Assurance : et si la loi Hamon était un leurre ?

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Benoît Hamon, ministre de l'économie sociale et solidaire attaque de front les mutuelles avec la résiliation de l'assurance à tout moment
Benoît Hamon, ministre de l'économie sociale et solidaire attaque de front les mutuelles avec la résiliation de l'assurance à tout moment (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2011. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
Examinée actuellement par les députés, la loi Hamon est sensée faire baisser les prix des contrats d'assurance auto et habitation. Et si c'était le contraire?

 "C'est vraiment curieux, ce ministre en charge de l'économie sociale et solidaire, qui se veut proche du mutualisme et prend une telle mesure d'inspiration strictement libérale, opposée au fonctionnement des mutuelles ». C'est un professionnel de l'assurance qui avoue ainsi son incompréhension face à la loi Hamon, prévoyant la possibilité résilier à tout moment - un an après la signature du contrat - une assurance auto, habitation, ou affinitaire (mobiles…). Une mesure qui sera examinée par les députés, cette semaine, en deuxième lecture.

Faire baisser les prix ?

Benoît Hamon, qui est aussi ministre de la consommation, répète à l'envi qu'il veut défendre le consommateur, et que la mesure qu'il a prise, favorisant la concurrence, fera baisser les prix de l'assurance. Mais est-ce bien sûr ? Les assureurs, unanimes, soulignent à quel point la mesure prise va, au contraire de ce qui est annoncé, faire monter les tarifs. Pur lobbying, de le part de professionnels ayant peur pour leurs profits ?

La réalité, c'est que sur l'assurance auto, la plupart des assureurs perdent de l'argent (en France, en tous cas). Et encore plus sur l'habitation. Ce sont les produits financiers réalisés sur les provisions qui leur permettent de dégager des profits. Comment imaginer une baisse des tarifs dans ces conditions? D'autant que si le nombre de résiliations de contrats augmente, les frais de gestion s'accroîtront nécessairement. Et surtout, les assureurs devront faire face à des coûts croissants de marketing, pour acquérir de nouveaux clients, en remplacement de ceux qui auront résilié leur contrat. 

« Pour un assureur à la stratégie commerciale agressive, qui dépense beaucoup en publicité, le coût d'acquisition d'un client atteint souvent 500 euros » estime Cyrille Chartier-Kastler, du cabinet spécialisé en assurance Facts & Figures. « Dans ces conditions, si le nouvel assuré s'en va au bout de 18 mois, le modèle n'est pas tenable ».

Domination des comparateurs

L'autre effet pervers possible de la loi Hamon, c'est la domination accrue des comparateurs d'assurance sur internet, qui mettent en avant, principalement, un critère : le prix. Dès lors, les assureurs, qui veulent afficher des tarifs très compétitifs, mais  n'ont rien de philanthropes, se «rattrapent » sur certaines clauses du contrat. La couverture sera moins bonne, sans que l'assuré en soit nécessairement conscient. 

Le modèle mutualiste mis à mal

Les assureurs comme la Maif, qui ont conservé un véritable esprit mutualiste, craignent de voir leur modèle mis à mal. Le principe de la Maif, c'est d'offrir un tarif équivalent à tous les assurés. Les jeunes conducteurs (liés à un sociétaire) n'y paient aucune sur-prime, contrairement à ce qui se passe chez les autres assureurs. Ce sont donc les conducteurs plus âgés, au profil « moins risqué » qui, d'une certaine manière,  paient pour les jeunes. Une véritable mutualisation. Mais cela suppose que les assurés à la Maif restent fidèles à leur mutuelle. Si tous les plus âgés s'en vont, la mutualisation s'écroule.

Un impact limité?

Cyrille Chartier-Kastler estime que la loi Hamon n'aura qu'un impact limité sur le nombre de résiliations de contrats. Notamment parce que les tarifs sont déjà concurrentiels, et qu'ils bougeront peu : les clients voyant beaucoup moins cher ailleurs seront peu nombreux. En revanche, si le taux de résiliation augmentait fortement, cela entraînerait effectivement une hausse des prix, souligne-t-il.Le contraire de ce qu'affirme Benoît Hamon.

