New York aussi « fait le job » sur le défi climatique

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L’ouragan Sandy, en octobre 2011 a dévasté de nombreux immeubles du quartier new-yorkais de Queens (à gauche sur la photo), et provoqué la mort de 64 personnes. Une tragédie qui marque la prise de conscience de la problématique climatique par la municipalité de New York.
L’ouragan Sandy, en octobre 2011 a dévasté de nombreux immeubles du quartier new-yorkais de Queens (à gauche sur la photo), et provoqué la mort de 64 personnes. Une tragédie qui marque la prise de conscience de la problématique climatique par la municipalité de New York. (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2011. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
[ #COP21 ] Face au défi climatique, Big Apple a décidé de donner l'exemple, en réduisant ses émissions de gaz à effet de serre de 80% d'ici à 2050.

Réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 80% avant le milieu du siècle, c'est l'audacieuse promesse faite par le maire de New York, Bill de Blasio, fin 2014, dès un an avant la tenue de la réunion COP21 de Paris sur le climat. Big Apple est la plus grande ville au monde à avoir pris cet engagement, qui a une double portée.

Écologique d'abord, car il s'agit d'envoyer un message fort à la planète tout en anticipant les recommandations du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat. Le Giec a en effet enjoint les dirigeants à abaisser les émissions de gaz à effet de serre de 40 à 70 % d'ici à 2050, puis à zéro en 2100, sous peine de voir le changement climatique avoir des effets « graves, étendus et irréversibles ».

À vrai dire, Bill de Blasio n'a pas besoin qu'on lui détaille la catastrophe. Depuis les inondations provoquées par la tempête tropicale Irene, en août 2011, et les immenses dégâts générés par l'ouragan Sandy en octobre 2012, la plupart des habitants de la mégapole sait que le temps se détraque. Et que si rien n'est fait, une partie de la cité risque de finir dévastée. Sous les eaux. Mais l'annonce de Blasio présentait aussi un volet politique.

À quinze mois du XXIe sommet pour le changement climatique qui se tiendra à Paris début décembre 2015, elle permettait à New York de se propulser sur le devant de la scène, de peser en servant de modèle et, en interne, de tenter d'effacer la trace de Michaël Bloomberg dont l'ombre continue de planer. Et notamment sur la problématique de l'écologie, puisqu'en douze ans de mandat, il est parvenu à faire de sa municipalité une Green city.

Simple et efficace : peindre les toits en blanc

Dès 2007, l'ex-édile avait fixé le cap : réduire de 30% les émissions de dioxyde de carbone à l'horizon 2030.

Pour ce faire, toute une série de mesures ont été imaginées, comme les exemptions d'impôts pour les écoconstructions ; la création d'un nouveau bail commercial afin que propriétaires et locataires puissent partager les économies réalisées sur l'eau et l'énergie ; l'abandon progressif d'un pétrole de basse qualité pour le chauffage, sachant que 86% de la suie présente dans l'air provient de... 1% des immeubles.

Ou, plus étonnant, l'obligation pour les possesseurs d'immeubles de rendre publiques leurs dépenses d'énergie et d'eau. Une première ou presque aux États-Unis, qui visait non seulement à montrer du doigt les gaspilleurs et les contraindre ainsi à procéder aux travaux nécessaires, mais aussi à valoriser les immeubles verts, à la location comme à la vente.

De façon très pragmatique, la ville a aussi encouragé à peindre les toits des immeubles en blanc, couleur qui en été permet de faire baisser jusqu'à 30 % la température intérieure des édifices, et entraîne du coup une réduction de la demande en électricité, les climatiseurs étant un peu moins utilisés. Un succès puisqu'à ce jour quelque 450.000 m2 de toitures ont déjà changé de teinte.

Un gros effort a également été entrepris du côté de la mobilité pour décongestionner la Grosse Pomme où pourtant moins de la moitié des 8 millions d'habitants possède une voiture. Mais c'est sans doute encore trop. Alors pour se déplacer de façon moins polluante, le vaste réseau de transports publics a été constamment amélioré, des constructions de nouvelles lignes de métro et de train sont en cours. Un boulevard a été offert aux vélos dont le nombre a été multiplié par quatre en dix ans. Et ceci sans compter les Citybike, l'équivalent des Velib' parisiens, qui fonctionnent si bien qu'en 2017, 6.000 nouveaux deux-roues devront être ajoutés. Mieux, selon la nouvelle municipalité, d'ici à 2020, 6% de l'ensemble des trajets dans la ville seront effectués à vélo.

Enfin, du community garden aux jardins publics du type High-Line en passant par la plantation d'un demi-million d'arbres, tous ces espaces naturels ont permis à la ville de considérablement verdir. Au point de devenir l'une des plus écologiques du pays, compte tenu de sa très forte densité : un million de bâtiments sur 470 km2.

Toutes ces mesures n'auraient cependant pas d'effet si elles n'étaient pas reprises et amplifiées par le successeur de Bloomberg. De Blasio l'a très bien compris comme le prouve son plan baptisé « Une ville construite pour durer : transformer les immeubles de NYC pour qu'à l'avenir ils présentent un bilan carbone bas. »

Moderniser des immeubles trop énergivores

Programme qui part d'un simple constat : près des trois quarts des émissions de gaz à effet de serre proviennent non pas des voitures mais des immeubles trop énergivores. D'où la nécessité de les moderniser pour réduire drastiquement leur consommation. Concrètement, il s'agit d'entreprendre entre autres des travaux sur dix ans dans le parc immobilier municipal. Bureaux, environ 3.000 HLM, casernes de pompiers, hôpitaux, commissariats, écoles... tous les édifices seront réévalués à raison de 150 à 200 par an.

Les propriétaires privés sont aussi appelés à contribuer à l'effort en faisant les rénovations qui s'imposent. De sorte qu'action publique et privée confondue, les émissions de gaz à effet de serre devraient être réduites de 3,4 millions de tonnes chaque année, et ce jusqu'en 2025.

Cela revient à supprimer l'équivalent de 715.000 voitures et va générer des économies de 1,4 milliard de dollars en 2025. City Hall mise aussi sur les énergies alternatives pour atteindre son objectif. Ainsi, à partir de 2016, des panneaux solaires seront posés sur les toits de 24 établissements scolaires et de 300 bâtiments publics. Bénéfice de l'opération : une production de 100 MW d'électricité pour la prochaine décennie, soit là encore l'équivalent de 600 véhicules retirés de la circulation. Enfin, ce projet financé en grande partie par la municipalité - 23 millions de dollars - et par l'État de New York à hauteur de 5 millions, permettra en principe une réduction de la facture d'électricité des usagers, tout comme la création de 3.500 emplois dans la construction et les services de l'énergie.

C'est du moins ce que prévoit la municipalité. Un pari osé sans doute mais vital et qui, s'il réussit, aura fait la preuve de sa faisabilité. Il fera aussi définitivement entrer la ville dans une ère nouvelle, comme le confirme Jeffrey Sachs, directeur du Earth Institute à Columbia University :

« Le maire est en train de transformer New York City en une ville plus intelligente, plus propre, plus verte et résistante. »

Tournée vers l'avenir, donc.

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