Crypto : l’inquiétante présence des Américains au capital des start-up européennes

Maxime Heuze

En 2024, seules 32 % des levées de fonds des start-up européennes provenaient de capitaux européens.
© Dado Ruvic / Reuters

Maxime Heuze

En 2024, seules 32 % des levées de fonds des start-up européennes provenaient de capitaux européens.
© Dado Ruvic / Reuters
Les Américains mettent progressivement la main sur les entreprises européennes... Du moins, c'est le cas dans l'industrie des cryptomonnaies et de la blockchain. Les entreprises de ce secteur appelé Web3 ont eu du mal à lever des fonds l'année dernière selon l'étude annuelle de l'Adan, l'association qui représente les entreprises crypto. Ces dernières ont en effet levé 2,1 milliards d'euros en 2024, soit 21 % des financements mondiaux du secteur, tandis que les États-Unis ont levé 4,6 milliards d'euros en rassemblant 47 % des financements mondiaux.
Et le retard de l'Europe sur cette nouvelle industrie semble s'être encore accentué l'année dernière selon le document de l'Adan publié ce jeudi. Si à l'échelle mondiale, le secteur du Web3 a enregistré une croissance de 20 % sur les levées de fonds, passant de 8,2 milliards de dollars levés en 2023 à 9,9 milliards en 2024, elles ont diminué de 5 % sur le Vieux, passant de 2,2 milliards de dollars levés en 2023 à 2,1 milliards en 2024.
Derrière ce manque de financement, se cache aussi un risque pour la souveraineté de ses entreprises. En 2024, seules 32 % des levées de fonds des start-up européennes provenaient de capitaux européens, alors que, pour comparaison, 73 % des fonds levés par les start-up américaines étaient d'origine nationale. « Cette situation met en évidence un besoin marqué de financements extérieurs pour pallier le manque d'investissements domestiques. »
Elle montre aussi et surtout la mainmise des Américains sur les jeunes pousses européennes puisque les États-Unis financent à eux seuls 36 % des start-up crypto du Vieux Continent. Et cette dépendance au pays de Donald Trump se voit d'autant plus sur les importantes levées de fonds. Les États-Unis représentent 55 % des levées supérieures à 100 millions d'euros en Europe, suivis de près par l'Asie (24 %) et enfin... par l'Europe (11 %).
« Renforcer notre souveraineté européenne en matière de financement n'est pas seulement un enjeu économique : c'est une condition essentielle pour bâtir une industrie Web3 forte et durable », souligne donc Marie-Line Ricard, Associée Blockchain et Web3 chez Deloitte France.
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Pour reprendre la main sur l'industrie crypto, encore faut-il savoir d'où vient le problème de financement. Selon l'étude, le retard de l'Europe vient d'une adoption moins progressive des innovations Web3 par rapport à d'autres régions ainsi qu'un cadre plus structuré qu'ailleurs qui implique un « coût de mise en œuvre significatif pour les jeunes structures et limite l'émergence de nouveaux projets », expliquent les auteurs.
Le manque de financement vient aussi... du manque de financeurs européens. « Nous n'avons pas de "méga fonds" d'investissement contrairement aux Américains qui ont des fonds avec plusieurs milliards de dollars », explique à La Tribune, Alexis Le Portz, Associé chez Truffle Capital. Un manque d'argent auquel s'ajoute une culture du risque plus conservatrice, selon le spécialiste des investissements. « Or le sujet est un peu clivant depuis la crise de FTX, donc les fonds priorisent d'autres technologies comme l'intelligence artificielle », ajoute-t-il.
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Pour permettre à l'Europe de sécuriser sa souveraineté, l'associé chez Truffle Capital estime que le Vieux Continent doit faire émerger des « méga fonds ». Quant aux fonds déjà existants, « Il faut accentuer l'éducation aux cryptos pour que les investisseurs n'aient plus peur de miser sur cet écosystème nouveau », estime Alexis Le Portz.
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