Antoine Bernheim : la disparition du dernier "parrain" de la finance française

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Antoine Bernheim qui fut l'un des banquiers d'affaires les plus puissants de France au sein de Lazard est décédé ce mardi 5 juin, à l'âge de 87 ans. L'homme qui avait "fait", entre autres, Bernard Arnault et Vincent Bolloré, a eu une fin de carrière plus difficile à la tête de l'assureur italien Generali.

Banquier prestigieux devenu sur le tard assureur puissant, Antoine Bernheim, décédé mardi à 87 ans, a été durant plus de 40 ans une figure clé de la finance en France et en Italie. Admiré autant que craint pour sa pugnacité et son art subtil des des affaires, il avait contribué à façonner le capitalisme hexagonal de 1960 à 1995, avant de prendre dans la Péninsule la tête de Generali, qu'il a abandonnée au printemps 2010.  Associé-gérant de la banque Lazard de 1967 jusqu'en 2005, "Tonio", comme le surnommaient ses proches, a littéralement construit les carrières de jeunes entrepreneurs qui comptent aujourd 'hui parmi les plus grandes stars - et fortunes -  du business français : de Bernard Arnault à François Pinault, en passant par Vincent Bolloré, son fils spirituel.

Né à Paris le 4 septembre 1924 dans une famille juive, Antoine Bernheim  fait ses études au lycée Janson de Sailly puis quitt la capitale, occupée par les Allemands, pour se réfugier avec sa famille à Grenoble. Il y fréquente la faculté des sciences et les réseaux de la Résistance, dans le sillage de son père Leonce, ingénieur et avocat, qui est arrêté avec sa mère en 1943. Tous deux seront déportés et exécutés à Birkenau.

Des "coups" qui contribueront à façonner à redessiner le capitalisme français

Rentré à Paris, il termine des études de droit, se marie et se lance dans une carrière de consultant. En 1951, il est engagé pour réorganiser la maison de parfumerie Bourjois, qu'il quitte quatre ans plus tard pour s'occuper avec succès d'une société immobilière. Connu pour son franc-parler, c'est un financier reconnu lorsqu'il est repéré à 43 ans par le grand banquier André Meyer de Lazard Frères. Toute sa carrière au sein de la célèbre banque d'affaires sera jalonnée de coups qui contribueront à redessiner le capitalisme français. Ce joueur d'échecs, secret, était un maître dans l'art des renversements d'alliances, dans la capacité à "gérer"  des protégés aux intérêts, c'est un euphémisme, contradictoires. Il était aussi, au sein de la banque, l'homme par qui passait l'adoubement des jeunes recrues.  Antoine Bernheim se régalait dans cet univers si particulier de la maison du boulevard Haussmann où chaque associé-gérant avait grande latitude pour gérer à sa façon, et dans son coin ses petites affaires.

Prêt à aider Nicolas Sarkozy à créer un banque d'affaires

Après avoir été vice-président de la banque Mediobanca, il avait pris la présidence du groupe d'assurance italien Générali, dont Vincent Bolloré était actionnaire et devait largement contribuer à son éviction en 2010. Amer, il déclarait dans une interview au Point l'année suivante : "je lui reproche tout simplement de m'avoir trahi".  Ce désamour s'est au fil des années développé avec plusieurs autre de ses protégés, notamment  Bernard Arnault  mais aussi ... Nicolas Sarkozy qu'il avait été prêt à aider pendant sa traversée du désert politique après l'élection présidentielle de 1995 et qu'il songeait à créer une banque d'affaires.  Et puis, mal lui en a pris de défendre Anne Lauvergeon, alors à la tête d'Areva, que l'ancien maire de Neuilly-sur-Seine, devenu président de la République avait dans le collimateur...

Amer, ce banquier hors normes, qui était à la finance française ce qu 'Ambroise Boux, l'ancien président de l'ancienne Compagnie Générale de l'Electricité (Alcatel-Alstom) était à l'industrie ? "Vous savez, j'étais quelqu'un d'assez important quand ils n'étaient pas grand-chose. Aujourd'hui, c'est l'inverse. Le rapport de forces a changé. C'est ainsi... Ils sont très importants à des titres différents et moi, je ne suis plus rien" avait-il laché dans cette dernière interview au Point.

 

 

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Commentaires
a écrit le 06/06/2012 à 15:29 :
En lisant le titre " disparition " je pensais qu'il etait recherche et qu'on le retrouverais ....'C'est en lisant plus loin que j'ai lu qu'il etait mort.. grosse difference. Une pensee a lui ..mais quand meme ...pauvres journalistes francais zeles..
a écrit le 06/06/2012 à 12:47 :
Pas de regret, avant de partir la banque Lazard à fait licencier des centaines de personnes, et est en relation directe avec la FED aux USA dont ils sont actionnaires.
Actionnaires de la FED:
? Banques Rothschild de Londres et de Berlin;
? Banque des Frères Lazard de Paris;
? Banques d?Israel Moses Sieff d?Italie;
? Banque Warburg de Hambourg et d?Amsterdam;
? Banque des Frères Lehman de New York;
? Banque Kuhn Loeb de New York;
? Banque Chase Manhattan de New York;
? Banque Goldman Sachs de New York.
Sans commentaires...
a écrit le 06/06/2012 à 12:31 :
L'exemple type de la finance détestable...
a écrit le 05/06/2012 à 23:28 :
Tu es poussières et tu retourneras poussière.
a écrit le 05/06/2012 à 19:11 :
Ambroise Roux, pas Boux.
a écrit le 05/06/2012 à 18:49 :
Rappelons une affirmation de ce personnage : "la plupart des fortunes françaises se sont faites autour de délits d'initiés". C'est dans le livre de Pierre de Gasquet sur M. Bernheim. Jamais démenti. Jamais eu d'enquête sur ces propos pour le moins révélateurs.
a écrit le 05/06/2012 à 17:26 :
Le mari de mon assistante est décédé d'un cancer, il avait 47 ans. Il n'a pas façonné la France des privilèges ni fait des coups tordus en bourse ni trahi ses amis pour le plaisir des affaires. Il n'est donc pas parti amer et trahi à son tour. Pas riche non plus mais sain d'esprit. C'était un mec bien alors lui aussi je l'ajoute à la rubrique nécrologie.
a écrit le 05/06/2012 à 17:13 :
Ce qu'il y a de moins propre dans la finance, il n'hésitait pas à l'utiliser. On se souviendra de "l'affaire Boussac" qui a fait la fortune de LVMH.

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