Qui a dit que la titrisation avait disparu ?

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Le Crédit Foncier compte titriser 2 milliards d'euros de prêts dès l'année prochaine
Le Crédit Foncier compte titriser 2 milliards d'euros de prêts dès l'année prochaine (Crédits : <small>DR</small>)
Le Crédit Foncier remet la titrisation au goût du jour. Ce spécialiste du crédit immobilier compte tirer environ 20% de ses ressources annuelles de la titrisation à partir de 2013. Un mode de financement que le directeur général du Crédit Foncier, Bruno Deletré, voit même se développer dans l'hexagone.

Aux oubliettes en France, la technique de la titrisation qui a causé tant de soucis à la planète finance et à l'économie mondiale est remise au goût du jour, faute de mieux, pour accompagner la mutation des modèles économiques bancaires. Entre réduction de bilan et contraintes de liquidités, les banques sont prises en tenaille ; la titrisation pourrait du coup refaire surface pour leur faciliter la tâche.

De nouvelles contraintes

"La crise financière et les nouvelles réglementations de Bâle 3 font peser sur les banques des contraintes nouvelles", indique Bruno Deletré, directeur général du Crédit Foncier. Désormais, "l'accès à la liquidité est une vraie question pour toutes les banques", et bien sûr "aussi pour le Crédit Foncier, qui se refinance très largement sur les marchés". Le tout est "d'avoir un recours aux marchés qui soit raisonnable dans le temps pour ne pas en être trop dépendant" ajoute-t-il. La titrisation retombe donc à pic. Celle-ci permet à une banque de transférer un ou plusieurs prêts dans le bilan d'autres investisseurs, qui en échange, achètent des titres de la banque, l'abreuvant ainsi en liquidités.
Dans ce cadre, le Crédit Foncier a titrisé un milliard d'euros de prêts en 2012, qui sont logés dans le bilan de la Banque Postale. Et il compte titriser pour 2 milliards d'euros de prêts l'année prochaine, soit 20% de ses ressources annuelles sur les marchés.

Un ratios de liquidité de long terme contraignant

Le comité de Bâle s'est également intéressé aux problèmes de liquidités des banques et a instauré un ratio de liquidités de long terme (NSFR), lui aussi contraignant, puisqu'il demande plus de ressources de long terme pour un même niveau d'engagements. Comme le ratio de levier, il contraint donc les banques à limiter leurs engagements de long terme. Le refinancement de ces actifs hors bilan, par exemple par le biais de la titrisation -de prêts immobiliers notamment-, peut alors constituer une solution. Il suscite l'intérêt des investisseurs "attirés par des actifs de long terme qui leur apportent des rendements de bon niveau", estime Bruno Delétré. Ce, alors que ces investisseurs sont aujourd'hui "confrontés à une baisse des rendements des actifs dits sans risque", ajoute le directeur général du Crédit Foncier.

Les dérives du passé

Mais si la titrisation revient en masse, ne risque-t-on pas de voir alors réapparaître les dérives du passé ? Selon Bruno Deletré, ce n'est pas la technique qui est perverse mais les déviances dont elle a fait l'objet aux Etats-Unis, provoquant la crise des subprimes. "Cette technique n'a rien de scandaleux si elle est bien faite", estime-t-il. D'autant que depuis 2008, " les régulateurs ont fort sagement imposé à une banque qui titrise des prêts qu'elle a originés, de conserver une part du risque à son bilan". Ceci est à son sens "la meilleure garantie que l'investisseur peut obtenir".

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Commentaires
a écrit le 10/11/2012 à 7:26 :
Personne. Tout le monde sait bien que ça continue de plus belle. D'ailleurs on a des résultats de grandes banques (US en particulier, mais pas seulement) qui sont extraordinaires uniquement grâce à des reprises de valorisation, dont on ne sait toujours pas de quoi... Et c'est le cas de tous les excès constatés jusqu'ici. Il suffit de voir l'affaire Rochdale avec des positions représentant plus de 200 fois le capital de la société... etc.
a écrit le 09/11/2012 à 22:05 :
Depuis 200 ans, chaque nouvelle crise financière trouve son "explication" dans le dernier produit inventé, mais à chaque fois, ce produit ne disparait pas, il est juste plus encadré.
Et dans quelques années vous verrez une nouvelle crise et on accusera un nouveau produit, pourtant la raison réelle est toujours la même, l'avidité de certains qui dépassent toutes les limites de risques en faisant porter le chapeau sur d'autres. Ainsi la grande loi de la finance continue t-elle sa route.
On peut accuser les subprimes mais on peut aussi attaquer les règles prudentielles changées après Enron( qui avait innové aussi dans les produits financiers), on peut accuser la banque universelle créée par Clinton, les ratios de réserve, les courtiers immobiliers payés à la commission, les agences de notation, les hedge-funds etc.. il n'y a pas de fin.
Mais entre nous, il suffit juste d'avoir un cerveau et de rester honnête. C'est ce qui manque dans la finance, des gens honnêtes, il faudrait un statut comme pour les médecins et pouvoir interdire le métier de finance à tous ceux qui s'écartent de l'intérêt général.
bah, de toute façon, dans quelques années, les robots contrôleront presque toute la finance, ce sera la mort de la spéculation, de tous ceux qui sont endettés plus que de raison.
Et vous savez comment réagissent les banques centrales à chaque crise ? toujours la même réponse, imprimer plus d'argent, ce qui rend les financiers contents car leurs actifs remontent automatiquement et leurs pertes s'épongent avec le temps; pourquoi changer de façon de faire puisqu'on gagne à tous les coups ?
Un jour cette planète entière terminera comme le Zimbabwe ou l'Allemagne de Weimar, dans l'hyperinflation et personne ne trouvera de solution pendant des décennies, comme à la chute de Rome, les possédants de terre verront leurs actifs réels résister alors que tous les autres deviendront esclaves, et les villes seront désertées.
a écrit le 09/11/2012 à 17:55 :
Le Crédit Foncier un futur Northern Rock ?

La course aux fonds propres déclenchée par Bâle III ne fera que des dégâts. On comprend que le CFF ne trouve plus d'autres financements que par titrisation bien que le montage soit cher et complexe et repose sur des titres de plus faible liquidité qu'une émission obligataire . Il peut même être risqué pour les établissements distributeurs (Les CE et BP en l?occurrence) de promettre.rendement et liquidité pour les FCC qu'ils placeront.

Si les autorités de régulation avait privilégié des systèmes de fonds de garantie plutôt que la course aux fonds propres, le contrôle de l'activité bancaire en aurait été facilité, l'économie mieux financée et le spectre d'une nouvelle crise financière écarté.
a écrit le 09/11/2012 à 15:36 :
on oublie ces dernières années et on recommence comme si rien ne s'était passé, et si par malheur on se casse la figure on demande aux contribuables de payer les pots cassés.
a écrit le 09/11/2012 à 14:38 :
J'ai dû louper un épisode, il me semblait qu'il devait y avoir une meilleure régulation. Et le CFF ne devait-il pas sa survie récente à l'intervention de l'état?
a écrit le 09/11/2012 à 12:31 :
Perso j en ai marre de ces techniques qui au final sont toujours perverties et finissent toujours par etre payee par le contribuable.
Si la banque est limite depot de bilan elle n hesitera pas a enfumer ses copains meme en gardant une partie du risque...elle n aura pas le choix...la fin justifie les moyens.
Réponse de le 09/11/2012 à 13:14 :
+1. C'est tout à fait ce qui m'est venu à l'esprit aussi. Combien allons-nous devoir raquer par la suite...?!

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