Recréer une filière de chanvre en région, c'est possible ?
Maëva Gardet-Pizzo
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Photo d'illustration
DR
Maëva Gardet-Pizzo
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Photo d'illustration
DR
Le chanvre et Marseille, c'est une histoire qui remonte au XIVème siècle. Pendant trois siècles, on y cultive la plante pour ses fibres solides, idéales pour les cordages des navires. La Cité phocéenne en est alors un des plus grands comptoirs au monde. C'est d'ailleurs de là que vient le nom de sa plus fameuse artère, la Canebière, du latin cannabis qui signifie chanvre. Ce sont l'arrivée du bateau à vapeur et du coton qui mettront un terme à cette période. La filière disparaissant alors totalement de la Région.
Lorsqu'Axel Bougrainville, amoureux de nature, découvre cette histoire au hasard d'une conversation et de quelques recherches sur internet, il a une idée : celle de recréer la filière localement. D'autant que la plante connaît un regain d'intérêt depuis le début des années 2000. Peu gourmande d'eau et de produits phytosanitaire, elle est une alternative intéressante au coton. Elle présente aussi de bonnes qualités d'isolation dans le bâtiment.
Au cours de ses recherches, il s'aperçoit qu'une expérimentation de réintroduction a été menée dans le Lubéron quelques années plus tôt. Las. Le manque d'irrigation et la mauvaise compatibilité avec les sols argilo-calcaires ont eu raison de ce projet. Il pense alors à la Camargue et, avec son associé Serge Lièvremont, il retente l'essai sur 2,3 hectares, sur les terres d'un agriculteur partenaire. "Nous avons constaté que le chanvre résiste bien à la submersion", explique Axel Bougrainville. Car la tactique a été d'adopter le même mode d'irrigation que le riz, sans laisser l'eau stagner ensuite.
La preuve de concept étant faite, il faut ensuite se structurer. La Scop ABC Chanvre est fondée. Sa mission est de piloter la création de la filière. Cela passe bien sûr par la gestion de la production. "Nous signons avec les agriculteurs des contrats d'exclusivité. On achète toute leur matière première du moment qu'elle répond aux critères et eux s'engagent à ne vendre qu'à nous". Suite à la première expérimentation, sept autres producteurs ont rejoint l'aventure, sur une surface totale de 32 hectares, en Camargue mais aussi dans les Alpilles.
Maëva Gardet-Pizzo