Comment BNP Paribas travaille pour de vrai avec des startups à Station F

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Le programme d'accélération de BNP Paribas est opéré en partenariat avec Plug and Play à Station F.
Le programme d'accélération de BNP Paribas est opéré en partenariat avec Plug and Play à Station F. (Crédits : Patrick Tourneboeuf / Station F)
Lancé en janvier 2017, le programme d'accélération de la banque, en partenariat avec l'américain Plug and Play, a débouché sur une vingtaine de projets pilotes avec des Fintech, dont certains mis en production avec des filiales. Les startups DreamQuark et Scanovate jugent ce dispositif d'open innovation très efficace.

Qui n'a pas son accélérateur de startups ? C'est devenu un must pour les grands groupes, sommés de prouver leur ouverture, leur capacité à faire de l'open innovation, à travailler au rythme des jeunes pousses. La réussite n'est pas toujours au rendez-vous et les témoignages de startups déçues, qui ont eu l'impression de perdre leur temps ou d'être « baladées », sont nombreux. Pour son accélérateur Fintech et Insurtech (les startups de la finance et de l'assurance), BNP Paribas s'est associé à un spécialiste, le californien Plug and Play, avec lequel il a ouvert en janvier 2017 un programme international au sein de Station F, « le plus grand campus de startups au monde », dans le 13ème arrondissement de Paris.

Avec un peu plus de 18 mois de recul, la banque dresse un bilan très encourageant de son initiative qui a débouché sur une vingtaine de projets pilotes.

« Nous avons accéléré 28 startups, dont un tiers de françaises et 20% d'américaines. Nous commençons la quatrième saison, que nous appelons "batch" [fournée, ndlr]: les startups sélectionnées ont trois mois pour réaliser un pilote avec nos métiers. A ce jour, les résultats sont très positifs, aussi bien pour les startups que pour nos "champions" venus des métiers [des salariés du groupe interlocuteurs des startups pour chaque pilote, ndlr] », a confié Hélène Mouly, responsable du programme d'accélération chez BNP Paribas International Financial Services, ce jeudi 4 octobre, lors d'une présentation à la presse.

Les jeunes pousses sélectionnées sont déjà matures, pas de simples projets « Power Point », et disposent déjà d'un « produit sur étagère », un algorithme déjà développé par exemple, qui les rend capables de monter un pilote en ce laps de temps très court. L'objectif est d'aller vers « l'industrialisation » des meilleurs projets, leur déploiement après contractualisation : en 2017, sur les deux premières saisons, 35% des pilotes sont passés à la mise en production.

BNP Paribas startups Station F Plug and Play

[L'espace BNP Paribas Plug and Play à Station F à Paris. Crédits : DC]

Pas de part du capital et un pilote payé

Le « proof-of-concept » (PoC, preuve de faisabilité) est payé (même s'il ne s'agit pas de montants très significatifs) et BNP Paribas ne prend pas de part au capital au démarrage.

« Notre but n'est pas d'aller dans l'investissement mais que les startups nous accompagnent dans notre transformation », a insisté Andreas Lambropoulos, le responsable des initiatives stratégiques chez BNP Paribas IFS. « Cela crée des opportunités, mais ce n'est pas un pré-requis. »

Si le groupe a annoncé en février dernier la mise en place un fonds d'investissement dans la Fintech et l'Insurtech, géré par BNP Paribas Asset Management, le programme d'accélération en est totalement détaché.

Ce point différenciant peut s'avérer un vrai atout pour des jeunes entreprises qui veulent garder leur liberté et ne pas diluer davantage leur capital.

« On avait fait 17 programmes d'accélération, avec Citi, Barclays, etc. On ne voulait plus en faire. Certains exigent une part de capital rien que pour avoir la possibilité de travailler avec eux, ou imposent de déménager dans leurs locaux. Souvent, le programme n'a pas de visage, on change tout le temps d'interlocuteur. Ce n'est pas le cas avec le modèle du "champion" du programme de BNP Paribas, c'est un très bon système de "dating", de mise en relation » a témoigné Guy Stiebel, responsable produit de la startup israélienne Scanovate.

La jeune pousse spécialiste de la gestion d'identité, qui combine biométrie et reconnaissance optique de caractères, a travaillé avec AlphaCredit, la marque de crédit à la consommation de BNP Paribas en Belgique, pour automatiser des processus encore très manuels et ramener à quelques secondes ce qui prenait des heures, voire des jours.

Lire aussi : BPCE veut devenir "la banque préférée des développeurs et des startups"

Autre startup satisfaite de sa participation, la parisienne DreamQuark, spécialiste de l'intelligence artificielle dans les services financiers, élue Fintech de l'année 2017 par le pôle de compétitivité Finance Innovation. Elle a analysé pour la division Gestion de fortune de BNP Paribas l'historique des transactions des clients pour mieux comprendre leurs besoins et en faire un outil de ciblage.

« Nous avons travaillé avec les métiers dès le début. Nous les avons convaincu d'aller plus loin en montrant des résultats : trois fois plus de rendez-vous et quatre fois plus de ventes pendant les tests », a expliqué Nicolas Méric, le fondateur et directeur général de DreamQuark. « Pour avoir fait beaucoup d'autres programmes d'accélération, je peux vous dire que celui-ci est unique : sa force, c'est l'industrialisation, tout est éprouvé, dans une vraie démarche d'open innovation », a assuré ce docteur en physique des particules.

Les startups sont en effet libres de continuer à travailler avec d'autres banques ou institutions financières. Elles sont même plutôt vues d'un bon œil si elles ont déjà fait des PoC avec d'autres groupes.

« Il n'y a pas d'open innovation avec des exclusivités », a fait valoir Laurent Herbillon, le directeur de la coopération avec les startups chez BNP Paribas IFS.

Il s'applique aussi à « digitaliser l'open innovation.» Pour assurer le suivi de sa relation avec les startups, la banque a fait appel à une autre jeune pousse, Yoomap, qui lui fournit une plateforme permettant de « piloter et monitorer les PoC. » Et elle a créé une plateforme d'expérimentation, une sorte de « sandbox » (bac à sable) technique, donnant accès à des données anonymisées aux startups accélérées.

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Commentaires
a écrit le 06/10/2018 à 17:10 :
BNP Paribas se prend une cartouche de 10 milliards de $ et tend l'autre joue ...
Les sociétés de conseil qui accompagnent la banque françaises sont majoritairement anglo-saxonnes ... Pitoyable ... Qu'ils ne viennent jamais demander l'aide du contribuable.

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