Les besoins de solidarité explosent alors que les ressources publiques sont orientées à la baisse (Photo d'illustration).
John Schults
Dix ans après avoir lancé le Compte Nickel, Ryad Boulanouar entend révolutionner le monde associatif avec une monnaie numérique, le Poto, et une place de marché, Mespotos.fr, qui regroupe les associations qui participent au projet.
Comment relancer et assurer la transparence des dons aux associations ? En créant une monnaie numérique entièrement dédiée à la solidarité, rétorque Ryad Boulanouar, cofondateur de la fintech Nickel, rachetée en 2017 par BNP Paribas. Ce projet un peu fou est né en pleine crise des gilets jaunes, en octobre 2018. Il est issu d'échanges avec l'animateur Cyril Hanouna, qui voulait créer à l'époque une « banque du cœur », imaginée comme un fonds de dotation, à l'image des Restos du Cœur.
De là, est partie une conviction : la nécessité d'innover dans le monde de la solidarité. De la même manière qu'il a pu innover dans la banque, en créant en 2014 le « Compte Nickel », un compte bancaire accessible à tous, surtout aux exclus bancaires, et ce, depuis un bureau de tabac. Ce projet était déjà perçu comme un peu fou à l'époque, avant de devenir une success story qui s'exporte désormais dans plusieurs pays européens.
Un agrément de la Banque de France
« Je suis parti du constat que l'on avait perdu la confiance et la conséquence de cette perte de confiance est une solidarité a minima », raconte à La Tribune, Ryad Boulanouar. Pourtant les Français sont généreux : 5 milliards d'euros de dons défiscalisés par an, dont 3 milliards de la part de particuliers (dont la moitié de la part des plus modestes) et 2 milliards des entreprises.
Il est possible de faire plus et mieux, assène l'ingénieur en informatique, surtout quand il y a sans trop d'associations face à des besoins certes grandissants, mais avec des ressources, notamment publiques (environ 10 milliards de subventions publiques), qui diminuent.
La solution proposée passe donc par la création d'une monnaie numérique, baptisée le « poto », à mi-chemin du cryptoactif et de la monnaie locale. De l'univers des cryptos, le projet retient la technologie de la blockchain pour assurer la sécurité et la traçabilité des transactions.
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Pour le reste, rien à voir avec un « bitcoin » qui n'a, selon Ryad Boulanouar, « aucune utilité sociale autre que la spéculation ». De la monnaie locale, le « poto » retient la possibilité d'en restreindre l'usage à des univers ciblés (alimentation, factures d'électricité...) ou à des territoires. Et bien sûr, cette monnaie bénéficie d'un agrément de la Banque de France au titre d'émetteur de monnaie électronique.