Prêts garantis par l’État : et si le remède était pire que le mal ?

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(Crédits : Sarah Meyssonnier)
OPINION. En apportant son aide aux entreprises sans distinction de performance, l’État a sans doute engagé des ressources qui seront difficiles à rembourser et ne permettront pas un rebond des plus fragiles. Par Eric Séverin, Université de Lille (*)

Pour faire face à la crise économique liée à la pandémie de Covid-19, l'État a rapidement adopté plusieurs mesures d'aide aux entreprises, parmi lesquelles figure notamment le PGE (prêt garanti par l'État). Ce dispositif concerne d'une part, les entreprises de toute taille et, d'autre part, celles en difficulté qui ne faisaient pas l'objet de liquidation judiciaire (ou de rétablissement personnel) ou de procédure de sauvegarde (sauf si le plan de sauvegarde a été arrêté par un tribunal avant l'octroi du prêt).

Face à la durée de la crise, le gouvernement a annoncé en janvier dernier que, quelle que soit leur activité ou leur taille, les entreprises auront droit à une année supplémentaire pour le remboursement. À ce jour, ce sont 659 000 entreprises (dont 90 % de très petites entreprises (TPE)) qui en ont bénéficié et on estime que 134 milliards d'euros de PGE ont été accordés par les banques, selon les données publiées par France Stratégie.

Retour sur une autre mesure de crise

Quelques années plus tôt, le gouvernement de Jean‑Marc Ayrault avait mis en place le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE). Ce dispositif, conçu en 2012 dans le cadre du Pacte national pour la croissance, la compétitivité et l'emploi, est entré en vigueur en 2013 jusqu'en 2019, lorsque le dispositif a été pérennisé sous la forme d'une baisse des charges. Il concernait les entreprises soumises à un régime réel d'imposition et employant des salariés.

À raison de 20 milliards par an, 100 milliards ont été alloués aux entreprises au travers de ce dispositif. S'il a été critiqué dès 2015 car se révélant relativement inefficace pour lutter contre le chômage, il poursuivait fondamentalement un autre objectif, à savoir l'amélioration de la compétitivité prix de l'industrie face à la concurrence étrangère et la reconstitution des marges des PME au sortir de la crise de 2008. Il a bénéficié à 6 millions d'entreprises et dans une très grande majorité aux TPE même si plus de la moitié du CICE a été capté par les entreprises de plus de 250 salariés.

Pourquoi cette comparaison et que tirer de ce constat ? Dans les deux cas, il s'agit de mesures étatiques pour favoriser les entreprises, sans distinction d'activités, de taille ou de résultats, à la suite de crises de nature différente (bancaire en 2008 et sanitaire en 2019).

Le CICE a ainsi bénéficié à des entreprises peu exposées à la concurrence internationale, par exemple des enseignes de distributeur, ou encore le groupe La Poste. Dans le cadre du PGE, il concerne aussi bien des entreprises performantes que des organisations déjà fragilisées avant que la crise ne survienne.

Ainsi, on peut noter que le PGE n'a pas empêché les faillites. Les enseignes de textile-habillement Camaïeu, Célio, Naf Naf ont connu des plans de sauvegarde ; La Halle le redressement judicaire ; et le distributeur de meubles Alinéa, ou encore les chaînes de restauration Courtepaille ou Flunch la liquidation.

Cela conduit à interroger les choix réalisés par l'État. En ne discriminant pas les entreprises, les pouvoirs publics ont sans doute commis des erreurs et l'efficacité des mesures aurait sans doute gagner à prendre en compte les dynamiques de la faillite, largement documentées dans les travaux académiques.

Un remède pire que le mal

Toute entreprise évoluant vers la faillite passe en effet par plusieurs étapes, qui constituent des points d'inflexion sur lesquels il faut intervenir pour redresser la situation face aux difficultés : l'existence de déséquilibres ; la dégradation des éléments organisationnels qui s'exprime dans les indicateurs financiers ; des problèmes de liquidité ; l'apparition de la méfiance des prêteurs et enfin la faillite.

