"75% des entreprises envoient leurs salariés dans des zones dangereuses"

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La directrice général de la filiale française d'International SOS, Béatrice Ogée était présente à Deauville lors des Rencontres annuelles de l'Amrae, l'association des risks managers présente une étude sur la protection des salariés en mission à l'étranger.

Créée il y a 26 ans en Asie par deux Français, International SOS compte aujourd'hui 10 000 salariés dans le monde. Elle compte comme clients 70% des entreprises du Global Fortune 500 dans la gestion des risques liés à la santé et à la sécurité de leurs expatriés et voyageurs d'affaires et parmi elles 32 sociétés cotées au Cac 40. International SOS délivre des prestations de conseil, mène des actions de prévention, accompagne la mise en place de procédures de sécurité, gère des installations de santé et effectue des évacuations d'urgence.

La Tribune : Les entreprises ont-elles conscience des risques que courent leurs salariés quand ils vivent ou se déplacent à l'étranger pour des motifs professionnels ?

Béatrice Ogée : Globalement, oui. Notre étude montre que les entreprises ont conscience des risques et menaces auxquels sont confrontés leurs salariés. Près de la moitié des pays du monde, soit 89 sur environ 195 sont jugés comme dangereux. Parmi eux les cinq pays qui sont les premiers cités sont : le Mexique, le Nigeria, l'Afghanistan, l'Inde et le Pakistan. Or presque toutes les entreprises (95%) déclarent envoyer des voyageurs d'affaires vers des destinations perçues comme à hauts risques voire dangereuses : 75% des entreprises ont des employés locaux dans ces zones et 70% y ont aussi des expatriés.

Les entreprises prennent t-elle des mesures appropriées de prévention et de protection ?

Béatrice Ogée : C'est une obligation qui pèse sur les entreprises d'assurer la santé et la sûreté des salariés en déplacement au même titre que d'assurer la santé et la sûreté des salariés en France. Or peu d'entreprises mettent en place une stratégie complète de protection.

En quoi consiste cette stratégie ?

Béatrice Ogée : Pour résumer on peut dire que cette stratégie repose sur quatre axes : la prévention, l'accompagnement, l'intervention en cas de problème et le contrôle des dispositifs. Pour être efficace elle doit mobiliser plusieurs responsables dans l'entreprise : notamment le directeur des ressources humaines, le responsable des achats mais également le directeur de la gestion des risques. Au total, six ou sept intervenants peuvent être mobilisés mais il faut un coordinateur.

La multiplication de catastrophes industrielles ou naturelles ou de soulèvements politiques dans la période récente a-t-elle conduit les entreprises à prendre des mesures ?

Béatrice Ogée :Oui, après le printemps arabe en particulier beaucoup d'entreprises se sont posées des questions. Car la Tunisie, l'Egypte et la Libye étaient considérés comme des pays à faibles risques. Or, notre groupe International SOS, a dû évacuer 400 personnes de Tunisie, 1200 d'Egypte dont 800 en une semaine en 7 charters, et 1500 personnes en Libye par exemple. Auparavant lorsque de tels évènements se produisaient, l'Etat intervenait davantage. La multiplication des théâtres d'opération fait que les Etats ne peuvent plus garantir la sûreté de leurs ressortissants pour des raisons politiques ou pratiques. L'ordre d'évacuation d'un pays n'est pas toujours donné par la puissance publique et d'ailleurs il n'y a souvent pas les structures disponibles pour organiser cette évacuation. Ce sont donc aux entreprises de s'organiser pour assurer la sûreté de leurs salariés. D'autant plus qu'elles ont le plus souvent des nationalités différentes sur un même site qui doivent toutes être protégées.

Quelles sont les entreprises les plus avancées en matière de protection des salariés à en voyage ?

Béatrice Ogée : Les entreprises sont d'autant plus avancées en matière de protection quand elles interviennent dans les zones où elles n'ont pas de filiale locale et que la nature de leur activité les rend très sensible au capital humain comme celles du secteur des nouvelles technologies, des télécom et de l'Aérospatiale et la Défense. Les entreprises industrielles et minières qui s'implantent dans les zones très risquées en Afrique et en Asie développent aussi davantage de procédures de sécurité et de santé pour leurs salariés.

Quels sont les risques les plus élevés ?

Les risques qui apparaissent comme les plus élevés dans notre étude, conduite auprès de 628 entreprises dans 50 pays, sont ceux liés à la maladie pendant la mission ; arrive après, la délinquance de type vols de papiers ou pickpocket ; et la difficulté d'accès aux soins conformes aux standards internationaux et ensuite, les accidents de la route. Il est intéressant de noter que les atteintes à la santé et à l'intégrité de la personne sont perçues comme des menaces importantes. Mais selon les secteurs d'activité, il y a des différences entre les risques perçus et les risques réels. Pour nous, le premier risque est clairement les accidents de la route, le 2e est la difficulté d'accès à des soins de qualité conforme aux standards internationaux. Il faut remarquer que le terrorisme n'est cité qu'en 13e position par les répondants.

Et en 2012 où voyez vous surgir les menaces ?


Nous surveillons toutes les zones géographiques. Nous avons des analystes spécialisés dans chaque région car nous formulons des recommandations à nos clients. Nous sommes très présents en Asie et en Afrique. Nous surveillons par exemple actuellement la situation au Sénégal où il y aura des élections présidentielles le 26 février. Nous ne sommes pas une société d'assistance voyage classique, notre métier n'est pas que l'évacuation sanitaire car nous intervenons très en amont. Nous gérons 32 cliniques dans des régions isolées comme l'ile Sakhaline proche de la Sibérie ou en Chine. Un tiers de nos 10 000 employés sont des personnels médicaux.
 

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Commentaires
a écrit le 17/02/2012 à 21:10 :
75% des entreprises "DU CAC 40", ce ne sont pas 75% des entreprises "tout court"...

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