Le groupe européen Worldline, ex-filiale d'Atos, aura perdu près de 90 % de sa capitalisation en trois ans.
GONZALO FUENTES
Un mois après un premier avertissement en août, le prestataire de services de paiement réduit à nouveau ses objectifs de croissance et de résultats pour 2024. Le titre chute en Bourse et la capitalisation du groupe passe sous les 2 milliards d’euros. Son directeur général, Gilles Grapinet, artisan d’une stratégie de croissance externe agressive depuis dix ans, quittera son poste à la fin du mois.
Le champion européen des paiements Worldline s'effondre en Bourse. Face à une concurrence qui s'intensifie, le groupe a été contraint de publier un nouvel avertissement sur ses résultats. Le deuxième cette année. La sanction a été immédiate sur le marché : le titre perd 19% à la mi-journée. La capitalisation de l'ex-figure montante Tech du CAC 40 voit désormais sa capitalisation passer sous les 2 milliards d'euros.
En trois ans, la valeur aura donc perdu 90% de sa valorisation. Le prestataire de services de paiement, dont le métier est de gérer les paiements des commerçants, se paie ainsi plus que dix fois ses résultats estimés pour 2024. Ses pairs du secteur se traitent sur des multiples bien plus élevés, plus conformes à une valeur tech, comme le principal concurrent de Worldline, le néerlandais Adyen, valorisé plus de 40 fois ses résultats.
Descente aux enfers
« La confiance dans le groupe était déjà faible et ne s'améliorera pas », réagit à chaud le bureau d'analyse financière AlphaValue. Les mauvaises nouvelles se succèdent depuis un an. En octobre dernier, un premier avertissement avait fait chuter le titre de 60% en une seule journée. Une première dans les annales boursières pour une valeur du CAC 40.
Depuis, le groupe n'arrive pas à enclencher une nouvelle dynamique, comme ont pu le faire ses grands concurrents Nexi ou Adyen, voire Checkout.com, dans une période post-Covid sur un marché plus tendu en raison de l'inflation et d'une consommation en berne.
Nouvelle gouvernance
Le répit d'une entrée au capital du Crédit Agricole à hauteur de 7% en début d'année pour stabiliser la fintech, rassurer les investisseurs et surtout les clients de Worldline que sont notamment les grandes enseignes de distribution, aura donc été de courte durée.
Newsletter
Industrie et service
Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité industrielle.
Pour l'emblématique directeur général de Worldline depuis onze ans, Gilles Grapinet, c'est l'avertissement de trop. Le groupe annonce son départ d'ici le 30 septembre dans un communiqué. Il sera remplacé, à titre provisoire, par Marc-Henri Desportes, actuellement directeur général délégué, cadre dirigeant depuis dix ans. Le groupe avait déjà revu sa gouvernance au printemps, avec notamment un nouveau président du conseil d'administration, et la venue au conseil d'un représentant du Crédit Agricole. Mais la direction générale était alors restée en place.