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Martin Hirsch lance les lunettes à zéro euro...ou presque

Séverine Sollier

Publié le 14 mai 2012 à 15:33 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 20:24

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Photo réalisée le 15 avril 2008 dans la boutique d'un opticien à Paris d'un présentoir à lunettes. La ministre de la Santé Roselyne Bachelot a dénoncé ce jour devant l'Assemblée une...

Reuters

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Des personnes âgées de 60 ans et plus, avec de faibles revenus, vont pouvoir bénéficier d'un "Pass" pour obtenir des lunettes sans rien payer ou presque. Cette initiative parrainée par Martin Hirsch est réalisée par l'association 'Optique Solidaire' qui mobilise des complémentaires santé, des industriels, des opticiens et des médecins.

"Le programme 'Optique Solidaire' veut faire des avancées concrètes et à très grande échelle", a annoncé lundi 14 mai d'emblée Martin Hirsch, ancien haut-commissaire aux Solidarités actives de 2007 à 2010, actuel président de l'Agence du service civique. Concrètes : il s'agit de fournir quasiment gratuitement des soins optiques à des personnes financièrement fragilisées. A grande échelle : 140 000 personnes âgées de 60 ans et plus et bénéficiant de l'Aide à la souscription d'une assurance complémentaire santé (ACS) sont potentiellement concernées.

Le prix des lunettes passe de 350 euros en moyenne à 120 euros

Il aura fallu 2 ans d'efforts, aux dires même de Martin Hirsch qui en préside le comité d'éthique, pour mettre an place l'offre de l'association "Optique Solidaire". Il faut dire que l'initiative est ambitieuse : réunir au sien d'une même structure à la fois des complémentaires santé, des industriels fabricants de verres et de montures, des médecins ophtalmologistes, et des opticiens "dans un but 100% social", indique Martin Hirsch. "C'est la première fois qu'une telle collaboration se met en place", estime pour sa part Nicolas de Lambert le directeur général France de Essilor, leader français de la fabrication de verres, et par ailleurs trésorier de l'association Optique Solidaire.

Grâce au modèle  économique innovant d'Optique Solidaire, le prix des lunettes en verres progressifs "de qualité" qui s'établit en moyenne à 350 euros, tombe à 120 euros. Ce montant  est susceptible d'être couvert en totalité par le remboursement de la Sécurité sociale et de la complémentaire santé ou, au pire, de laisser quelques dizaines d'euros à la charge du patient.

Les complémentaires santé sont le pivot du dispositif

Dans le dispositif d'Optique Solidaire, les complémentaires jouent un rôle clé. Elles sont chargées de contacter dans leur portefeuille les personnes visées par le programme, à savoir les bénéficiaires de l'aide à la complémentaire santé de plus de 60 ans pour les avertir de l'existence de leur "Pass Lunettes". Puis, elles avancent les frais pour le patient et les remboursent à l'opticien (par le mécanisme du Tiers payant). L'opération commence au niveau national à partir du 21 mai.

Une expérience pilote a déjà été conduite à Marseille auprès de 169 bénéficiaires potentiels par la Mutuelle du Midi (groupe AG2R La Mondiale). A l'issue de ce test, 34 personnes ont bénéficié d'une consultation auprès d'un médecin ophtalmologiste au prix "sécu" donc sans dépassement,  elles se sont adressées à 7 opticiens volontaires et ont reçu une paire de lunettes adaptée à leur vue. "25% de retour, c'est un succès car habituellement nous n'avons que 10% de retour sur ce type d'opération", estime Philippe Quique, directeur santé d'AG2R La Mondiale et vice-président de l'association Optique Solidaire. Il précise que la population concernée, majoritairement composée de femmes seules âgées de 70 à 75 ans touchant une petite pension de réversion, n'est pas forcément très réceptive à ce genre de proposition. "Elles sont très sollicitées par le démarchage", explique-t-il et elles redoutent le piège. Il a donc fallu, en plus d'un courrier, les informer individuellement par téléphone de l'utilité de la démarche.

