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Oser transformer en profondeur la politique de solidarité de la France

Sylvie Bukhari-de Pontual

Publié le 12 juillet 2023 à 09:36 - Mis à jour le 12 juillet 2023 à 11:28

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OPINION. Après le sommet de Paris pour un Nouveau pacte financier mondial, la France osera-t-elle transformer en profondeur sa politique de solidarité internationale ? Par Sylvie Bukhari-de Pontual, Présidente du CCFD Terre-solidaire
«Nous sommes venus pas seulement pour parler du besoin d'argent, mais aussi du besoin de réformes du système de gouvernance financière internationale [...], du besoin de profondes transformations pour garantir les sources de capitaux.»

Les mots de la charismatique Première Ministre de la Barbade, Mia Mottley, lors du sommet pour un Nouveau pacte financier mondial organisé à Paris par la France fin juin sont clairs : les pays du Sud exigent bien un changement en profondeur des règles du jeu économique mondial.

Cet appel résonne alors que les multiples crises qui s'entremêlent ont fortement fragilisé les budgets des pays du Sud, aujourd'hui en incapacité de dégager les revenus nécessaires au financement de leurs politiques de développement, à quoi s'ajoute l'urgence de financer également les mesures d'atténuation et d'adaptation face à la crise climatique qui les touche déjà de plein fouet.

Si les besoins financiers explosent, les capacités de mobilisation de ressources financières se restreignent de plus en plus, notamment sous l'effet d'une nouvelle crise de la dette : 54 pays sont déjà en crise, et le service de la dette des pays du Sud est à son niveau le plus haut depuis la fin des années 1990. L'an dernier, en sortie de pandémie, 62 pays avaient consacré davantage de revenus au remboursement de leurs dettes qu'à leurs dépenses de santé.

Or, les pays du Sud se débattent dans un système économique dont les règles fonctionnent fondamentalement contre leurs intérêts, et dans lequel ils sont largement exclus des espaces et mécanismes de prise de décision.

«Quand le FMI et la Banque mondiale ont été créés à Bretton Woods en 1945, [...] il n'y avait que 44 pays à l'époque, aujourd'hui il y en a 190. [...] Nous souhaitons désormais nous assoir à la table pour participer aux prises de décisions», a expliqué le président kenyan William Rutto pour illustrer le besoin de repenser des règles sur un pied d'égalité.

C'est notamment le cas du système fiscal international injuste et obsolète, qui permet aux multinationales et aux plus riches d'échapper à l'impôt, notamment dans les pays du Sud. Près de 90 milliards de dollars de flux financiers illicites échappent chaque année au continent africain.  Et malgré les scandales à répétitions ces dernières années, les multinationales continuent de localiser près de 40% de leurs bénéfices dans les paradis fiscaux.

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«Ce qui est important pour beaucoup d'entre nous est de savoir s'il existe un solide consensus sur la réforme de l'architecture financière internationale», a interpellé le président sud-africain Ramaphosa lors de la clôture du sommet de Paris.

Le Président Macron est-il prêt, ainsi que son gouvernement, à entendre ces appels et à en tirer les enseignements en réorientant les priorités de la politique de solidarité internationale de la France ?

A la lecture des conclusions du Sommet, la réponse est claire : la France n'a pas tenu compte de ces appels et a réaffirmé son attachement au système de l'architecture financière mondiale actuel.

Pourtant, le 13 juillet prochain, sous l'autorité de la Première ministre, le Comité interministériel de la coopération internationale et du développement (CICID) définira la feuille de route opérationnelle de la France sur ces sujets. Une dernière occasion pour ne pas définitivement ignorer les Etats et les populations du Sud.

Ce CICID offre l'opportunité d'amorcer enfin une transformation en profondeur de la politique de solidarité internationale de notre pays pour qu'elle réponde pleinement aux besoins et attentes exprimées de longue date par les pays du Sud, les premiers concernés par ces questions :

  • Prendre acte de la nécessité d'une véritable réforme de l'architecture économique mondiale, qui fonctionne pour les peuples et pour la Planète et réponde de façon cohérente aux besoins de financement des pays du Sud tant pour leur développement que pour faire face à la crise climatique. Ils ne doivent pas à avoir à choisir, pas plus que nous, entre garantir l'accès à l'éducation de leurs enfants ou leur garantir un environnement vivable pour leur avenir.
  • S'assurer d'une plus grande cohérence des politiques publiques menées par la France à l'international pour pleinement répondre aux interpellations des pays du Sud à Paris :  œuvrer en faveur d'un système fiscal international plus juste et progressif, notamment en soutenant les efforts des pays africains à l'ONU pour la mise en place d'une Convention fiscale internationale. Répondre à la crise de la dette en soutenant des annulations massives de dettes et la mise en place d'un mécanisme multilatéral de restructuration des dettes, y compris avec les créanciers privés. Soutenir une réforme juste des institutions financières internationales (Banque mondiale et FMI) qui permette un réel partage des pouvoirs avec les pays du Sud et garantisse un financement adéquat sans conditionnalités austéritaires.
  • Tenir ses promesses de mobilisation de ressources concessionnelles et sous forme de dons pour le développement et le climat des pays du Sud. Si l'aide publique au développement (APD) de la France a connu une croissance importante ces dernières années, nous avons 50 ans de retard sur notre promesse de mobilisation de 0,7% du RNB pour l'APD. C'est aussi la question d'une amélioration majeure de notre aide qui doit être menée, en termes de qualité et d'efficacité : une aide qui doit se faire majoritairement sous forme de dons, alignée sur les politiques nationales des pays concernés, qui doit cibler efficacement les pays les plus pauvres, et qui doit bien plus transiter par les sociétés civiles locales.

Si trois semaines après le Sommet de Paris, la feuille de route du CICID ne reflète pas un début de prise de conscience de la nature des attentes exprimées par les pays du Sud, la France aura un problème de crédibilité sur la scène internationale, notamment vis-à-vis de partenaires qu'elle a fait venir en nombre à ce sommet.

« Il nous faut absolument tenir nos promesses sinon nous allons perdre la confiance des populations mondiales. [...] Les règles ce sont nous qui les faisons, elles ne sont pas là pour nous briser, nous sommes là pour les façonner », selon les mots mêmes de Mia Mottley.

Sylvie Bukhari-de Pontual

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