Banques : les frais de tenue de compte augmentent, les prix des abonnements à un service à distance baissent

En dix ans, les frais de tenue de compte ont été multiplié par dix alors que l’abonnement à un service de banque à distance est devenu quasi gratuit, selon l’Observatoire des tarifs bancaires. Ce dernier note une grande régularité dans l’évolution en longue période des tarifs des principaux services bancaires. Et pour la première fois, le prix moyen d’une carte de débit est devenu supérieur à celui d’une carte de crédit.
En 2021, sept tarifs bancaires ont augmenté et six sont restés stables.
En 2021, sept tarifs bancaires ont augmenté et six sont restés stables. (Crédits : © Dado Ruvic / Reuters)

La publication annuelle de l'Observatoire des tarifs bancaires (OTB) par le Comité consultatif du secteur financier (CCSF) est toujours un exercice redouté des banques, toujours suspectées d'augmenter à tout crin leurs commissions pour pallier la baisse continue de leurs marges sur intérêt. Et l'exercice est d'autant plus délicat aujourd'hui alors que le thème du pouvoir d'achat arrive en tête des préoccupations des Français en cette période électorale et que les banques ont affiché, en 2021, des profits records, y compris dans la banque commerciale de détail.

Hausse limitée

C'est donc avec un certain soulagement que les banques accueillent les conclusions de l'OTB sur des « hausses régulières mais limitées » en 2021 des tarifs des principaux services bancaires, du moins ceux référencés dans le document d'information tarifaire (DIT), imposé par la réglementation européenne, de 109 établissements bancaires.

Au total, du 31 décembre 2021 au 5 janvier 2022, sept tarifs relevés sont en hausse, six sont stables et un baisse fortement, celui de l'abonnement au services de banque à distance, qui devient quasi-gratuit.

« Le rapport de l'OTB montre une très grande stabilité des tarifs bancaires, malgré la multiplication des services innovants. Depuis plusieurs années, le poids de la banque au quotidien est stable, voire en baisse, dans le budget des ménages : selon l'INSEE, les services bancaires représentent 0,5% du budget des ménages) », commente ainsi la Fédération bancaire française.

En janvier dernier, l'association CLCV avait relevé une augmentation de 2,5% du « panier moyen » de deux profils types d'utilisateurs de services bancaires. L'OTB n'applique pas cependant la même méthodologie (coût d'usage d'un service bancaire) mais recense, ligne par ligne, et établissement par établissement, la grille tarifaire.

Ainsi, en droite ligne des observations précédentes, l'OTB souligne à la fois la hausse continue des frais de tenue de compte et la baisse, tout aussi continue, des services liés à la banque à distance.

Les banques cherchent en effet à promouvoir le « self care », la gestion à distance des opérations courantes par le client, et elles ne font donc pas supporter le coût au client des innovations, pourtant nombreuses, développées pour améliorer le parcours utilisateur, notamment des applications mobiles.

« Après la parenthèse du gel des tarifs en 2019 (suite à une demande du président Macron en pleine crise des gilets jaunes, ndlr), l'évolution des tarifs s'inscrit dans la continuité des dernières années, avec des hausses régulières mais très limitées, souvent en dixièmes ou centièmes d'euro. Sur ces lignes de produits et services, très surveillées par les autorités, nous pouvons même dire que c'est le calme plat excepté sur les cotisations des cartes et le nombre de retraits déplacés gratuits dans les DAB dont les évolutions bien que limitées restent à souligner », résume Laurent Trichet, fondateur de Sémaphore Conseil qui collecte les données tarifaires pour le CCSF.

Les frais de tenue de compte ont doublé en dix ans

Dans le détail, le prix de l'abonnement à des services de banque à distance a ainsi globalement baissé de 3,90% du 31 décembre 2021 au 5 janvier 2022, alors qu'il était déjà en recul de 2,5% en 2021.  La baisse est encore parlante sur longue période : depuis 2013, le prix annuel moyen de l'abonnement a chuté de 93%, de 11 euros à 0,74 euro.

« Nous observons ces dernières années dans les plaquettes tarifaires l'apparition de nouvelles lignes qui reflètent une segmentation croissante de la tarification en fonction du canal utilisé par le client, soit l'agence, le centre d'appels ou bien l'app ou le site web. Avec notamment une mise en avant de la gratuité de certains services en ligne alors qu'ils peuvent être facturés en agence ou en centre d'appels », souligne Laurent Trichet.

