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ClimatEnergie & Environnement

Climat: sommet sur le développement durable, COP 21... quels liens?

Photo de Giulietta Gamberini

Giulietta Gamberini

Publié le 27 septembre 2015 à 07:55 - Mis à jour le 27 septembre 2015 à 08:46

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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L'Assemblée des Nations unies a adopté officiellement vendredi le Programme de développement durable à l'horizon 2030, dans le cadre d'un sommet qui se tient tout au long du week-end. Certains des objectifs adoptés portent sur la lutte contre le réchauffement climatique. Sandrine Maljean-Dubois, directrice de recherche au CNRS à Aix-en-Provence et spécialiste du droit international et européen de l’environnement, analyse les interrelations entre ce sommet et la Conférence des Nations unies sur les...

La Tribune: Quels sont les principaux enjeux du sommet sur le développement durable qui se tient depuis vendredi à l'Onu?

Sandrine Maljean-Dubois: Vendredi a été adopté au niveau international le programme du développement pour après 2015, puisque cette année prend justement fin le programme précédent, dit "Millénaire du développement", en vigueur depuis 2000. Ce dernier a représenté une véritable rupture par rapport à la méthode suivie lors de l'adoption des programmes précédents. La rédaction de documents longs et illisibles a été abandonnée, au profit d'une liste d'objectifs courts et compréhensibles, assortis de cibles précises et chiffrées, ainsi que d'un calendrier permettant d'en mesurer l'avancement. Cette approche a permis de renforcer l'aspect incitatif de ces objectifs, qui n'ont pas de caractère obligatoire pour les Etats. Elle a été de nouveau appliquée lors sommet de cette année.

Qu'est-ce qui assure justement la mise en oeuvre de ce programme?

Les objectifs fixés n'ont pas de caractère obligatoire par les Etats. Mais, en premier lieu, ils sont repris dans les différents plans des Nations unies et des institutions qui en font partie. Ensuite, étant le résultat de longs processus de négociations, ils bénéficient d'une certaine légitimité aux yeux des Etats, qui sont par ailleurs sensibles à la publication périodique de bilans par l'Onu. Ainsi, bien que décevante sous certains aspects, la mise en oeuvre du programme de 2000 s'est aussi révélée dans d'autres domaines bien plus rapide que prévu.

Pourquoi le programme touche-t-il aussi au climat?

Le programme de 2000 ne prévoyait pas d'objectifs spécifiques dans ce domaine. Celui de 2015 intègre les enjeux climatiques qui, depuis l'attribution en 2007 du Nobel de la paix au Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (le GIEC, organisme chargé d'évaluer les informations scientifiques en la matière, NDLR), ont pris une place grandissante dans l'agenda international. La Banque mondiale comme d'autres institutions ont de plus en plus insisté sur le risque que le réchauffement climatique compromette la réalisations des objectifs de développement durable (ODD). Les négociations actuelles ont par ailleurs été lancées lors du sommet de RIO+20 en 2012, consacré à "la croissance verte": ce n'est pas anodin.

Le sommet a lieu à peine deux mois avant la 21e Conférence des parties (COP-21) à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Quelles sont les relations entre ces deux négociations?

Le fait que ce sommet se tienne juste avant la COP 21 a sans doute contribué à affaiblir la portée des objectifs prévus par le programme en matière de climat. Ainsi, la nécessité soulignée par le Giec de maintenir le réchauffement climatique en dessous des 2° voire -par mesure de prudence-, de 1,5° par rapport à l'ère préindustrielle, n'est pas mentionnée dans le document final. Aucun objectif de réduction des émissions année par année n'y figure non plus.

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Plus généralement, les ODD prévus en matière de climat sont beaucoup moins précis que les autres: aucune cible chiffrée n'apparaît. Ils se limitent à reprendre les aspects les plus consensuels, comme par exemple la nécessité de développer des stratégies d'adaptation au réchauffement climatique, ou la promesse du versement de 100 milliards d'euros annuels à partir de 2020 par les pays riches à ceux en voie de développement. Il a en effet été estimé peu probable que cet engagement, formulée à Copenhague en 2009, soit abandonné lors de la COP 21.

On voit bien que les négociateurs ont préféré ne pas s'aventurer sur le terrain de la COP, afin de ne pas importer des impasses déjà expérimentées dans cette sphère et de remettre ces questions aux négociations de décembre. Une clause de réserve est d'ailleurs explicitement prévue dans le texte en ce sens.

Dans ce terrain difficile, on a ainsi choisi de laisser le champ à la convention cadre, même si pendant ses 25 années d'existence elle a avancé très lentement. Il ne faut pas oublier que les Etats parties aux deux dispositifs sont les mêmes, dans les deux cas chapeautés par l'Onu, et que la succession des deux événements est une pure coïncidence de calendrier.

Si donc, comme on l'espère, un accord ambitieux et durable devait être adopté en décembre, les ODD seront en retrait par rapport ce résultat. Il n'est toutefois pas interdit de les réviser par la suite.

Et si, comme en a évoqué le risque François Hollande, la COP échoue?

En ce cas, les ODD n'ajouteront pas grande chose en matière de climat au sens strict. Mais certains de ceux qui touchent plus largement à l'environnement, notamment à la protection de la biodiversité ou des océans, sont et resteront intéressants. On oublie trop souvent d'ailleurs que ces enjeux interagissent. Les politiques sont ainsi morcelées et la gouvernance fragmentée car on manque d'une instance qui s'intéresse à ces influences réciproques.

Le nombre d'objectifs qui est passé de 8 en 2000 à 17 en 2015, pour 169 cibles contre 21 auparavant, ne risque-t-il pourtant pas de compliquer la compréhension et la mise en oeuvre du texte?

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Oui, le programme de 2000 était sans doute plus raisonnable, d'autant plus que dans le texte final les ODD ne sont même pas hiérarchisés. Mais le niveau d'ambition actuel est quelque part le résultat inévitable non seulement de l'augmentation du nombre des acteurs consultés, mais aussi de notre connaissance du monde, qui devient de plus en plus complexe.

Propos recueillis par Giulietta Gamberini

Giulietta Gamberini

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