Derrière la méga introduction en Bourse d’Alibaba, un nouveau krach ?

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Depuis son plancher du mars 2009, l'indice S&P 500 a rebondi de 190%. REUTERS.
Depuis son plancher du mars 2009, l'indice S&P 500 a rebondi de 190%. REUTERS. (Crédits : reuters.com)
Faut-il s'attendre à une chute des indices comme en 2000 et 2008 ? Le géant chinois du commerce en ligne a relevé le prix de son introduction en Bourse, ce qui le valoriserait près de 200 milliards de dollars, selon l’agence Bloomberg. Or les méga-entrées en Bourse surviennent généralement lorsque Wall Street se trouve à un pic…

Alibaba détenait déjà un record. Celui d'être en passe de réaliser la plus importante introduction en Bourse de l'Histoire, le géant chinois du commerce électronique ambitionnant de lever jusqu'à 24,3 milliards de dollars à Wall Street. Mais, lundi 15 septembre, Alibaba, qui devrait faire ses premiers pas sur le New York Stock Exchange à la fin de la semaine, a décidé de voir plus grand encore. Le groupe fondé par Jack Ma a relevé le haut de la fourchette de son prix d'introduction, à 70 dollars au lieu de 66 dollars. Ce qui valorise désormais "l'Amazon chinois" à près de 200 milliards de dollars.

 Une somme colossale qu'il serait tentant de considérer, à première vue, comme un signe très positif pour l'évolution du marché actions américain, dans les prochains mois. Mais Nicholas Colas, responsable de la stratégie d'investissement au sein de la société de courtage ConvergEX, n'est pas de cet avis. Au contraire, selon lui, la méga-IPO (initial public offering, introduction en Bourse) d'Alibaba pourrait constituer un signal d'alarme pour les "bull", ces investisseurs qui poussent le marché à la hausse.

 Le S&P 500 affiche déjà 5 ans et demi de progression continue

Pourquoi ? Parce que les très grosses introductions en Bourse surviennent généralement lorsque le marché se trouve à un pic, et précèdent donc une chute des indices. Tel est le constat dressé par Nicholas Colas, sur la base des dix plus importantes introductions en Bourse de l'histoire de Wall Street. Visa est l'une de celles-ci. Le 18 mars 2008, le groupe de cartes bancaires faisait ses premiers pas à la Bourse de New York, où il venait de lever près de 18 milliards de dollars. Six mois plus tard, la faillite de la banque Lehman Brothers entraînait Wall Street dans son pire krach depuis la crise de 1929. Huit ans plus tôt, le 19 mars 2000, l'éclatement de la bulle Internet avait été, lui aussi, précédé de quelques mois par une méga-entrée en Bourse à Wall Street, celle du groupe d'énergie italien Enel, survenue le 1er novembre 1999, pour un montant de 16,5 milliards de dollars.

 Cette logique voudrait que l'IPO géante d'Alibaba soit suivie d'une chute de la Bourse américaine, six mois plus tard environ, soit vers mars 2015. Une hypothèse qui n'est pas à exclure. D'abord parce que, depuis la seconde guerre mondiale, les cycles de hausse du marché actions américain durent en moyenne 4 ans et demi. Avec un maximum de six ans, qui s'est produit dans trois cas seulement, sur un total de onze. Or cela fait déjà cinq ans et demi que le S&P 500 ne cesse de grimper, au point d'avoir clôturé à un record historique de 2.007,71 points, le 5 septembre dernier. Et, le 9 mars prochain, l'indice phare de la Bourse de New York affichera très exactement six années de progression continue...

 Wall Street est-elle allée trop loin, trop vite ?

 Ensuite, depuis son plancher atteint le 9 mars 2009, dans le sillage de la crise financière de septembre 2008, le S&P 500 s'est envolé de 190%, à 1.985,54 points le 14 septembre 2014. Une performance très supérieure à la moyenne de 141% observée lors des précédentes périodes de rebond de l'indice. Ce qui pourrait signifier que Wall Street est allée trop loin, trop vite. Telle semble être la conviction de Janet Yellen, au moins au sujet de certains secteurs. Mi-juillet, la présidente de la Réserve fédérale américaine avait tiré la sonnette d'alarme sur les valorisations boursières des sociétés de biotechnologies, des réseaux sociaux et des petites capitalisations aux Etats-Unis, les jugeant "relativement élevées par rapport à leurs moyennes historiques."

 Une remarque très inhabituelle de la part de la Fed, d'ordinaire axée sur des problématiques beaucoup plus générales. Pas plus tard que le 8 septembre, c'est Christine Lagarde, directrice générale du FMI (Fonds monétaire international), qui, dans un entretien au quotidien Les Echos, a mis en garde contre « une valorisation très forte d'un certain nombre d'actifs », évoquant notamment « les actions en Bourse. » Rendez-vous en mars à Wall Street...

