Résultats de BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole : jusqu'ici, tout va bien !

Les trois principales banques françaises cotées survolent la crise au premier trimestre. BNP Paribas et Société Générale se distinguent par la dynamique de leurs revenus et profits, supérieurs aux attentes des analystes. L’impact de la crise en Ukraine est pour l’heure maîtrisé mais Crédit Agricole passe néanmoins 600 millions d’euros de provisions. Quant à Société Générale, la facture de la cession de sa filiale russe sera présentée au second trimestre. Etat des lieux.
Frédéric Oudéa, directeur général de Société Générale, a présenté de solides résultats trimestriels.
Frédéric Oudéa, directeur général de Société Générale, a présenté de solides résultats trimestriels. (Crédits : Reuters)

En trois mois, le paysage du monde a radicalement changé. A une vitesse rarement constatée dans le passé. Une guerre de conquête territoriale s'est invitée en Europe, les banques centrales courent désormais après l'inflation et les perspectives de croissance se sont singulièrement assombries.

C'est dans ce contexte particulier que les résultats au premier trimestre des principales banques françaises cotées peuvent délivrer de précieux enseignements. La banque est en effet le reflet de la vie économique. Première surprise, les résultats de BNP Paribas, Société Générale et Crédit Agricole SA s'avèrent plus que solides.

Des revenus et des profits en forte hausse

BNP Paribas a ainsi ouvert le bal des publications en fanfare, en battant toutes les prévisions. Les revenus sont ainsi en progression de 12 % en glissement annuel à 13,2 milliards d'euros, et même de 19% en glissement trimestriel. Selon le courtier Jefferies, 70 % de cette hausse des revenus provient de la banque d'investissement, en particulier les activités de marché. Mieux, les profits de la première banque de la zone euro dépassent de moitié les attentes des analystes à 2,1 milliards.

De son côté, Société Générale a publié ce matin des résultats tout aussi solides. Ses revenus, plus élevés que prévu, dans tous ses métiers, sont en hausse de 17 % en glissement annuel à 7,3 milliards d'euros, et le résultat net affiché de 842 millions (+3% en glissement annuel) dépasse également les attentes.

En revanche, Crédit Agricole SA (CASA), la structure cotée du groupe mutualiste, pourtant réputé par la régularité de ses résultats, déçoit. Les revenus sont certes bons (+8% glissement annuel) à près de 6 milliards d'euros, mais moins dynamiques que les deux autres banques françaises. Surtout, le groupe voit son coefficient d'exploitation se dégrader, en se maintenant tout de même sous le seuil des 60%.

Bref, les banques s'en sortent mieux que bien, mais la dégradation de l'environnement s'est surtout accélérée depuis l'invasion par la Russie de l'Ukraine le 24 février. Les banques ont su tirer profit de deux mois, certes agités sur les marchés, mais dans la continuité de la dynamique de 2021, année de résultats records pour le secteur.

L'impact russe

Évidemment, le coût de la guerre en Ukraine et de l'arrêt des activités des banques françaises bancaires en Russie est l'élément le plus redouté. On attendait Société Générale, la banque française la plus exposée à la Russie, c'est finalement CASA qui affiche les plus fortes provisions. Plus de 600 millions d'euros ! « Un provisionnement de prudence », rappelle Philippe Brassac, directeur général de Crédit Agricole SA. Du coup, le résultat net du groupe a fondu de près de 50 % à 552 millions d'euros.

Dans le détail, le groupe a provisionné l'intégralité de l'actif net de sa filiale ukrainienne (200 millions) et a constitué pour près de 350 millions de provisions sur risques « non avérés » sur son portefeuille de crédits ou de garanties exposé à la Russie et 43 millions sur des risques avérés. Pour la banque, cette dotation devrait être « une fois pour toutes », suffisante pour couvrir tous les risques. Elle souligne surtout que son exposition à la Russie, onshore et offshore, baisse rapidement - la banque a stoppé tout nouveau financement - d'environ 600 millions par rapport à la fin 2022.

« Les échéances ont été jusqu'ici honorées », précise Jérôme Grivet, directeur général adjoint de CASA. Au total, l'exposition, au 31 mars, s'élève à 700 millions (onshore) et 3,7 milliards offshore, soit un total de 4,4 milliards. Le groupe a également provisionné 200 millions sur sa filiale ukrainienne.

