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«Le secteur des cartes de crédit aux Etats-Unis est une véritable bombe à retardement»

Propos recueillis par Christelle Fradin et Bruno Segré

Publié le 03 novembre 2008 à 14:54

Le Quotidien Numérique

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Photo d'illustration de l'article
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Invité ce lundi 3 novembre du magazine «Complément d'enquête» sur France 2, l'ancien vice-président du New York Stock Exchange livre en avant-première dans les colonnes de La Tribune son analyse de la crise et en tire des enseignements précieux pour le lecteur.

A-t-on désormais, selon vous, vu le pire de cette crise financière qui n'en finit plus de ravager l'industrie de la finance et des marchés et nous précipite dans la récession ?

Le dispositif de 3.500 milliards de dollars au total élaboré par les autorités me semble en place pour ramasser les morceaux. Et ce même s'il devait y avoir encore quelques bombes à retardement, comme je le crains. Aujourd'hui, ma plus grande inquiétude porte sur le secteur des cartes de crédit aux États-Unis. Si on impose au consommateur américain, qui vit sur cette carte, un taux de 30 %, on risque de provoquer un problème social considérable. Plusieurs banques ont déjà annoncé des pertes sur les cartes de crédit. Plafonner ce taux permettrait de calmer le jeu, en poussant les banques à être plus sélectives. Ce qui me paraît être la base.

Les fonds de pension doivent-ils aussi être regardés comme une possible bombe à retardement ?

Pour moi, c'est un problème sur le papier. Demander aux entreprises de se mettre en difficulté pour renflouer leurs fonds de retraite au moment où le marché est en pleine crise de confiance reviendra à créer une spirale baissière. Nous devons donc avoir un débat rapidement sur ce point. L'impression que l'on a tout perdu est finalement la plus grosse difficulté de cette crise. Mais ce n'est pas vrai tant que vous n'avez pas vendu. Ce qui baisse va remonter. Le jour où les gens en seront convaincus, le marché se retournera.

Quand cette prise de conscience pourra-t-elle avoir lieu ?

En milieu d'année prochaine, nous devrions savoir dans quel type de récession nous sommes. Si, comme je l'entends aujourd'hui, le PIB devait reculer de 3 % à 4 %, ce n'est pas la fin du monde mais une phase classique de récession. Le véritable défi des prochaines années, c'est le comportement du consommateur américain. S'il entre en grève pour deux ans, alors ce n'est plus la récession mais une véritable dépression que nous connaîtrons.

Est-ce cette inquiétude qui explique aujourd'hui le comportement des marchés et la volatilité extrême ?

Non. Toute une série d'acteurs surendettés doivent vendre leurs actifs et ils le font de manière désordonnée. Sans compter les phénomènes techniques, comme les retournements de tendance en toute fin de séance à Wall Street. Soyons clairs, ces baisses ne sont pas perdues pour tout le monde. Le coup de semonce de Volkswagen, qui aurait coûté 20 milliards d'euros aux hedge funds, est peut-être une bonne chose. Cela forcera peut-être les intervenants à plus de prudence.

Faut-il plus de régulation ?

Moins de la moitié de la bulle financière était réglementée. La Securities & Exchange Commission a par exemple demandé aux hedge funds de s'enregistrer. Mais ces derniers ont fait appel au tribunal et celui-ci leur a donné raison. Le danger inverse, celui d'une sur réglementation, existe.

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Faut-il imposer une grille des bonus à l'industrie financière ?

Il faut à mon sens trouver un système qui s'inscrive dans le temps, que les bonus soient répartis sur la durée de vie d'une opération, et non versés à la transaction. Il faudrait éviter que ce soit les gouvernements qui planchent, mais davantage les associations de professionnels, en leur demandant de trouver le moyen d'éviter un système qui favorise les distorsions en faveur du court terme.

Galileo est conseil en fusions-acquisitions. Quelle est la tendance aujourd'hui ?

Il y a encore des opérations, mais elles sont moins nombreuses et se font plus lentement. Aujourd'hui, les acteurs du capital-investissement jouent plus ou moins à armes égales avec les industriels. Leur avantage concurrentiel d'antan, à savoir la capacité de racheter une entreprise, d'émettre de la dette et de se rembourser sur la dette, a beaucoup baissé. Mais surtout, nous allons connaître les conséquences d'une bulle financière qui aura probablement rétréci de 10.000 milliards de dollars environ, en termes de capacité de prêts.

Mais pourquoi une telle contraction ?

Pour deux raisons : les banques doivent faire leur cure d'amaigrissement. Autrement dit, les opérateurs de capital-investissement ne peuvent plus compter sur le levier dont ils profitaient jusqu'alors. De plus, on ne prête plus aux entreprises avec le même type de ratio entre les fonds propres et l'endettement. Un rachat comme celui de Corus par Tata Steel, à 12 milliards de dollars dont 11 milliards de dette, ne pourrait plus avoir lieu aujourd'hui. Et même si les intéressés étaient prêts à mettre davantage de fonds propres pour financer des opérations, les marges demandées par les banques sur les crédits ont quadruplé.

La consolidation du secteur bancaire en crise va-t-elle par la force des choses encore s'accélérer ?

Nous venons de vivre quelques rapprochements. Il y en a encore beaucoup. Aux États-Unis, les autorités ont certes joué un rôle de facilitateur. Mais les opérations annoncées étaient totalement volontaires. Cela créé des molosses, difficiles à gérer. Aux États-Unis, les titres acquis par les autorités seront remis sur le marché dès que possible. En revanche, en Europe, j'ai l'impression qu'il y a de vieux démons. Un certain nombre d'États ne sont sans doute pas mécontents de contrôler la finance. Ils ont à la fois l'impression d'être des héros et de pouvoir exercer un certain contrôle.

Quel est votre regard sur la situation en Belgique, votre pays d'origine ?

Nous avons connu une bourrasque. L'opération Fortis a été bizarre. J'y vois deux thèmes importants. Le premier, c'est celui l'information donnée par les dirigeants de la banque au marché. S'ils ont vraiment trompé le marché, cela va au-delà de l'amende. Le parquet a lancé des enquêtes. Ensuite, les négociations se sont faites d'Etat à Etat, puis les Etats ont demandé aux conseils d'administration d'approuver. La procédure me semble avoir lieu dans le désordre. Au delà, il faudra un jour que les Hollandais expliquent pourquoi ils ont refusé de faire le paiement prévu dans la première phase des négociations, à savoir un partage entre chaque état, pour pratiquement forcer le rachat des actifs néerlandais de Fortis.

Propos recueillis par Christelle Fradin et Bruno Segré

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