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Donner c'est bien, prêter aussi

Mathias Thépot

Publié le 29 mars 2012 à 13:57 - Mis à jour le 29 mars 2012 à 14:23

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Et si un jour, les Français estimaient aussi intéressant de faire un prêt solidaire qu'un don? C'est en tout cas ce qu'espère Arnaud Poissonnier, président de Babyloan, la première plateforme européenne de microcrédit. Il faudra cependant leur faire oublier les dérives du passé...

"Vulgariser" le prêt solidaire au même titre que le don. Voilà l?objectif ambitieux d?Arnaud Poissonnier, cofondateur et président de Babyloan, la première plateforme européenne de microcrédit sur internet. Cet ancien banquier - passé notamment par Neuflize OBC - souhaiterait en effet que les citoyens français aient le réflexe, lorsqu?ils ont envie de contribuer à une bonne cause, de prêter des petits montants à des personnes en situation d'exclusion bancaire qui souhaitent démarrer ou développer une activité.
"Notre objectif est que dans 10 ans, les Français considèrent qu?il est aussi intéressant de faire un prêt solidaire qu?un don", espère-t-il. Le microcrédit a selon lui pour avantage "d?aider quelqu'un à s?en sortir par lui-même plutôt que de l?assister. Mais il permet aussi plus de transparence car l?on sait ou va l?argent prêté. Enfin le parrainage permet de choisir la personne que l?on veut aider".

Ne pas répéter les erreurs du passé

Pour se rapprocher de son objectir, les institutions de microfinance (IMF) devront éviter les erreurs du passé. D?aucuns ont encore en tête le scandale de SKS Microfinance, principale IMF de microcrédit d?Inde, qui après avoir vendu une partie de son capital à des hedge funds et à des fonds d?investissement, avait fait son entrée en Bourse.
"En tant qu?ancien banquier, je connais parfaitement l?esprit des mécaniques d'investissement qui dérivent, basées sur l?obsession de la rentabilité à court terme", indique Arnaud Poissonier. "Quand j?ai vu débarquer les premier gros fonds d?investissement dans la microfinance, je me suis dit  "danger".

Il y a eu une tendance à la surfinanciarisation de la microfinance avec une croissance des investissements mercantiles. Les valeurs de la microfinance se sont alors renversées. Des IMF se sont développées au service de leurs actionnaires, et au détriment des clients et des salariés de la microfinance. Ce n?est pas dogmatique, c?est un état de fait. On a trop oublié la composante sociale du microcrédit". Arnaud Poissonnier estime cependant que ces événements passés permettront d?empêcher des dérives futures. "Ces scandales ont pour vertu d?avoir obligé tous les acteurs du microcrédit à se regarder dans le miroir. De plus, ces investisseurs qui étaient de purs mercantiles sont partis. Je suis plein d?espoir pour la suite".

150 à 200 000 euros de prêts tous les mois

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Les Français semblent en tout cas de plus en plus attirés par le microcrédit, au vu du succès grandissant de Babyloan. La plateforme internet enregistree entre 15 et 30 adhésions par jour et accorde entre 150 000 et 200 000 euros de prêts tous les mois. Ses encours de crédits sont aujourd?hui de 3,1 millions d?euros, encore dérisoires face aux encours mondiaux de microcrédits qui s?élèvent à 65 milliards d?euros. Les encours de collecte de Babyloan sont pour leur part de 1,7 millions d?euros, plus 900 000 euros provenant du babyfund, un fonds commun de placement solidaire dit « 90/10 » soutenant le microcrédit, fondé par Babyloan, le Crédit Coopératif, Ecofi Investissements et Seeds Finance.
Cependant, Babyloan n?est pas encore rentable. Elle faisait état en 2010 d?une perte de 450 000 euros. Pour attendre l?équilibre, Arnaud Poissonnier estime que le niveau de collecte de sa plateforme devra s'élever à au moins 6 millions d?euros, un objectif que sa start-up attendrait début 2016. « Nous avons fait 20 à 25% du chemin jusqu?ici », estime-t-il. Babyloan a depuis sa création refinancé 8700 projets de micro entrepreneurs dans 11 pays, dont la France, où elle ne peut cependant pas encore utiliser l?argent collecté auprès des particuliers pour financer des personnes morales.

Mathias Thépot

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