À partir de là, il aurait été judicieux pour l'État de conditionner son soutien à des entreprises dont les fondamentaux ne faisaient pas ressortir un déclin tant de son activité que de ses marges. En aidant de façon uniforme, l'État a sans doute donné un remède pire que le mal. Il a engagé des ressources qui seront difficiles à rembourser et qui ne relanceront pas forcément l'entreprise.

En effet, les crises ne touchent pas les firmes de façon identique. Dans la littérature, on parle de « slack ». Le « slack », c'est ce surplus de ressources qui permet de faire face à des situations imprévues. Ce sont des réserves (du « mou » diront certains) qui permet de surmonter des difficultés. Or, avant la Covid-19, bon nombre d'entreprises étaient déjà dans des situations critiques.

En considérant l'entreprise à l'aune de plusieurs dimensions (liquidité, cycle d'exploitation, profitabilité, solvabilité et structure financière, capacité à lever des fonds), la recherche distingue 5 profils financiers :

  • Le premier profil est représenté par des firmes ayant connu des difficultés temporaires, mais qui ont réussi à retrouver une bonne santé financière. Néanmoins au sein de ce groupe certaines entreprises font face à des problèmes de liquidité et de solvabilité qui les amènent à faire faillite.

  • Le deuxième profil est constitué par des entreprises dont les performances sont trop faibles pour faire face au remboursement de la dette.

  • Le troisième profil est caractérisé par des firmes initialement en difficulté, mais qui réussissent temporairement à les surmonter, néanmoins elles ne sont pas capables de poursuivre leur redressement et font faillite en raison d'une faible performance et d'une situation financière fragile, d'autant plus qu'elles n'arrivent pas à lever des fonds auprès de leurs actionnaires.

  • Le quatrième profil est identique au troisième avec des entreprises ayant en plus des problèmes de liquidité et de forts problèmes de refinancement à court terme.

  • Le cinquième profil se caractérise par des entreprises qui présentent plusieurs faiblesses : faible profitabilité, faible liquidité, structure financière déséquilibrée avec un recours très important à la dette de court terme.

Ces profils constituent des éléments essentiels à la compréhension des dynamiques de faillite.

Toutefois, le point central tient dans le fait que les firmes ont des fragilités et qu'un choc externe tel que celui de la Covid-19 ne les touche pas de façon identique. En conséquence, on peut supposer que le PGE n'a servi qu'à retarder la faillite pour les entreprises les plus en difficultés caractérisées par les profils 4 et 5 selon la nomenclature expliquée précédemment.

Une allocation des ressources non optimale

Quelle conclusion tirer de tout cela ? Si on ne peut contester l'effort de l'État à aider les entreprises à surmonter cette crise imprévisible, il faut garder à l'esprit que la situation actuelle fait ressortir des inefficiences. En effet, des entreprises avant la crise étaient sans doute dans la phase terminale et l'aide de l'État n'a fait que geler une situation qui, in fine, se terminera peu ou prou, par une faillite.

L'allocation des ressources n'a donc pas été optimale d'autant plus que les ressources réservées à ces entreprises ont pu manquer à d'autres, plus performantes, qui auraient eu besoin d'un soutien plus massif afin de préserver leurs fondamentaux qui étaient sains. Il est certain que cela jouera à terme sur la productivité.

On peut toutefois arguer que, grâce à ces mesures, on a évité un effet domino, la perte d'un client pouvant conduire à la faillite d'un fournisseur, lui-même client d'un autre fournisseur qui subira ainsi par ricochet les conséquences. Or, une fois la « pompe à oxygène » débranchée, l'effet domino risque de réapparaître, mais sur des entités (tout au long de la chaîne) encore plus fragilisées qu'avant la crise et donc encore moins capable de pouvoir « casser » cette spirale.

Le pire n'est jamais certain, mais il est à craindre que cette crise n'ait pas encore révélé tous ses effets. S'il faut aider les entreprises à vivre, il faut aussi les laisser mourir !

