La BNP se revendique "la première banque des startups"

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La banque de la rue d'Antin, qui a ouvert 16 pôles innovation ces dernières années (en vert), en comptera 60 dans toute la France d'ici à la fin de l'année, de Dunkerque à Bayonne et du Havre à Mandelieu.
La banque de la rue d'Antin, qui a ouvert 16 pôles innovation ces dernières années (en vert), en comptera 60 dans toute la France d'ici à la fin de l'année, de Dunkerque à Bayonne et du Havre à Mandelieu. (Crédits : BNP)
La banque compte 2.000 jeunes pousses parmi ses clients et va étendre nationalement son dispositif d’accompagnement. BNP Paribas entend investir 30 à 60 millions d’euros en direct dans des entreprises innovantes au cours des 3 ans à venir.

C'est un titre dont plus d'une grande banque voudrait s'enorgueillir tant les jeunes pousses et l'open innovation sont à la mode. BPCE (organe central des Banques Populaires et Caisses d'Epargne), a récemment affiché son ambition de devenir « la banque préférée des développeurs et des startups », le Crédit Agricole a de son côté annoncé la création de deux fonds de capital-innovation d'un total de 100 millions d'euros. Dressant le bilan de cinq ans d'initiatives d'accompagnement des jeunes entreprises innovantes ce mardi, BNP Paribas a assuré qu'elle était la mieux introduite dans ce milieu :

« Nous sommes devenus la première des banques startups ! Nous avons 2.000 startups avec des projets "qualifiés" qui sont clientes de BNP Paribas en France » a déclaré Marie-Claire Capobianco, la directrice des réseaux France, membre du comité exécutif.

« C'est la BPI [la banque publique d'investissement, ndlr] qui le dit ! » a ajouté son adjoint Denis Laplane.

La banque de la rue d'Antin n'a pas précisé sa définition de la startup (taille du chiffre d'affaires, nombre de salariés, ancienneté, jeune entreprise de tout secteur ou strictement technologique). « Sur environ 20.000 startups en France, cela semble conforme à la part de marché de la BNP sur le segment des entreprises. La BNP est active, mais l'est-elle vraiment plus que nous ou d'autres ? » s'interroge, dubitatif, le patron d'une grande banque de détail concurrente.

Interrogé, le groupe Crédit Agricole fait valoir de son côté qu'il est numéro un en accompagnement de la création d'entreprise (dont les startups) selon les Réseaux nationaux créations d'entreprises, et qu'il a accompagné 287 startups dans ses 17 pépinières "Villages by CA". La Société Générale nous indique qu'elle accompagne en tout « environ 2.000 clients startups », répartis entre le marché des professionnels et celui des entreprises, dont « 200 à fort potentiel », susceptibles de devenir une "licorne" (entreprises à forte croissance valorisée plus d'un milliard).

Objectif : 4.000 startups clientes

BNP Paribas indique avoir créé dès 2012 le métier de « banquier startup » dans son réseau (il en existe aujourd'hui une trentaine). Deux ans plus plus tard, elle lançait le programme Innov&Connect de mise en relation d'ETI et de grands groupes avec des jeunes pousses, qui peuvent être accueillies et "accélérées" dans l'un des deux lieux d'innovation WAI à Paris ou à Massy-Saclay. L'hébergement et le coaching pendant six mois sont gratuits pour les plus jeunes startups, « dans ce cas, c'est la grande entreprise qui paie  pour cette collaboration » a précisé Myriam Beque, qui dirige le développement de l'innovation à la banque de détail en France et les lieux d'innovation Wai. Pour les startups plus matures, les services deviennent payants (moyennant par exemple 250 à 350 euros par poste par mois).

La première banque française en termes d'actifs (Crédit Agricole est devant en nombre de clients particuliers) a décidé d'aller plus loin : elle va passer de 16 à 60 pôles innovation en région et former 70 « chargés d'affaires référents » qui seront mis en place d'ici à septembre. Elle ambitionne de doubler le nombre de startups clientes en trois ans, soit 4.000 à l'horizon 2020. BNP ouvrira aussi un programme d'accélération Fintech Insurtech à Station F, « le plus grand campus de startups du monde » de Xavier Niel, en partenariat avec l'Américain Plug and Play.

« Le startupper a besoin de faire la rencontre au bon moment. Notre surface de contacts est un atout considérable : nous avons incontestablement le premier fonds de commerce de France, avec 75% des ETI et 100% des grands groupes françaises qui sont des clients » a fait valoir Denis Laplane, le directeur de la clientèle entreprises des réseaux France de BNP, qui est également président de BNP Paribas Développement.

 L'approche de la BNP consiste à la fois à « favoriser la croissance de [ses] clients » et pour ses besoins propres à trouver « des relais de croissance, les startups étant de nouveaux clients » a souligné Denis Laplane.

BNP D Laplane MC Capobianco M Beque WAI

[Denis Laplane, Marie-Claire Capobianco, Myriam Beque]

Investissements directs

La startup peut aussi avoir besoin de capital. La BNP a commencé à investir, tout d'abord de manière indirecte (40 millions d'euros dans 18 fonds depuis 2013) à travers des fonds d'amorçage régionaux et des fonds de capital-risque tels que Partech, Elaia, Emertec, Kurma diag (medtech), Breega ou Serena Data Venture. Puis de façon directe, non pas en lançant un grand fonds de corporate venture à la Axa, comme le font beaucoup de groupes du CAC 40, mais en créant un compartiment Venture dans son entité de capital-développement: 10 millions d'euros répartis en une vingtaine d'investissement en moins d'un an, notamment chez l'inventeur du réveil olfactif Sensorwake, la startup d'adtech Realytics et le fournisseur d'énergie collaboratif ekWateur.

On pourrait presque ajouter l'acquisition de la startup de la Fintech qui a bien grandi Compte Nickel (pour un montant estimé à 200 millions d'euros), annoncée le mois dernier, pour compléter son offre de banque de détail.

A l'avenir, BNP Paribas compte flécher « 5% à 10% des investissements en capital du réseau France vers les entreprises innovantes », soit entre 10 et 20 millions d'euros par an  sur la base des 200 millions investis annuellement par BNP Développement, ce qui devrait porter entre 30 et 60 millions d'euros le total des tickets misés dans les trois ans à venir (environ 100.000 euros en amorçage et 500.000 euros en venture en moyenne par startup). Cela reste somme toute modeste par rapport aux 100 millions que le groupe Crédit Agricole ambitionne de dégainer, montant qui pourrait monter à 200 millions d'euros d'ici à 2020.

 « Les startups, ce n'est pas un phénomène de mode, cela devient une évolution de la société, une tendance de fond » a insisté Marie-Claire Capobianco.

En revanche, il est encore « beaucoup trop tôt » pour tirer un bilan de la rentabilité de ces investissements.

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