Binance reçoit le plus gros investissement jamais vu dans le monde crypto
Maxime Heuzé avec AFP

« Cette transaction marque une étape significative dans l’avancement de l’adoption des actifs numériques », affirme Binance.
DADO RUVIC
Maxime Heuzé avec AFP

« Cette transaction marque une étape significative dans l’avancement de l’adoption des actifs numériques », affirme Binance.
DADO RUVIC
C'est tout simplement le « plus gros investissement » jamais réalisé dans une entreprise de cryptomonnaies. Mercredi, le fonds émirati MGX a annoncé injecter 2 milliards de dollars dans Binance, la première plateforme mondiale d'échanges de cryptoactifs. De l'argent envoyé non pas en dollars, mais en stablecoins, des cryptoactifs qui répliquent le cours des monnaies officielles. Avec cette opération, le fonds d'investissement public, dirigé par le frère du président des Émirats arabes unis, Cheikh Tahnoon Ben Zayed Al Nahyan, prend une part minoritaire dans l'entreprise.
« Cette transaction, le premier investissement institutionnel dans Binance, marque une étape significative dans l'avancement de l'adoption des actifs numériques et le renforcement du rôle de la blockchain dans la finance mondiale », affirme un communiqué joint publié mercredi soir.
Ce montant record signifierait-il le retour des investisseurs après la crise qui a touché le secteur entre 2022 et mi-2024 ? Pas encore, affirment les observateurs du secteur. Selon les données compilées par la société d'analyse DefiLlama, les investissements dans le monde crypto tournent autour d'un milliard de dollars par mois en ce début 2025, très loin des 3 à 4 milliards levés chaque mois en 2021 et 2022. « Aujourd'hui, avec l'augmentation des taux, les bonnes entreprises peuvent toujours se financer, mais c'est plus dur. Il faut qu'elles prouvent davantage leur viabilité économique aux investisseurs », explique à La Tribune, Stanislas Barthelemi, consultant crypto chez KPMG.
Un problème plus visible en Europe qu'ailleurs. Si l'actualité a fait émerger quelques levées de fonds en France, comme pour Cryptio qui a annoncé fin janvier une extension de 15 millions d'euros à son tour de financement de série A, ou pour Flowdesk qui a annoncé le 4 mars une extension de sa série B de 52 millions de dollars, les start-up tricolores restent assez éloignées des investisseurs. « En Europe il y a moins de start-up qui cherchent à lever des fonds et des investisseurs moins enclins à financer des projets crypto, car cela reste une économie nouvelle et donc risquée, ajoute l'expert. Avant de préciser qu'aux États-Unis, à l'inverse, il y a plus d'intérêt et notamment des fonds d'investissement spécialisés en crypto. »
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Un intérêt pour les cryptos qui se voit aussi au Moyen-Orient. Et dans le cas de MGX, « c'est notamment une stratégie pour attirer les entreprises en leur disant que leur pays est favorable aux cryptomonnaies », analyse le consultant de KPMG. Le communiqué du fonds public affirme d'ailleurs que cet investissement entre « dans le cadre d'une stratégie plus large pour soutenir l'impact transformateur de la blockchain sur la société. »
Dans cette stratégie, Binance a aussi été choisi pour sa proximité avec le pays. La plateforme qui revendique « plus de 260 millions d'utilisateurs enregistrés » dans le monde affirme employer un millier de personnes aux Émirats arabes unis sur un effectif global d'environ 5 000 personnes.
Une annonce qui ne saurait faire oublier les enquêtes auxquelles doit faire face Binance. À commencer par en France où le géant crypto est soupçonné d'avoir manqué à ses obligations de contrôle des fonds de ses clients. En outre, une enquête américaine avait conclu, en 2023, que la plateforme n'avait pas mis en place les mesures nécessaires pour empêcher les transactions réalisées au profit de groupes tels que l'État islamique, Al-Qaïda ou les brigades Ezzedine al-Qassam, branche armée du Hamas.
« Binance s'engage à travailler avec les régulateurs du monde entier pour établir des politiques transparentes, responsables et progressives pour l'industrie des cryptomonnaies », a rappelé, mercredi, son PDG, Richard Teng, qui dirigeait auparavant l'Autorité des marchés financiers d'Abou Dhabi.
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En Europe, à l'inverse de ses concurrents bien plus petits comme OKX, Crypto.com ou Bitpanda, Binance n'a toujours pas reçu le permis européen Prestataire de services sur cryptoactifs (PSCA). Or, ce statut est obligatoire pour exercer sur le sol européen depuis l'entrée en vigueur du règlement Market in Crypto Asset (MiCA) le 1er janvier 2024. Ainsi, si le géant mondial des cryptos n'obtient pas ce statut d'ici seize mois, il ne pourra plus faire de démarchages pour attirer les clients européens.
(Avec AFP)
Maxime Heuzé avec AFP