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Commentaires
a écrit le 18/12/2013 à 21:48 :
Pour être complète et permettre aux citoyens de vraiment comparer, cette réforme devrait comporter des contrats types. Sans cet élémentaire condition, nous allons avoir, comme l'indique l'article, "certaines clauses" très discrètes qui risquent de faire faire la grimace aux (futurs) sinistrés et une multiplication des contrats comme dans la téléphonie où toutes les analyses démontrent l'impossibilité de comparer objectivement les offres... Mais en plus grave!
a écrit le 17/12/2013 à 15:45 :
et si le socialisme était un leurre ...pour seulement prendre le pouvoir....?
a écrit le 17/12/2013 à 11:44 :
J ai de serieux doute sur l'argument avancé par les assureurs... d'autant plus que je suis assure aujourd'hui chez un assureur parmi les moins chers du marché et qui pratique déjà la résiliation a tout moment !
a écrit le 17/12/2013 à 9:39 :
c'est un faux débat : un assureur doit assumer ses erreurs. Un assuré satisfait des prestations de son assureur n'ira pas courir à gauche à droite en permanence. Je suis fidèle depuis plus de 30 ans à mon assureur (une mutuelle) et je n'ai aucune intention d'en changer, bien que je sais que depuis 30 ans je cotise "pour rien" (aucun sinistre habitation ni auto - touchons du bois!) mais j'espère que le jour où j'aurai besoin de lui, il sera là ! sinon : alors effectivement il sera responsable de mon départ.
Réponse de le 17/12/2013 à 14:39 :
Moi comme vous ! je cotise depuis 30 ans chez le même et me suis aperçu que le marché est plus bas donc je vais tout larguer pour faire des économies vu que mes impôts ont doublé et que la TVA va encore me faire mal.
a écrit le 17/12/2013 à 8:13 :
A vous lire, on pourrait croire que les clients des assureurs achètent des coûts de commercialisation (publicité, marketing, gestion, etc.). La prestation d'un assureur est avant tout de couvrir un risque !

S'il y a plus de concurrence, les assureurs devront innover et investir pour être plus efficace dans leur métier. Certains arriveront à baisser leurs coûts et pourront baisser leur prix. D'autres verront leurs coûts augmenter, mais devront quand même baisser leurs prix... ou disparaître. Que le meilleur gagne !
Réponse de le 17/12/2013 à 8:46 :
Certes, il y aura une sélection naturelle mais en assurance auto, les sinistres représentent souvent plus de 70 % du chiffres d'affaires et ces coûts augmentent... Pourriez vous me dire comment baisser significativement les prix sans casse sociale ??? De plus, l'assurance auto et habitation en France est une des plus concurrentielle d'Europe... Mais, c'est vrai que, pour un ministre, c'est plus facile de s'attaquer aux "méchants" assureurs qu'à une libéralisation des transports en commun..
Réponse de le 17/12/2013 à 11:45 :
Et d'avouer que les caisses de sécurité sociales sont déjà en concurrence et que cela coute beaucoup moins cher ...
Réponse de le 28/12/2013 à 10:43 :
Vous oubliez que lorsque l'on souscrit un contrat ils sont toujours les seules a couvrir les frais mais en revanche quand ils faut nous remboursé ils manque toujours un petit quelque chose...
a écrit le 17/12/2013 à 8:00 :
Pour ce qui est de l'assurance de prêt c'est une bonne mesure car les banques exercent une telle pression sur leurs clients que certains ne sont pas en mesure de refuser et cela leur permettra de se libérer du contrat afin d'obtenir de meilleures conditions tarifaires et techniques.
Pour ce qui est de l'auto et de l'habitation il s'agit d'une fausse bonne mesure puisque ce sont des régimes déficitaires et le fait d'augmenter la volatilité des assurés va entraîner mécaniquement une hausse des tarifs puisque les assureurs ont besoin d'une certaine visibilité dans un métier où il faut le rappeler il y a une exigence renforcée de provisionnement.
Réponse de le 17/12/2013 à 18:13 :
La volatilité des assurés existe déjà: celle des mauvais conducteurs malussés. Les assureurs font du lobbying pour justifier la hausse de leur profitabilité au regard de la baisse de l'accidentologie liée à l'activité économique du pays.
a écrit le 17/12/2013 à 7:33 :
Ce que je sais a titre d'experience, c'est que le lcl m'a propose un taux avec l'assurance maison et un taux si j'allais voir une mutuelle pour diviser mon assurance par 2. Si j'ai 12 mois pour reflechir, je changerai...

Les partiques des assurances de prets sont d'un autre age...

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