C'est le cas du virement occasionnel qui est le plus souvent gratuit en ligne mais payant en agence bancaire, avec un coût moyen en hausse sensible.

En revanche, par une sorte de vase communiquant, le prix des frais annuels de tenue de compte ont connu une hausse moyenne de 91% depuis la fin décembre 2012 au 5 janvier 2022, de 11,19 euros (au 31 décembre 2012) à 21,42 euros à la fin décembre 2021. La hausse en 2021 est de 1,52% alors que 73 établissements sur 98 de l'échantillon n'ont pas modifié leurs tarifs l'an dernier. Précisons que l'essentiel de cette hausse sur longue période s'explique par le fait que de nombreuses banques ont commencé à facturer des frais de tenue de compte qui étaient auparavant gratuits.

Convergence du prix des cartes de débit et de crédit

L'OTB souligne que pour la première fois le prix moyen des cartes de débit dépasse celui des cartes à débit différé. Une situation relativement contre-intuitive mais qui trouve sa source par une augmentation continue des dernières années des prix de la carte à débit immédiat, plus forte que celle appliquée sur les cartes à débit différé. Les banquiers expliquent cette différence par le niveau plus faible des commissions interchange (la commission versée la banque du commerçant à la banque du porteur de carte) des cartes de débit (0,2% en Europe) par rapport aux cartes de crédit (0,3%).

La vraie raison est sans doute à trouver dans les politiques commerciales des banques qui souhaitent promouvoir les cartes de débit à autorisation systématique, moins chères que les cartes de débit traditionnelles, et, plus récemment les cartes à autorisation quasi systématique, qui permettent d'effectuer des achats off line sur les terminaux de paiement des stations-services, des péages ou parking. Les nouvelles cartes de débit sont souvent des cartes à autorisation quasi systématique, comme le pratiquent déjà depuis longtemps, les banques en ligne ou les néobanques.

« Le développement des cartes à autorisation quasi systématique constitue un progrès important pour éviter que des clients se trouvent dans l'incapacité de payer à un péage dont le terminal ne pouvait pas interroger le solde bancaire. C'est vraiment un plus et il faudrait que les banques distribuent encore plus largement ces cartes aux clients les plus fragiles », se félicite Corinne Dromer, présidente du CCSF.

Un retrait déplacé de moins en moins gratuit

Autre enseignement de l'OTB, qui confirme en 2021 une tendance longue : les banques réduisent, année après année, le nombre de retrait déplacé gratuit (retrait à un distributeur d'une banque différente de la banque émettrice de la carte) : ce nombre tombe pour la première fois sous le nombre de 3 retraits déplacés gratuits par mois. En revanche, le coût facturé au-delà de ce seuil reste globalement à un euro le retrait déplacé. Cette question pourrait cependant devenir sensible dans le futur à l'heure où certains réseaux bancaires sont engagés dans des fermetures d'agences bancaires et de distributeurs de billets.

Si la commission d'intervention reste stable - la quasi-totalité des banques sont déjà au plafond réglementaire de 8 euros - l'OTB n'aborde pas la question des frais liés à des incidents de paiement, qui restent toujours très élevés, en dehors de son champ d'observation. Certes un plafond a été institué pour la clientèle la plus fragile, mais de nombreux abus sont relevés par les associations de consommateurs (frais de rejet de paiement, lettres...) mais aussi par le CCSF dans son rapport annuel.

Autre absent du champ de l'Observatoire, les offres groupées de services (les packages) qui embarquent pourtant plus de 70% de la clientèle de particuliers. La grande diversité de ces packages rend l'exercice de suivi difficile, d'autant que les banques multiplient de nouvelles offres, notamment des « packs familiaux » (BPCE, Orange Bank...) ou des packages entièrement relookés (Crédit Agricole). Le CCSF devrait cependant consacrer un chapitre entier aux packages bancaires sont son prochain rapport annuel.

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Commentaires 2
à écrit le 16/02/2022 à 21:31
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"Le rapport de l'OTB montre une très grande stabilité des tarifs bancaires, malgré la multiplication des services innovants." et malgré les profits énormes que les banques ont fait ? Si elles avaient zéro bénéfice financière (une mauvaise année), ça...

à écrit le 16/02/2022 à 20:08
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disons differemment.........' tout ce qui etait payant est devenu gratuit vu que ca a ete integre au pakage de base'........c'est un peu comme les taxes poubelles ecolo, ca coute rien vu que ca a ete integre a la taxe poubelle normale, recyclage comp...

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