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Une dizaine de complémentaires santé adhérentes

Actuellement, une dizaine de complémentaires santé participent à Optique Solidaire dont plusieurs groupes paritaires de protection sociale (AG2R La Mondiale, Apicil, Humanis, Réunica), un assureur mutualiste (Groupama), un bancassureur (Assurances du Crédit Mutuel) et un courtier d'assurance grossiste (April Santé Prévoyance). Peu de compagnies d'assurances, même si Axa a adhéré depuis peu à l'association, et peu de mutuelles santé, même si "Les ménages prévoyants" est entré dans le dispositif récemment et si des mutuelles comme Radiance y participent par l'intermédiaire de leur groupe paritaire d'appartenance (en l'occurrence Humanis). " Plus nous compterons de complémentaires santé, plus nous pourront toucher de bénéficiaires", indique Philippe Quique qui avoue dans un premier temps avoir privilégié "l'approche commando" pour mettre en marche le programme. Il espère donc que d'autres complémentaires vont adhérer à l'association. Cette année, Optique solidaire a prévu de toucher 8000 bénéficiaires potentiels et de "monter en puissance" les années suivantes.

Pourquoi se limiter aux 60 ans et plus bénéficiaires de l'aide à la complémentaire santé ?

Les 60 ans et plus bénéficiant de l'aide à l'acquisition d'une complémentaire santé (ACS) "vivent en dessous du seuil de pauvreté mais au dessus du seuil d'éligibilité à la couverture maladie universelle complémentaire (CMU-C)", explique le président d'Optique Solidaire Xavier Subirana, par ailleurs médecin ophtalmologiste. La CMU-C est en effet réservée à ceux qui ont moins de 648 euros de revenus mensuels et  l'aide à la complémentaire santé est dédiée à ceux qui perçoivent plus de 648 euros par mois mais moins de 816 euros par mois et sachant que le seuil de pauvreté est évalué à 950 euros mensuels.

Or les 60 ans et plus sous le seuil de pauvreté mais au delà de 648 euros mensuels sont particlièrement pénalisés : ils n'ont pas accès à la CMU-C et doivent souscrire une complémentaire classique alors qu'en raison de leur âge, celle-ci est plus chère malgré l'aide à la souscription ACS, ce qui les incite à prendre les garanties les plus basses pour limiter le coût de la cotisation. Et en parallèle, leur correction devient plus complexe avec l'âge et nécessite des lunettes plus onéreuses.

Un modèle économique autofinancé

Le modèle économique est avant tout celui du "social bunsiness", selon Martin Hirsch qui co-préside la chaire HEC "Social business/ Entreprises et pauvreté" et l'Action tank "Entreprises et pauvreté".  Le programme Optique Solidaire fonctionne sans financement public mais repose sur la démarche volontaire des participants et en particulier des industriels et des opticiens qui acceptent de "travailler à coût marginal", comme l'explique Nicolas de Lambert, d'Essilor.

Les lunettiers concentrent leurs productions de montures sur une gamme limitée à 11 modèles, les verriers utilisent un outil de production existant et se concentrent sur un seul type de produit ; les opticiens externalisent le montage des verres sur la monture et reçoivent les personnes aux heures creuses de préférence. "On n'a pas voulu faire du bas coût aux conditions habituelles du bas coût. Chacun s'engage à apporter le même service et la même qualité que pour une personne hors du programme. Le rabais est sur le reste à charge pas sur le service", précise cependant Martin Hirsch.

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"Ce n'est pas un effort que l'on serait capable de reproduire sur l'ensemble de la population", ajoute Nicolas de Lambert qui souligne que la "variabilité des prix est importante" selon les produits. Pour sa part, Martin Hirsch salue la prise de risque des industriels et des opticiens qui, en participant à cette initiative solidaire, acceptent d'être interrogés sur le modèle économique général de la fabrication et de la vente de lunettes en France. Un modèle qui a suscité beaucoup d'interrogations ces derniers mois notamment avec l'essor des opticiens en ligne qui commercialisent des lunettes jusqu'à 40% moins chères que celle vendues en boutique.

Les chifres clés d'Optique Solidaire en mai 2012

Séverine Sollier

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