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Les « licornes », plus assez rares pour être aussi chères ?

Photo de Christine Lejoux

Christine Lejoux

Publié le 14 avril 2016 à 05:00 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 03:59

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Les avertissements se multiplient sur la valorisation de ces startups, qui ont pour point commun de peser plus d’un milliard de dollars. Walter Isaacson, président d’Aspen Institute US, ne croit cependant pas à une répétition du scénario de l’année 2000, qui avait vu l’éclatement de la bulle Internet.

Un célèbre dicton boursier veut que « les arbres ne montent pas jusqu'au ciel. » Il en va de même dans le non-coté, et cette réalité est en train de rattraper les « licornes. » Ainsi surnommées du fait de leur rareté, ces startups ont défrayé la chronique au cours des deux dernières années, en raison de leurs colossales levées de fonds, qui ont toutes abouti à des valorisations d'entreprise supérieures à 1 milliard de dollars. Très largement supérieures, même, dans le cas d'Uber, la plateforme américaine de réservation en ligne de véhicules avec chauffeur pesant 62 milliards de dollars d'après le classement du magazine Fortune, ou dans celui du site de réservation de logements entre particuliers Airbnb, valorisé 25 milliards de dollars. Au nombre de 156 dans le monde, les licornes pèsent au total 550 milliards de dollars, selon le cabinet CB Insights.

Des valorisations que Mary Jo White, la patronne de la Securities and Exchange Commission (SEC, le gendarme des marchés financiers américains), a qualifiées de « saisissantes » le 31 mars dernier, lors d'une allocution devant des étudiants de l'université de Stanford, en Californie, la « mère patrie » des jeunes pousses américaines. Rappelant que « les sociétés non cotées en Bourse ont, elles aussi, des obligations sérieuses envers leurs actionnaires », Mary Jo White a souligné que « le problème est de savoir si le prestige conféré par des valorisations si élevées et atteintes si rapidement pousse les entreprises à se montrer plus belles qu'elles ne sont. »

Les investissements dans les startups ont plongé de 30% au quatrième trimestre 2015

Ce sujet d'une déconnexion entre les valorisations des licornes et leurs performances économiques réelles est également soulevé par Bill Gates. Dans un entretien au Financial Times, publié le 28 février, le cofondateur de Microsoft a exhorté les investisseurs à faire preuve de davantage de sélectivité dans leurs choix de startups technologiques, évoquant un « trop plein d'enthousiasme » dans la Silicon Valley, au point de parier sur une chute des valorisations des licornes, dans les deux prochaines années. « Un tri est d'ores et déjà en train de s'opérer », a averti Bill Gates. De fait, si 2015 a constitué un record pour le financement des startups non cotées, avec pas moins de 128 milliards de dollars levés, les trois derniers mois de l'année ont cependant vu un brusque revirement de tendance, avec un plongeon de 30% des investissements, selon une étude publiée par CB Insights et KPMG. Une tendance vraisemblablement appelée à se poursuivre, plus de la moitié des banquiers d'affaires interrogés par le cabinet 451 Research anticipant un resserrement des investissements des fonds de capital-risque en 2016. Il s'agit là de leur prévision la plus pessimiste depuis 2009, lorsque la crise économique et financière battait son plein.

Et, en effet, certains investisseurs commencent à faire le ménage dans leur portefeuille de startups. Fin mars, Fidelity, a abaissé de près de 37% la valeur de sa participation dans Cloudera, un spécialiste du big data valorisé 4,1 milliards de dollars. Le géant américain de la gestion d'actifs a également réduit de 20% la valeur de sa participation dans le service de stockage de données en ligne Dropbox, lequel pèse 10 milliards de dollars. Enfin, Fidelity a dévalué de 24% sa participation dans Zenefits, une « insurtech » placée sous surveillance par les régulateurs du secteur de l'assurance de plusieurs états américains, certains de ses commerciaux ayant effectué des opérations de courtage en assurance sans disposer des agréments nécessaires, ce qui a poussé son patron vers la sortie.

58 licornes ont vu leur valorisation abaissée, depuis début 2015

Zenefits, Dropbox et Cloudera ne sont pas des cas isolés : au total, 58 licornes ont vu leur valorisation abaissée, depuis le début de l'année 2015, d'après les données de CB Insights. Nul doute que la correction des valeurs technologiques en Bourse, ces derniers mois, n'est pas étrangère à ce changement de braquet des investisseurs dans le non-coté. Une correction qui rend en outre plus aléatoire la capacité des investisseurs à sortir du capital des startups via une introduction en Bourse. Pour mémoire, c'est au prix d'une division par deux de sa valorisation de l'année 2014 que le spécialiste de l'encaissement mobile Square s'était coté en Bourse l'an dernier, à moins de 3 milliards de dollars.

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Les valorisations des licornes doivent-elles pour autant faire craindre l'existence d'une bulle sur les valeurs technologiques ? « Oui », estime Walter Isaacson, président de la branche américaine du réseau international d'échanges et de réflexion Aspen, qui s'exprimait dans le cadre d'une conférence à Paris, lundi 11 avril. Et, pour ce dernier, c'est tant mieux car « les bulles sont un phénomène sain, dans la mesure où seules les sociétés les plus fortes survivront. » Surtout, Walter Isaacson n'imagine pas une bulle d'une ampleur comparable à celle qui avait éclaté en 2000 : « A l'époque, les valorisations étaient réellement délirantes car nombre de sociétés qui n'avaient pas la moindre chance de gagner un jour de l'argent valaient pourtant plusieurs milliards de dollars. Aujourd'hui, des entreprises comme Uber ont un vrai modèle économique, elles ont trouvé leur marché. »

Christine Lejoux

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