« Les chefs d’entreprises doivent comprendre qu’il faut arrêter d’attendre que l’Etat crée les ressources dont ils ont besoin », (Xavier Ouvrard, PDG Babilou)

Laurence Bottero
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LA TRIBUNE - Babilou Family est née en 2003. En vingt ans, le secteur de la garde d'enfants a évolué. Selon Xerfi, en 2020, le chiffre d'affaires des crèches privées en France a atteint 1,7 milliard d'euros. Dans le contexte actuel, comment va Babilou ?
XAVIER OUVRARD - Babilou c'est 12.000 collaborateurs dans le monde, 1.100 crèches, 50.000 familles accompagnées et un chiffre d'affaires de 800 millions d'euros. Nous sommes leader sur notre métier. Nous sommes très forts en France, en Allemagne et sommes présents à l'international, notamment aux Etats-Unis, en Colombie, en Argentine, au Luxembourg, en Suisse, en Inde... Aujourd'hui, alors que certaines activités vivent des moments difficiles, nous n'avons aucun signal, dans nos différentes géographies, qui vont dans le mauvais sens. Nous avons des listes d'attentes significatives. Le point critique dans ce métier c'est que même lorsque l'on est perçu avec une bonne réputation et un très bon positionnement, il existe un sujet de fond sur le nombre de professionnels diplômés qui arrivent chaque année sur le marché. Ce nombre est inférieur au nombre de places créées, dans un marché où il y a beaucoup de départs à la retraite, en Europe en particulier. Il y a une vraie urgence stratégique sur ce sujet. C'est pour cela que nous avons acquis l'université Paul Strauss, il y a 5 ans. Nous sommes d'ailleurs en train de discuter avec les autorités pour ouvrir une seconde école en Provence, d'ici les deux prochaines années. Les chefs d'entreprises doivent comprendre - et je ne parle pas que pour notre secteur - qu'il faut arrêter d'attendre que l'Etat créent les ressources dont on a besoin, à travers ses universités, tout seul comme un grand. L'Etat français, en particulier, fait plutôt bien son boulot. Les chefs d'entreprises doivent accepter que le temps de l'Etat est un temps long, qui ne correspond pas à nos besoins à court terme. Notre rôle est de pousser l'Etat à travailler sur des sujets de fond. Dans le cas de nos métiers, c'est l'aider à revaloriser les subventions pour que l'on puisse avoir des métiers plus attractifs, mieux payer les professionnels. Ma responsabilité, c'est d'investir dans la création d'écoles de puériculture ou d'universités capables de diplômer des éducateurs de jeunes enfants. Si on arrive à faire les deux, c'est formidable, car la très bonne nouvelle de ce métier c'est que - et c'est maintenant prouvé scientifiquement - la période clé de la vie pour l'apprentissage et assurer l'avenir social et économique d'un pays c'est la petite enfance, de 0 à 6 ans.
Laurence Bottero