La transition énergétique fait trembler la City de Londres

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Pour permettre de limiter ces risques, le gouverneur a notamment insisté sur la nécessité de renforcer l'information, voire de mettre en place un mécanisme de reporting sur le risque carbone des entreprises.
Pour permettre de limiter ces risques, le gouverneur a notamment insisté sur la nécessité de renforcer l'information, voire de mettre en place un mécanisme de reporting sur le risque carbone des entreprises. (Crédits : Reuters)
Le gouverneur de la Banque d'Angleterre a pointé les risques "de transition" qui pourraient découler d'une évolution vers une économie plus sobre en carbone. Nombre d'actifs financiers "intensifs en carbone" pourraient alors se transformer en en "actifs échoués".

Les investisseurs devraient s'inquiéter du réchauffement climatique, dont les effets financiers négatifs pourraient être énormes. A deux mois de la conférence internationale censée parvenir à un accord universel sur le climat (COP 21), la mise en garde ne vient plus seulement d'une ONG, mais du gouverneur de la Banque d'Angleterre (Bank of England, BoE) lui-même, Mark Carney.

A l'occasion de la publication par l'Autorité de régulation prudentielle de la BoE d'un rapport intitulé L'impact du changement climatique sur le secteur d'assurance britannique, le gouverneur a déclaré, lors d'un dîner organisé par les Lloyd's de Londres:

"Les défis posé actuellement par le changement climatique ont une pâle portée si comparés à ce qui pourrait se produire".

"Une fois que le changement climatique sera devenu une question déterminante en termes de stabilité financière, il sera peut-être déjà trop tard", a-t-il insisté.

Deux types de risques concernant seulement les assureurs

Trois types de risques sont notamment pointés du doigt dans le rapport présenté par Mark Carney.

  • Des risques "physiques", réservés aux assureurs, concernent notamment les éventuels dommages, maladies voire décès pouvant découler du changement climatique.

"Selon certaines estimations, les pertes actuellement modélisées pourraient être sous-évalués de jusqu'à 50%, si les tendances climatiques actuelles devaient s'avérer représenter la nouvelle normalité. De tels développements pourrait significativement faire basculer l'équilibre entre primes et réclamations, et rendre non viable un commerce à présent lucratif", a expliqué le gouverneur.

"Dans l'absence d'actions destinées à limiter le changement climatique, les assurés en subiront aussi l'impact puisque les prix s'ajusteront et les couvertures baisseront", a-t-il ajouté.

Le secteur de l'assurance britannique supervisé par l'Autorité de régulation prudentielle de la BoE gère des actifs de la valeur d'environ 2700 milliards d'euros, rappelle par ailleurs le Financial Times.

  • Un autre ensemble spécifique à l'industrie de l'assurance est celui des risques dits "de responsabilité", car liés à la conclusion de contrats de responsabilité civile. Mark Carney a cité l'exemple de mandataires sociaux ou de dirigeants d'entreprises ne se conformant pas à leurs obligations en matière d'information sur l'impact environnemental de leur société, voire d'atténuation de celui-ci. Ils pourraient alors être exposés à une augmentation des poursuites pour cette raison, qui se traduirait en une augmentation des coûts pour les assureurs les couvrant, a-t-il souligné.

Des risques "de transition" concernant tous les investisseurs

  • Enfin des risques dits "de transition" sont, eux, étendus, à la totalité des investisseurs. L'évolution vers une économie plus sobre en carbone pourrait en effet transformer nombre d'actifs financiers "intensifs en carbone" en "actifs échoués", met en garde Mark Carney. Le gouverneur de la Banque d'Angleterre a rappelé dans son discours l'estimation du  Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec): si on tentait vraiment -comme il le faudrait pour éviter le déclenchement d'une spirale incontrôlable- de maintenir le réchauffement climatique en dessous des 2°C, le "budget carbone" encore utilisable ne représenterait qu'"entre un cinquième et un tiers des réserves mondiales de pétrole, de gaz et de charbon". Le reste, correspondant à la grande majorité des réserves, deviendrait donc inexploitable -"littéralement imbrûlable"-... à moins de recourir aux technologies, coûteuses, de captage du carbone, a-t-il insisté.

En soulignant que 19% des 100 entreprises britanniques les mieux capitalisées cotées à la Bourse de Londres opèrent dans le secteur des ressources naturelles et dans l'industrie de l'extraction, le gouverneur de la Banque d'Angleterre a conclu:

L'exposition des investisseurs britanniques, dont les sociétés d'assurances, à de telles évolutions est potentiellement gigantesque".

L'information, solution clé

"Bien qu'il y ait encore du temps pour agir, la fenêtre des opportunités est limitée et se réduit", a-t-il encore souligné.

Pour permettre de limiter ces risques, le gouverneur a notamment insisté sur la nécessité de renforcer l'information, voire de mettre en place un mécanisme de reporting, sur le risque carbone des entreprises. Il s'agit de permettre aux décideurs, aux entreprises et investisseurs de faire leurs choix en connaissance de cause, a-t-il expliqué.

S'il n'a pas évoqué la possibilité que la BoE tente elle-même d'imposer des règles plus strictes aux institutions financières, il a affirmé envisager de recommander aux pays du G20 d'adopter des mesures facilitant la comparaison de "l'intensité carbone" de différents actifs. Il a également suggéré la mise en place d'un groupe de travail chargé d'établir des standards concernant l'information que les entreprises accepteraient de partager, ainsi que des "stress tests" permettant de mieux cerner les risques à long terme.

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