Prêts participatifs Relance : les banques dans les starting-blocks

Les réseaux bancaires se déclarent prêt à signer les premiers contrats de prêt participatif Relance (PPR), imaginé par le Trésor pour orienter l’épargne vers les entreprises. Dix-huit assureurs et la Caisse des dépôts ont bouclé un premier closing du fonds chargé de regrouper les créances à hauteur de 11 milliards d’euros. Ce qui permet déjà de distribuer 12,2 milliards de prêts participatifs. Une seconde levée auprès des assureurs est prévue en juin pour atteindre les 14 milliards d’euros d’encours dans le fonds prévus par le dispositif.

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Le ministre de l'économie, Bruno Le Maire, s'est félicité du lancement effectif des prêts participatifs Relance, qui permet de réorienter une partie de l'épargne des Français vers les entreprises.
Le ministre de l'économie, Bruno Le Maire, s'est félicité du lancement effectif des prêts participatifs Relance, qui permet de réorienter une partie de l'épargne des Français vers les entreprises. (Crédits : CHARLES PLATIAU)

Les banques sont dans les starting-blocks pour distribuer les prêts participatifs Relance (PPR), un dispositif souhaité par Bercy pour tenter d'orienter l'épargne de long terme vers les entreprises.

« Après plusieurs semaines de présentation des spécificités du PPR, nous avons déjà plus d'un millier de marques d'intérêt solides, pour un volume de près d'un milliard d'euros», se réjouit Thierry Laborde, directeur général adjoint de BNP Paribas. Les premiers contrats devraient être ainsi signés dès la semaine prochaine. C'est une course contre la montre qui s'engage en effet alors que la date limite de distribution de ces prêts a été fixée, à la demande de la Commission européenne, au 30 juin 2022. Un délai très court pour toucher des milliers d'entreprises.

D'une durée de huit ans, avec un différé de paiement de quatre ans, d'un montant maximum de 12,5% du chiffre d'affaires (8,4% pour les ETI), ces prêts participatifs sont assimilés à une dette junior de dernier recours (une dette remboursée après toutes les autres), sans être considérés pour autant comme des fonds propres ou quasi-fonds propres, comme l'avait laissé entendre Bercy en mars dernier lors de la présentation du dispositif.

Permettre l'accès à de la dette junior

« Ces prêts visent des entreprises qui ont des projets d'investissement qui pouvaient être différés en raison d'une structure financière mise à mal par la crise sanitaire. C'est un produit compétitif pour une dette junior de cette maturité avec un taux autour de 4,5% et qui répond surtout à une faiblesse du marché car de nombreuses entreprises n'ont finalement pas accès à la dette junior », explique Thierry Laborde.

« Le produit trouvera certainement sa place dans le mix de financement déjà proposé aux entreprises mais pour l'heure personne ne sait vraiment à qui le prêt participatif va réellement s'adresser. Le caractère subordonné est intéressant, mais reste à savoir si les entreprises seront prêtes à payer le surcoût par rapport à une dette classique. C'est pourquoi il s'agira sans doute des entreprises qui n'ont pas accès aux financements de marché, ou actuellement trop endettées pour solliciter des financements plus classiques », nuance toutefois Muriel Nahmias, senior director chez Redbridge, spécialisé dans le conseil en matière de dette auprès des entreprises.

Une architecture innovante et complexe

Le prêt participatif n'est pas un produit nouveau. Il existe même dans le droit français depuis 1978 mais les banques ont progressivement abandonné sa distribution en raison de son coût excessif en fonds propres avec les nouvelles normes prudentielles. Ce qui est nouveau en revanche, c'est toute l'architecture créée de toutes pièces par les services de Bercy autour de ce nouveau produit.

Le dispositif réunit en effet trois acteurs : les banques qui vont identifier et sélectionner les dossiers de crédit, les investisseurs (des assureurs pour l'essentiel) qui abondent un fonds de place, géré par Euro Tritrisation, et qui va regrouper 90% du montant des prêts (les autres 10% restent au bilan des banques) et, enfin, l'Etat qui apporte sa garantie globale (et non dossiers par dossiers) au fonds, à hauteur de 30%, et qui sera éventuellement exercée à la fin de la vie du fonds.

