ASM ou la bonne gestion du risque
Gaëlle Cloarec
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Il est des anecdotes qui disent beaucoup. Celle racontée par Matthieu Vergé-Salamon, co-dirigeant de l'entreprise spécialisée dans la conception de machines spéciales industrielles est de celles-là. Nous sommes alors en janvier. La pandémie du Covid-19 commence sa course à travers le monde, mettant en exergue le manque criant de masques. Un produit pour lequel l'entreprise azuréenne avait réalisé, une dizaine d'années auparavant, un outil de fabrication dédié. D'où les multiples sollicitations reçues en ce début d'année 2020 : "une vingtaine, poursuit le dirigeant, de France mais aussi de Chine, ce qui est plus étonnant". Un effet d'aubaine auquel ASM n'a toutefois pas donné suite. "Nous ne sommes pas dans les machines catalogue, nos machines sont uniques, elles partent de zéro, ce qui suppose un délai de fabrication de 7 à 8 mois. Trop long pour le marché qui aura eu le temps de faire le plein en capacité de production, donc trop risqué !", juge-t-il.
Le risque, et la gestion du risque, Matthieu Vergé-Salamon en connaît un rayon, lui qui a quitté le monde de la finance londonienne pour reprendre en 2010, avec Emmanuel Soula, la PMI née à Antibes 13 ans plus tôt. "Le risque est inhérent à la machine spéciale, notre métier, explique-t-il. Quand une affaire rentre, on ne sait jamais si l'on va gagner de l'argent parce que l'on ne travaille pas en régie, mais sur engagement." Qu'il s'agit de tenir, peu importent les problèmes techniques, ni le temps passé à les résoudre. "La machine doit fabriquer tel produit, à telle cadence avec telle qualité. Il faut donc être sûr de ses commandes, et sûr de ses compétences. Sinon on peut perdre des fortunes". D'où la ligne de conduite du dirigeant, qui assume un développement mezzo piano. Lequel s'est traduit tout de même par une croissance de 12% en moyenne de son chiffre d'affaires ces 10 dernières années.
Car la petite entreprise des années 2010 n'a plus grand chose à voir avec celles des années 2020. De 10, son effectif est passé à 30 salariés, présents à Sophia Antipolis mais aussi à Gardanne où siège depuis quelques mois sa société sœur, HighTaix, bureau d'études concurrent racheté en 2014 pour couvrir le secteur d'Aix-Marseille, dans un tout nouvel atelier de 600 m² labellisé BDM (Bâtiment durable méditerranéen) pour lequel 1,5 M€ ont été investis. L'ensemble a réalisé en 2019 un chiffre d'affaires de 5 M€.
Gaëlle Cloarec