The Conversation ______

Par Eric Séverin, Professeur des Universités Finance - Comptabilité, Université de Lille

 La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

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Commentaires
a écrit le 08/05/2021 à 0:24 :
Depuis longtemps l'état prive les entreprises de liquidités pour qu'elles soient totalement dépendantes des banques, selon leur bon vouloir par l'octroi de "prêts". Ce qui en passant fausse la concurrence et ne dérange aucunement les "libéraux". C'est d'ailleurs la première choses que le gouvernement s'est empressé de faire au début de la crise covid en permettant aux banques d'accorder des prêts garantis par nos impôts. La banque ne perd jamais, mais notre économie si...
a écrit le 28/04/2021 à 0:02 :
La on parle d'argent de nos impôts dépensé pour des travailleurs francais, pour rembourser plus vite ces sommes, deja si notre président et ministres sont mauvais et on triches, prelevons cette argent sur leurs salaires.
Autres question, ou suggestion combien va nous coûter les remboursements des présidentielles de l'année prochaine, pourquoi ne plus les rembourser?
a écrit le 27/04/2021 à 10:37 :
Cela semblerait logique, maintenant comme notre oligarchie possède tout, entreprises capitaux et politiciens ils arrivent bien souvent à faire prendre la tournure qu'ils veulent aux phénomènes économiques. La finance faussant tous les jours un peu plus l'économie réelle. Soit on a un bon réseau et aussi mauvais que l'on est on s'en sortira toujours soit on en a pas et c'est mort aussi bon soit on. Bref ceux qui ont des idées n'ont pas d'argent et ceux qui ont de l'argent n'ont plus de bonnes idées mais les capitaux qu'ils possèdent directement et ceux dont ils peuvent se servir leur permettent de péréniser une activité aussi médiocre et peu visionnaire soit elle, au final l'histoire de l'UERSS empire prévu pour durer mille ans mais ce serait étonnant dans laquelle ça fait belle lurette qu'il n'y a plus de sélections naturelles des meilleurs entrepreneurs mais une artificielle des bien souvent plus médiocres car plus on possède et plus on est possédé.
a écrit le 27/04/2021 à 10:30 :
A l'évidence proposer de l'endettement à une entreprise mise en difficulté par des causes externes (donc sur lesquelles elle n'a aucune prise) n'est pas le bon plan pour assurer sa survie. Elle sortira de la crise en très mauvais état.

Il se murmure que sur les 130 milliards € de PGE accordés, 100 milliards sont en fait restés dans les trésoreries des entreprises aidées. Ce qui pose un problème de pertinence.

1°) On a aidé des entreprises qui n'en avaient pas besoin, à se constituer une cagnotte inutilisée.
2°) On a aidé des entreprises en difficulté mais en obérant lourdement leur avenir post-crise
3°) On n'a pas aidé beaucoup de TPE et micro-entreprises fragiles qui sont tombées.

In fine, en économie tout part du consommateur. S'il perd ses revenus, la confiance, ou est empêché de consommer, il n'achète pas et il est inutile de subventionner les entreprises en aval. (les partisans de l'offre diraient que les entreprises sont en amont, et que le consommateur achète ce qu'on lui propose, ce qui est plus que discutable).

Pas d'achat par Mr Durand, pas de vente, pas de fabrication, pas de transport, pas de RD, pas de services, pas d'emploi et pas de TVA. S'amuser à aider les transporteurs où les fabricants alors que d'un autre coté on ferme les magasins c'est gaspiller.

Bref, il faut aider les français, dont 12 millions de pauvres à consommer (intelligemment, et si possible français) et l'économie réelle de remettra d’aplomb d'elle même sans toutes ces béquilles couteuses et socialement douteuses.
Réponse de le 28/04/2021 à 0:05 :
Et la présidentielle de l'année prochaine et leurs remboursements va pas nous coûter un pognon de dingue? Tout cette argent gâche pour des candidats que la majorité des français veulent pas voir aux manettes est pas honteux?

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