Barclays a perdu son appétit pour le marché des matières premières

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(Crédits : Reuters)
La banque britannique met fin à ses activités de courtage dans la plupart des marchés des matière matières premières après avoir été l'un des cinq acteurs les plus importants sur les "commodities" au cours des dernières années.

L'information avait filtré dans la presse britannique, elle est désormais officielle. La banque britannique Barclays va cesser une large partie de ses activités sur les marchés des métaux, de l'énergie et des matières premières agricoles après avoir été un des acteurs principaux de ce secteur. Cette décision intervient dans le cadre d'une restructuration de la banque d'investissement.

"La majorité" des activités est concernée par cette décision, à l'exception toutefois des métaux précieux (or, argent, platine, palladium), des échanges financiers liés au pétrole, ainsi qu'au gaz aux Etats-Unis. Les indices aussi sont épargnés. Le retrait s'explique par une réglementation toujours plus importante et des profits en baisse.

Barclays en pleine restructuration

L'établissement britannique faisait partie des cinq plus grandes banques de ce marché qui à elles seules contrôlaient 70% du "trading pot" en 2013 selon les informations du Financial Times. Les matières premières ne sont cependant plus assez rentables. Or Barclays explique dans un communiqué que ses activités doivent "répondre à des critères économiques et stratégiques stricts dans le nouvel environnement réglementaire".

Par ailleurs la banque traverse une période difficile. Elle est en pleine restructuration. Son directeur général, Antony Jenkins, présentera le 8 mai les conclusions de la revue stratégique des activités de banque d'investissement. Des milliers d'emplois sont menacés. Un remaniement de l'équipe dirigeante de la banque d'investissement a d'ores et déjà été annoncé.

Mouvement de retrait général

Le cas de la banque Barclays n'est pas isolé. Presque tous les acteurs ont tendance à quitter les marchés des matières premières. JP Morgan Chase a vendu sa branche "commodities" pour 3,5 milliards de dollars. Morgan Stanley a cédé son activité de pétrole au russe Roseneft, mais reste présent sur le marché de l'électricité et du gaz naturel. En décembre, Deutsche Bank avait fait de même, supprimant au passage 200 emplois.

Seule Goldman Sachs semble vouloir rester. La banque américaine estime que le marché est trop important aux yeux des clients. Les autres bénéficiaires de ce mouvement sont Mercuria of Switzerland qui récupère les activités de JP Morgan, mais aussi le géant de l'extraction Glencore Xstrata, d'autant plus qu'il n'est pas soumis aux mêmes règlementations que les banques, notamment en ce qui concerne ses fonds propres.

 « Je suis pas encore morte, signé une matière première »

Selon le Financial Times, ce désamour s'explique par des rendements en baisse liés à la stabilité des prix des "commodities", notamment du pétrole. Selon une étude d'un cabinet de consultants relayée par le quotidien britannique, les revenus des dix plus grandes banques actives sur les matières premières ont chuté d'une record de 14,1 milliards de dollars en 2008 à 4,5 milliards de dollars en 2013.

Toutefois, selon un récent rapport intitulé "je ne suis pas encore morte, signé une matière première", publié par Brad Hintz, analyste chez  Stanford C. Bernstein & Company, les matières premières offrent encore de belles opportunités pour les investisseurs. Brad Hintz remarque que si les résultats affichés par Morgan Stanley au premier trimestre sont supérieurs aux attentes, c'est grâce au marché des matières premières.

Un marché manipulé

La régulation croissante de ce marché est un autre facteur qui pousse les banques à se retirer. Les autorités, y compris la Fed, examinent la possibilité de contrôler davantage les activités des banques sur le marché des "commodities" en raison des nombreuses accusations de manipulation. Goldman Sachs avait été épinglée pour manipulation du cours de l'aluminium aux Etats-Unis

Barclays aussi s'était livrée à ce jeu-là. En Europe et et aux États-Unis, la banque a dû cesser l'ensemble de ses opérations de trading dans le secteur de l'énergie après avoir été condamnée à une amende record de 470 millions de dollars par la Commission fédérale de régulation de l'énergie. Mais l'établissement britannique a refusé de payer l'amende préférant que l'affaire soit jugée par un tribunal fédéral. 

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a écrit le 23/04/2014 à 17:19 :
Les grandes banques de marché s'étaient mises à fonds dans les matières premières ces derniers années, non seulement sur les marchés au comptant ou à terme, mais en détenant de très gros stocks aussi. Ce qui n'est peut-être pas étranger au fait que, selon beaucoup de patrons de l'industrie, les prix soient devenus imprévisibles. Et n'est peut -être pas étranger aussi aux désordres, avec des conséquences parfois graves pour les populations, sur les marchés mondiaux de denrées alimentaires de base. On peut se demander, finalement, si les Pouvoirs Publics, pour une fois, ne mettent pas d'autorité un terme à ces excès, puisque les dites banques de marché sortent en rang serré de ces métiers depuis quelque mois. En toute discrétion, et dans un silence médiatique assourdissant. Amusant, non ?

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