18 assureurs ont répondu présent

Les assureurs (et l'épargne des assurés) constituent l'ossature du dispositif et ils ont demandé de solides garanties avant de se lancer, notamment pour un traitement prudentiel avantageux de leurs placements dans le fonds de place. Ce qu'ils ont apparemment obtenu.

De fait, 18 assureurs et la Caisse des dépôts ont participé au premier closing du fonds, à hauteur de 11 milliards d'euros, ce qui va permettre aux banques de distribuer 12,2 milliards de prêts participatifs. «De l'argent frais pour toutes les entreprises qui vont pouvoir réinvestir, réembaucher, recréer des emplois » s'est ainsi félicité ce matin, au micro d'Europe 1, le ministre de l'économie, Bruno Le Maire.

La quasi-totalité des grands assureurs ont répondu présent, comme Axa, qui annonce avoir mobilisé deux milliards d'euros, Allianz, Generali ou Covéa. Les bancassureurs sont également au rendez-vous, ce qui est assez logique compte tenu de l'engagement des réseaux bancaires à distribuer le prêt participatif. Ainsi, BNP Paribas Cardif a investi un milliard d'euros dans le fonds. Le rendement espéré sur ce placement sera de l'ordre de 2%, ce qui est appréciable compte tenu de la garantie partielle de l'Etat.

Deuxième levée de fonds en juin

Une deuxième levée est prévue en juin, qui devrait aisément permettre d'atteindre les 14 milliards d'euros, calibrés par les services de Bercy. A ce montant doit se rajouter quelque 6 milliards « d'obligations relance », également garanties par l'Etat, dont la mise en œuvre est prévue pour juin. Ces obligations devraient s'adresser à des entreprises plus importantes, et plus particulièrement celles sous LBO (leverage buy out). Toutefois, la clé de répartition entre prêts participatifs et obligations n'est pas inscrite dans le marbre. Seul le montant global du dispositif, soit 20 milliards d'euros, est inscrit dans la loi de finances.Il faudrait donc repasser par le Parlement pour augmenter éventuellement ce plafond.

Au total, Bercy espère toucher entre 10.000 et 20.000 entreprises par ce nouveau dispositif, qui se veut complémentaire au prêt garanti par l'Etat (PGE), dont la distribution vient d'être prolongée d'un an. Il est vrai que « seulement » 135 milliards d'euros de PGE ont été consommés sur une enveloppe totale de 300 milliards.

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Commentaires 5
à écrit le 27/04/2021 à 15:30
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Après le remplacement du CA par de l emprunt (PGE) le remplacement des fonds propres par des prêts participatifs....Encore une astuce de Lister gadgets (qui a trahi sa famille pour une bonne place de ministre....) Et l épargne des français dans tout...

à écrit le 27/04/2021 à 9:37
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quand on fait du scoring, on integre le cout du risque je dois avouer que je suis dubitatif, meme si ca me rappelle hollande qui voulait ' flecher l'epargne' ( cf valerie rabbault) vers les entreprises francaises pour qu'elles fassent ' des investis...

à écrit le 27/04/2021 à 9:23
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ce sinistre lemaire croit-il que que les epargnants vont confier leurs ecos pour des projets plus qu'incertains ! Ceux qui se jetteront a l'eau seront mouilles des larmes qu'ils auront au moment des depots de bilans. C'est comme ca en France.

à écrit le 26/04/2021 à 19:00
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C'est une blague ? Place de l argent a 2% garanti par l etat sur 7 ans ? Au lieu de 0.05% garanti par l'état 😅😅😅

à écrit le 26/04/2021 à 18:48
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Bonne pioche. On pique dans la poche des Français de l'argent durement gagné et économise, on le confie aux plus grandes banques (Voyou, voleurs, profiteurs, étrangleurs) pour qu'elles le distribue selon leur bon vouloir, c'est à dire à ceux qui en ...

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