Nicolas Théry (à gauche), président de l'organe central du Crédit Mutuel, et Julien Carmona, président du Crédit Mutuel Arkéa ont su trouver un terrain de compromis.
La Confédération nationale du Crédit Mutuel et le Crédit Mutuel Arkéa sont parvenus à un accord pour mettre fin à dix années de rivalités intenses entre les deux frères ennemis du mutualisme. L’autonomie des fédérations est affirmée et le patron du Crédit Mutuel de Bretagne devient le numéro deux de l’organe central.
Il faut savoir terminer une guerre, surtout quand elle est fratricide. Julien Carmona l'a vite compris lorsqu'il a succédé à Jean-Pierre Denis à la tête du Crédit Mutuel Arkéa au printemps 2021. C'est sans doute aussi le constat fait à la Confédération nationale de Crédit Mutuel par son président Nicolas Théry, par ailleurs à la tête du Crédit Mutuel Alliance Fedérale, principale entité du groupe bancaire mutualiste.
La Confédération nationale, organe central du groupe pour le régulateur, et Crédit Mutuel Arkéa ont ainsi signé, ce mercredi, un protocole d'accord qui met fin à dix années de conflits entre les fédérations de Bretagne et du Sud-Ouest et celles regroupées au sein de l'alliance fédérale, sous la houlette de la puissante fédération de Centre Est Europe.
Une bataille onirique entre Brest réclamant l'indépendance et Strasbourg, érigé en gardien du Temple, qui avait fini par agacer, pour ne pas dire plus, les autorités de tutelle, aussi bien à Paris qu'à Francfort. « Les autorités bancaires n'ont jamais levé le petit doigt pour défendre le projet d'indépendance », se rappelle un témoin. La bataille avait fini aussi, et surtout, par lasser les équipes en interne, voire même les élus et les administrateurs bretons qui ont pu être, un moment, grisés par les succès commerciaux de Crédit Mutuel Arkéa.
Une autonomie reconnue
Le protocole d'accord a donc été adopté à l'unanimité par le conseil d'administration de la Confédération nationale. Il garantit tout d'abord « l'autonomie » des 19 fédérations tout en préservant « la cohésion du groupe ». Exit donc l'indépendance, même si cette revendication était devenue purement formelle chez les Bretons. Lors de sa nomination, Julien Carmona a toujours eu soin d'éviter de réclamer une indépendance au profit « d'une autonomie complète » vis-à-vis de la Confédération, comme il l'avait souligné auprès de La Tribuneen juillet 2021.
Cette autonomie ne sera certes pas complète, mais le texte précise néanmoins que « les groupes régionaux déterminent librement leur stratégie et plus largement leur projet d'entreprise, dans le respect des règles prudentielles », avec même un droit de veto en « cas d'atteinte des intérêts vitaux ». C'est un point de nature à rassurer les salariés et les syndicats de Crédit Mutuel Arkéa, qui a souvent agité la menace des doublons en cas d'intégration. De fait, Arkéa a su développer ces dernières années sa propre stratégie avec de nombreuses filiales spécialisées, à compétence nationale, et sa propre informatique.
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