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Commentaires
a écrit le 18/09/2014 à 2:33 :
Article passionnant. Au fait comment fait on pour acheter des actions BABA lors de l'IPO de vendredi, il parait que ce n'est pas possible en France pour un particulier. Quelqu'un sait en vertu de quelle règle ? Merci
Réponse de le 19/09/2014 à 2:41 :
Avec un compte titre ordinaire il n'y a aucune raison légale que vous ne puissiez pas acquérir sur le NYSE des titres Alibaba.
a écrit le 16/09/2014 à 13:15 :
Quand je vous dis qu'on vit de grands moments historiques !!! Comme pour la catastrophe de Fukushima, la bourse navigue dans l'inconnu. Jamais nous n'avons connu pareille situation. Records sur records (sp500, introductions,..), QE (s), 750 000 milliards de produits dérivés, Bonus, Bulles (m'enfin, c'est des proportions type soirée mousse)... Philippe Béchade nous expliquait il y a peu sur les éconoclastes (upside) je cite : "Le résultat de ce processus est édifiant aux Etats-Unis : Wall Street est devenu une Bourse sans épargnants, où les 1% des plus riches détiennent 82% des actions (et les 0,1% d’ultra riches près de 50% de la totalité des actifs cotés)". Sachant cela, nous ne pouvons que déduire la duperie des marchés. Donc tout peut arriver à n'importe quelle moment et dans des proportions inconnues. Cela dépend du bon vouloir de quelques uns ! Perso, je crains qu'ils choisissent le chaos économique...
a écrit le 16/09/2014 à 10:06 :
si Artus ou Thesmar&Landier disent comme en 2007 que tout va bien, que le potentiel des marchés est gigantesque, qu'il n'y a pas de risque de krach, faut se méfier.
a écrit le 16/09/2014 à 1:20 :
Il y a tellement de gens qui nous parlent actuellement de baisse que cela en devient suspect, normalement presque personne n'y pense en haut de cycle,et les records sont toujours fait pour être battus.
J'avais déjà lu ce genre d'article et de raisonnement il y a 6 mois, et il y a 1 an.
Je me rappelle qu'en matière d'investissement le truc de base c'est de sortir quand la courbe des taux s'inverse, et bien quand cela est arrivé à la dernière crise, personne n'en parlait, j'en étais stupéfait. Rappelez-vous aussi l'été 2006 quand l'épargne américaine était devenue "négative", qui nous parlait des conséquences sur l'immobilier, le crédit ? personne non plus.
Après on peut aussi nous sortir l'évènement "imprévu", style attentat majeur, guerre, catastrophe naturelle importante ou pandémie, ou même un pays qui fait faillite mais s'il faut commencer à prendre cela en compte, autant ne jamais investir.
Réponse de le 16/09/2014 à 5:55 :
Les inversement de taux sont loins d'être un critère (voir en 2000 bulle internet) ou encore le seul critère de retournement et ils ne préviennent pas toujours, voyez en 94. Quant aux différentes crises il y a toujours eu des gens pour les anticiper mais il faut lire attentivement. Les critères évoqués dans l'article sont un aspect mais valable.
a écrit le 16/09/2014 à 1:19 :
Il y a tellement de gens qui nous parlent actuellement de baisse que cela en devient suspect, normalement presque personne n'y pense en haut de cycle,et les records sont toujours fait pour être battus.
J'avais déjà lu ce genre d'article et de raisonnement il y a 6 mois, et il y a 1 an.
Je me rappelle qu'en matière d'investissement le truc de base c'est de sortir quand la courbe des taux s'inverse, et bien quand cela est arrivé à la dernière crise, personne n'en parlait, j'en étais stupéfait. Rappelez-vous aussi l'été 2006 quand l'épargne américaine était devenue "négative", qui nous parlait des conséquences sur l'immobilier, le crédit ? personne non plus.
Après on peut aussi nous sortir l'évènement "imprévu", style attentat majeur, guerre, catastrophe naturelle importante ou pandémie, ou même un pays qui fait faillite mais s'il faut commencer à prendre cela en compte, autant ne jamais investir.
a écrit le 16/09/2014 à 0:14 :
Très bon article tout à fait pertinent. Les cours sont en avance sur les réalités économiques et alors qu'il y a plusieurs foyers de tensions qui s'accumulent et des endettements qui ne sont pas en cours d'être résorbés.
Réponse de le 16/09/2014 à 5:57 :
C'est exact qu'il faut en ce moment tenir compte de nombreux facteurs de baisse qui s'accumulent.
a écrit le 15/09/2014 à 17:52 :
Faut pas prendre les économistes et experts financiers chinois pour des valises made in France ou en Espagne. Ils savent bien ce qu'ils font. D'ailleurs, malgré nos plus ardents souhaits et contrairement à l'occidentale, l'économie chinoise tient sa route de croissance depuis des années. Malgré nous.
Réponse de le 16/09/2014 à 0:11 :
Normal vu son stade de développement mais elle n'échappe pas aux problèmes de cycles économiques.
a écrit le 15/09/2014 à 17:48 :
En bourse le fait d'anticiper trop tôt ou trop tard un krach, c'est avoir tort. De plus, les oiseaux de mauvais augures sont bien incapables de prédire quel secteur de l'économie s'écroulera le premier.

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