Fuite des cerveaux dans les banques d'investissement

Ils s'appellent Yoël Zaoui, Ian Hannam, Andrea Orcel. Ces grands noms de la finance viennent de couper les ponts avec leurs célèbres employeurs, les banques américaines Goldman Sachs, JPMorgan, Bank of America Merrill Lynch.
Yoël Zaoui, responsable mondial des fusions et acquisitions chez Goldman Sachs, quitte la banque américaine.Copyright Reuters
Yoël Zaoui, responsable mondial des fusions et acquisitions chez Goldman Sachs, quitte la banque américaine.Copyright Reuters (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2011. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)

Une à une, les grandes banques d?investissement perdent leurs stars. La semaine dernière, Goldman Sachs a annoncé le départ, après 24 ans de bons et loyaux services, du français Yoël Zaoui, pourtant promu, il y a moins d?un an, co-directeur de la branche fusions et acquisitions de la banque américaine. Yoël Zaoui emboîte ainsi le pas à Ian Hannam, qui a récemment coupé le cordon avec JPMorgan, où il dirigeait la division marchés actions. Ou bien encore à Andrea Orcel, qui a mis fin, il y a peu, à ses fonctions de responsable de la stratégie de la banque de financement et d?investissement (BFI) chez Bank of America Merrill Lynch. Les banques d?investissement européennes ne sont pas épargnées : Credit Suisse, UBS, Deutsche Bank ont-elles aussi subi le départ de certaines de leurs pointures, ces derniers mois.

Le poids de la réglementation

Pourquoi ces banquiers de renom, connus pour leur travail de conseil sur des fusions aussi célèbres que celles d?Arcelor avec Mittal Steel, de Sanofi avec Aventis, tirent-ils leur révérence, qui plus est tous en même temps ? Pour certains, bien sûr, l?heure de la retraite est venue. Mais la plupart ont encore quinze ou vingt ans de travail devant eux. Justement, ces années, beaucoup ne souhaitent plus les passer au sein de la banque d?investissement, un univers en proie à une mutation profonde depuis la crise financière de 2008. Le modèle de BFI qui se profile est bien différent de celui qu?ils ont connu, notamment en raison du poids croissant de la réglementation. Aux Etats-Unis, la « Volcker rule » interdira bientôt aux banques de spéculer pour leur propre compte. Une activité certes risquée mais très rémunératrice, si bien que son interdiction pourrait priver certains établissements d?un quart de leurs revenus, selon les analystes de Bernstein Research. « On va nous demander de faire autant d?argent tout en prenant moins de risques », déplore un banquier, pour qui il s?agira là « de résoudre la quadrature du cercle. »

Des bonus qui ne sont plus ce qu?ils étaient

Autre équation complexe, pour les patrons de banques d?investissement : dégager une rentabilité aussi bonne que par le passé, mais avec des équipes considérablement réduites. Crise financière oblige, le secteur bancaire aura annoncé, l?an dernier, quelque 220.000 suppressions de postes dans le monde, d?après l?agence Bloomberg. Enfin, et peut-être surtout, les bonus ne sont plus ce qu?ils étaient. En raison, d?une part, de la crise boursière qui a frappé les activités de marchés, l?an dernier, si bien que les revenus liés au conseil en fusions et acquisitions ont représenté moins de 7% du chiffre d?affaires de Goldman Sachs, en 2011, contre 16% une dizaine d?années auparavant. D?autre part, la crise de 2008 a débouché sur un encadrement des bonus, dont 60% du montant doit désormais être versé sur trois ans (et non plus immédiatement) et qui sont à présent réglés à hauteur de 45% en actions (et non en cash), selon la directive européenne CRD III. Le cabinet Sia Conseil table ainsi sur une chute de 25% à 47% des bonus des traders des banques françaises, au titre de 2011.

Créer sa propre « boutique »

Travailler plus pour gagner moins, cette perspective n?a évidemment rien d?engageant. Un nombre croissant de grandes figures de la banque d?investissement choisissent donc d?apporter leur talent ? et leurs clients ? à de plus petites structures, comme Moelis ou Perella Weinberg, qui ne sont pas soumises à des réglementations aussi contraignantes que les grandes banques. Certains choisissent même de monter leur propre « boutique. » Selon Les Echos, Yoël Zaoui envisagerait ainsi de créer une société de conseil avec son frère Michaël, qui fut longtemps son alter ego et son rival chez Morgan Stanley.
 

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Commentaires 14
à écrit le 17/04/2012 à 8:28
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Fuite des cerveaux ou fuite des voleurs ?

le 17/04/2012 à 8:47
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100% D'accord, "des cerveaux" ?? J'y vois surtout des personnes qui comprennent que ça va chauffer alors il vaut mieux vite quitter le navire et dire "Mais je n'y travail plus !", c'est pas moi , c'est lui.

le 17/04/2012 à 11:57
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autant je relativise le coté "force obscure" qu on donne parfois a tort et a travers à la banque "traditionnelle" autant je suis d accord pour donner cette étiquette à la banque d investissement depuis 10-15 ans Ces "cerveaux" ont multiplié les produ...

à écrit le 17/04/2012 à 7:26
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Un peu hors sujet, mais si chute des profits pour les banques, chute des impots en consequence. Si chute des impots pour les banques : hausse des impots pour les particuliers.

à écrit le 17/04/2012 à 1:33
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On manque de cerveaux dans en physique fondamentale, dans certaines filières en ingénierie, même de prof de fac qualifiés. Heureusement, on en trouve plein dans la finance; on ne sait pas ce qu'il y font, tous ces matheux, sans doute de nouveaux prod...

à écrit le 16/04/2012 à 19:33
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A

à écrit le 16/04/2012 à 19:33
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Quand la cupidité devient un art de vivre !

à écrit le 16/04/2012 à 19:19
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Confondre "cerveaux" et intéressement et bien révélateur de la période actuelle... D'autant, avec la période actuelle, c'est courir à la perte. En emmenant les "investisseurs-actionnaires-pigeons-fortunés, dans la chute, bravo, là.

à écrit le 16/04/2012 à 18:53
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certains envisagent de se reconvertir dans le foot ou le show bizz ...

à écrit le 16/04/2012 à 18:37
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En espérant que ces gens là se ruinent tous seuls et ne foutent pas le merdier partout.

à écrit le 16/04/2012 à 18:11
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Andrea Orcel part chez à la concurrence, chez UBS. Il s'agit plutot d'un jeu de chaises musicales...

à écrit le 16/04/2012 à 17:27
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J'ai eu peur un instant qu'ils aient eu un problème de conscience. Heureusement ce n'est qu'une question d'argent, l'honneur est sauf.

le 16/04/2012 à 18:16
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;);)

le 16/04/2012 à 18:52
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lol ! je dirais meme ' heureusement qu'ils ne sont pas venus nous expliquer qu'ils ont un pb de conscience' !!

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