Assurance: et si la loi Hamon était un leurre?

Ivan Best

Ivan Best
"C'est vraiment curieux, ce ministre en charge de l'économie sociale et solidaire, qui se veut proche du mutualisme et prend une telle mesure d'inspiration strictement libérale, opposée au fonctionnement des mutuelles ». C'est un professionnel de l'assurance qui avoue ainsi son incompréhension face à la loi Hamon, prévoyant la possibilité résilier à tout moment - un an après la signature du contrat - une assurance auto, habitation, ou affinitaire (mobiles…). Une mesure qui sera examinée par les députés, cette semaine, en deuxième lecture.
Benoît Hamon, qui est aussi ministre de la consommation, répète à l'envi qu'il veut défendre le consommateur, et que la mesure qu'il a prise, favorisant la concurrence, fera baisser les prix de l'assurance. Mais est-ce bien sûr ? Les assureurs, unanimes, soulignent à quel point la mesure prise va, au contraire de ce qui est annoncé, faire monter les tarifs. Pur lobbying, de le part de professionnels ayant peur pour leurs profits ?
La réalité, c'est que sur l'assurance auto, la plupart des assureurs perdent de l'argent (en France, en tous cas). Et encore plus sur l'habitation. Ce sont les produits financiers réalisés sur les provisions qui leur permettent de dégager des profits. Comment imaginer une baisse des tarifs dans ces conditions? D'autant que si le nombre de résiliations de contrats augmente, les frais de gestion s'accroîtront nécessairement. Et surtout, les assureurs devront faire face à des coûts croissants de marketing, pour acquérir de nouveaux clients, en remplacement de ceux qui auront résilié leur contrat.
« Pour un assureur à la stratégie commerciale agressive, qui dépense beaucoup en publicité, le coût d'acquisition d'un client atteint souvent 500 euros » estime Cyrille Chartier-Kastler, du cabinet spécialisé en assurance Facts & Figures. « Dans ces conditions, si le nouvel assuré s'en va au bout de 18 mois, le modèle n'est pas tenable ».
L'autre effet pervers possible de la loi Hamon, c'est la domination accrue des comparateurs d'assurance sur internet, qui mettent en avant, principalement, un critère : le prix. Dès lors, les assureurs, qui veulent afficher des tarifs très compétitifs, mais n'ont rien de philanthropes, se «rattrapent » sur certaines clauses du contrat. La couverture sera moins bonne, sans que l'assuré en soit nécessairement conscient.
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Les assureurs comme la Maif, qui ont conservé un véritable esprit mutualiste, craignent de voir leur modèle mis à mal. Le principe de la Maif, c'est d'offrir un tarif équivalent à tous les assurés. Les jeunes conducteurs (liés à un sociétaire) n'y paient aucune sur-prime, contrairement à ce qui se passe chez les autres assureurs. Ce sont donc les conducteurs plus âgés, au profil « moins risqué » qui, d'une certaine manière, paient pour les jeunes. Une véritable mutualisation. Mais cela suppose que les assurés à la Maif restent fidèles à leur mutuelle. Si tous les plus âgés s'en vont, la mutualisation s'écroule.
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Cyrille Chartier-Kastler estime que la loi Hamon n'aura qu'un impact limité sur le nombre de résiliations de contrats. Notamment parce que les tarifs sont déjà concurrentiels, et qu'ils bougeront peu : les clients voyant beaucoup moins cher ailleurs seront peu nombreux. En revanche, si le taux de résiliation augmentait fortement, cela entraînerait effectivement une hausse des prix, souligne-t-il.Le contraire de ce qu'affirme Benoît Hamon.
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