BPCE accélère son recentrage en sortant d'Afrique

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Le groupe français contrôle 68,5 % de la Banque internationale du Cameroun pour l'épargne et le crédit (BICEC), qui était dans le giron des Banques populaires depuis 1997.
Le groupe français contrôle 68,5 % de la Banque internationale du Cameroun pour l'épargne et le crédit (BICEC), qui était dans le giron des Banques populaires depuis 1997. (Crédits : BICEC)
Le groupe mutualiste est entré en négociations exclusives avec le marocain BCP en vue de lui céder quatre filiales, en Tunisie, au Cameroun, à Madagascar et en République du Congo. Il ne sera plus présent directement à l'international, seulement outre-mer, à Tahiti et en Nouvelle-Calédonie.

Depuis l'arrivée de Laurent Mignon en juin à la direction générale, le recentrage du groupe mutualiste BPCE s'accélère. Deux semaines après avoir annoncé un transfert d'actifs d'ampleur, de 2,7 milliards d'euros, depuis sa filiale Natixis, et le démantèlement du Crédit Foncier, le groupe Banques Populaires Caisses d'Epargne a annoncé ce mardi 25 septembre être entré en négociations exclusives avec le groupe coopératif marocain Banque Centrale Populaire (BCP) en vue de lui céder quatre filiales en Afrique.

"Ce projet de cessions de participations bancaires en Afrique au groupe marocain BCP s'inscrit dans la stratégie du Groupe BPCE de recentrage dans les secteurs et zones prioritaires de développement des métiers du groupe, dans la continuité de la cession de la Banque des Mascareignes au groupe BCP, annoncée en février dernier", indique le groupe dans un communiqué.

BPCE vendrait ainsi ses 68,5 % dans la Banque Internationale du Cameroun pour l'Épargne et le Crédit (BICEC) au Cameroun, ses 71% dans la Banque Malgache de l'Océan Indien (BMOI) à Madagascar, ses 100 % de Banque Commerciale Internationale (BCI) en République du Congo ainsi que ses 60 % dans la Banque Tuniso-Koweitienne (BTK) en Tunisie.

Il connaît bien le groupe marocain : il en détient 4,5 % du capital et siège à son conseil d'administration. Une cérémonie de signature a d'ailleurs eu lieu ce mardi 25 septembre au siège de BPCE à Paris pour entériner la décision du groupe français de retenir l'offre ferme (non chiffrée) du groupe de Casablanca.

Ralentissement de l'activité et risque de crédit

Cette acquisition s'inscrit "dans le cadre de sa stratégie d'expansion au Maghreb et en Afrique subsaharienne", précise le groupe marocain :

"Avec 1.886 collaborateurs, les quatre banques disposent de 117 agences et centres d'affaires, et ont réalisé à fin 2017 un PNB [produit net bancaire] agrégé d'environ 2 milliards de dirhams", l'équivalent de 180 millions d'euros.

Ce projet "permettrait aux banques concernées de s'adosser à un partenaire financier et industriel disposant d'une solide expérience dans le domaine bancaire, et en mesure de développer davantage leur activité", font valoir les deux groupes. Il sera soumis aux instances représentatives du personnel "prochainement."

Dans son document de référence 2017, le groupe français précisait que BPCE International, la structure holding de pilotage des participations à l'international et dans le Pacifique ultra-marin, avait "conduit une revue stratégique de la banque de détail à l'international" et que le conseil de surveillance avait lancé "la recherche d'un partenaire pour les cinq banques du réseau de BPCE International en Afrique et dans l'Océan indien".

Lire aussi : Natixis (BPCE) allège son bilan en vue d'acquisitions

BPCE avait indiqué dans ses comptes 2017 que sa filiale internationale avait dégagé un résultat brut d'exploitation en baisse de 12,9 % "reflétant le ralentissement de l'activité à l'international et les charges exceptionnelles liées aux cessions de la Banque des Mascareignes, de la BM Madagascar et de Sky Elite Tour" (projet immobilier au Maroc). Sa contribution au résultat net avait été négative de 67 millions d'euros, "fortement pénalisée par la hausse du coût du risque des filiales à l'international", notamment sur les portefeuilles de crédit en Tunisie, "et l'anticipation de la perte sur cession des titres de la Banque des Mascareignes". La vente de cet établissement implanté à l'île Maurice, également présent à Madagascar, au groupe BCP s'est soldée par une "moins-value de déconsolidation pour 20 millions d'euros" dans les comptes 2017 du groupe BPCE.

A l'issue de ces cessions, BPCE International n'aura plus que ses 99,6 % dans la Banque de Tahiti et ses 96,9 % dans la Banque de Nouvelle-Calédonie en banque de détail à l'international (outre des filiales spécialisées Pramex et Ingepar). La plus importante des Banques Populaires, la BRED, est présente, au-delà de l'Ile-de-France, la Normandie et l'Aisne, outre-mer, essentiellement à la Réunion, à Mayotte, en Guadeloupe, en Martinique et en Guyane. Par ailleurs, Natixis, la filiale cotée de BPCE, est présente depuis 20 ans en Algérie où elle vient de lancer une banque mobile.

Société Générale opère également un recentrage à l'international, mais elle a choisi de céder des activités en Europe de l'Est (Bulgarie, Albanie, Pologne, etc) et de rester en Afrique où elle veut profiter de l'essor de la banque mobile.

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Commentaires
a écrit le 26/09/2018 à 16:30 :
Ce recentrage semble indiquer un besoin de cash pour d autres projets ( banque numérique?.. ) ou que le groupe mutualiste n a pas le cash pour développer son activité internationale...
a écrit le 26/09/2018 à 10:51 :
Bizarre initiative, l'Afrique va permettre au français d'être la deuxième langue parlée dans le monde en 2050. Son développement économique est exponentiel, les chinois investissent massivement dans ce continent. La BPCE doit préférer faire des affaires dans l'UE ou la croissance stagne , a suivre ....
Réponse de le 26/09/2018 à 12:08 :
La francophonie est une chose, l'intérêt économique en est une autre. Il est clair que l'analyse de BPCE est que ce marché ne présente pas de perspectives suffisantes pour justifier d'une présence de façon rentable. Autrement dit le pari est que sous l'effet de sa démographie délirante, le sort économique de l'Afrique est peu susceptible de s'améliorer à courte et moyenne échéance.

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