« L’industrie textile française et le Made in France doivent gagner en compétitivité » (Guillaume Gibault, Le Slip Français)

Laurence Bottero
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... une vision, celle d'une filière qui suivrait un même mouvement, ensemble. D'où cette plateforme promouvant l’industrie as a service. Pour embarquer toute la filière, toutes marques et positionnements confondus.
LA TRIBUNE - Vous créez Le Slip Français en 2011. Sur un pari. Vous vous lancez sur le Net, ce qui fait de vous une DNVB, une Digital Native Vertical Brand. Aujourd'hui vous réalisez 23 millions d'euros de chiffre d'affaires, vous employez 120 salariés et disposez de 20 boutiques en France. Que s'est-il passé en dix ans ?
GUILLAUME GIBAULT - Beaucoup de choses. Nous avons porté ce que, aujourd'hui nous avons mis dans nos statuts d'entreprise à mission - et que nous tentons de faire tous les jours - réinventer avec panache l'industrie textile française. Nous fabriquons 600.000 vêtements par an auprès de 80 partenaires intégralement basés en France. On tricote et on tisse la matière, on confectionne... Nous faisons donc le plus Made in France possible. Nous essayons d'innover, d'aller encore plus loin avec des matières locales comme le lin, le chanvre, comme la matière recyclée. Nous mesurons l'impact carbone de tous les produits que nous fabriquons. Je donne un fait qui fonctionne pour tout le monde : un vêtement fabriqué en France c'est jusqu'à 50% d'émission carbone de moins qu'un vêtement fabriqué à l'étranger, et cela grâce au mix énergétique de la France, notamment le circuit court qui fait qu'un vêtement n'est pas fabriqué en Chine pour venir jusqu'en France. Nous nous sommes donnés beaucoup de mal pour émerger en tant que marque. Globalement, nous avons mené ce combat de redonner du bon sens à la fabrication d'un vêtement. Nous tous, en tant que consommateurs, avons des questions à nous poser : d'où viennent les vêtements que nous portons ? Pourquoi un t-shirt coûte-t-il 5 euros chez une marque de fash fashion ? Parce qu'il est fabriqué par un Bangladais à l'autre bout du monde, qui gagne quelques dollars par mois. Et quand on va sur le terrain de la morale, que l'on explique que ce n'est pas bien de le faire, ça ne fonctionne pas. Il faut au contraire proposer des alternatives désirables, qui entrent dans une démarche de mode, qui va donner envie au client de porter un produit qui est joli.
Laurence Bottero