Opération de vente de Rosbank au second trimestre

Pour Société Générale, la facture est reportée au second trimestre. La banque s'est résolue à céder sa filiale russe Rosbank à son ancien propriétaire, Vladimir Potanine, réputé proche de Vladimir Poutine qui échappe, curieusement, aux sanctions européennes et américaines (mais pas canadiennes). La banque a confirmé un impact négatif de 2 milliards d'euros sur le compte de résultat.

La cession devrait intervenir, « dans les semaines à venir », selon Frédéric Oudéa, directeur général de Société Générale, qui ne voit aucun risque juridique à cette transaction. Parallèlement, l'exposition offshore au risque russe a été réduite de 400 millions à 2,8 milliards d'euros sur le trimestre. Selon la banque, l'exposition nette à risque est inférieure à un milliard d'euros, sans compter les 218 millions de provisions inscrites au premier trimestre.

Du côté de BNP Paribas, la Russie semble être un non sujet. Le groupe a simplement déprécié 90% de la valeur comptable de sa filiale ukrainienne (160 millions), aux deux tiers fermés en raison de la guerre.

Hors contexte russe, aucune des trois banques ne constate une dégradation du risque. Les provisions sont proches de zéro chez BNP Paribas, en raison d'une importante reprise de provisions sur sa filiale américaine Bank of the West, en cours de cession. Société Générale a légèrement revu à la hausse sa précision du coût du risque en 2022, dans une fourchette de 30 à 35 points de base, contre 30 points de base auparavant. Ce coût du risque ressort à 39 points de base au premier trimestre, dont 31 points de base sur le dossier russe. Rien d'inquiétant donc.

Effet « FRU »

Une fois de plus, les résultats des banques françaises ont été sensiblement grevés par leur contribution au Fonds de résolution unique (FRU), mécanisme européen mis en place pour garantir les dépôts en cas de faillite. Le problème n'est pas nouveau. Depuis des années, les banques françaises contestent le mode de calcul des cotisations qui les désavantage. De fait, les banques françaises contribuent, à elles seules, pour un gros tiers des cotisations annuelles Et l'explosion des dépôts depuis la crise sanitaire n'a pas arrangé les choses. Bien au contraire, car les cotisations sont justement assises sur les dépôts (1,35% en 2021). Soit 11 milliards d'euros en 2021.

Mais aujourd'hui, les banques prennent soin de relever avec soin, dans la présentation des comptes, cette « injustice ». Et cela se chiffre en centaines de millions chaque trimestre ! Ainsi, CASA voit sa contribution exploser ce trimestre de 25%, en glissement annuel, à 636 millions !

D'où ce cri de colère de Frédéric Oudéa : « la France s'est faite bien avoir ! c'est un fonds qui est payé par les grandes banques en Europe, donc pour l'essentiel, françaises. Et quand on fera le bilan de ce qu'auront payé les banques françaises à ce fonds, ce sera absolument gigantesque ! D'autant qu'au lieu de 55 milliards d'euros, on aura probablement levé au total 75 ou 80 milliards d'euros qui, à mon avis, ne serviront à pas grand-chose. Alors même que les banques ont besoin de capitaux pour financer l'économie, la transition énergétique ».

Des perspectives inchangées

Malgré les nuages qui s'amoncellent sur le paysage économique, les trois banques se montrent confiantes pour l'année 2022 et confirment leurs objectifs financiers. C'est le cas de BNP Paribas qui souligne que « la bonne dynamique commerciale du début de l'année consolide notre trajectoire pour l'année », indique ainsi la banque dans un communiqué.

Même message du côté de Société Générale qui confirme ses objectifs financiers. « Nous abordons cette année avec lucidité sur les incertitudes mais avec confiance sur la dynamique de nos métiers », avance Frédéric Oudéa. Qui souligne surtout « que les quatre prochains trimestres verront se mettre en place un nouveau business model », avec une « nouvelle » banque de détail en France, un Boursorama renforcé et la constitution d'un troisième pilier de métiers autour de la « nouvelle » ALD, futur leader mondial du leasing automobile. Et, vu les bons chiffres du premier trimestre, la banque prévoit même de revoir ses objectifs dans les activités de marché à la hausse en 2022.

Crédit Agricole n'aime pas les prévisions. Le groupe mise sur la récurrence de ses performances sur laquelle les crises (Covid, Ukraine...) semblent glisser. « C'est ce qui fait la force de notre modèle », affirme Philippe Brassac.

Les changements de comportement des consommateurs ou des entreprises, s'ils devaient se manifester avec la dégradation de l'environnement, se répercuteraient probablement plutôt au début de 2023 que cette année dans les comptes des banques, glissent d'ailleurs, en substance, les banquiers.

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