aux stations de contrôle des satellites. A ce jour, environ 2 100 personnes y travaillent, plus une centaines d'alternants, ce qui en fait le premier employeur industriel du département des Alpes-Maritimes. Thales Alenia Space a réalisé en 2017 un chiffre d'affaires de 2,6 milliards d'euros et compte 7 980 collaborateurs dans le monde.

Gaëlle Cloarec

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