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Microcrédit : l’Adie industrialise son processus de lutte contre le chômage

Photo de Christine Lejoux

Christine Lejoux

Publié le 02 juin 2016 à 05:00

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L’Association pour le droit à l’initiative économique lance, jusqu’au 3 juin, une campagne destinée à mieux se faire connaître, notamment dans les banlieues et les zones rurales. Depuis sa création en 1989, l’Adie a distribué environ 173.000 microcrédits, qui ont permis la création de quelque... 126.000 entreprises!

La création d'entreprise comme moyen de lutte contre le chômage. C'est le message que l'Adie (association pour le droit à l'initiative économique) s'efforce de faire passer, d'une façon générale depuis sa création en 1989 par Maria Nowak, et plus particulièrement du 30 mai au 3 juin, dans le cadre d'une campagne de communication intitulée « Créez votre boîte, où que vous soyez. »

Le pionnier du microcrédit en France s'adresse ainsi aux entrepreneurs en puissance dans les banlieues, où l'Adie va créer huit nouvelles antennes, en Ile-de-France, mais également dans les environs de Lyon, Marseille, Lille et Toulouse. Avec cette campagne de communication, l'Adie cible également les aspirants entrepreneurs des zones rurales, où elle dépêche des bénévoles en camion afin de faire connaître l'association.

« L'un de nos grands sujets reste de faire en sorte que les personnes qui ont besoin de nous sachent que nous existions et où nous trouver », reconnaît Catherine Barbaroux, présidente de l'Adie depuis 2011.

Un enjeu d'autant plus important « qu'au-delà du climat social actuel, nous sommes dans une véritable urgence économique et sociale », insiste celle qui fut, entre autres, déléguée générale à l'emploi et à la formation professionnelle au ministère du Travail, de 1999 à 2005.

45% des personnes financées par l'Adie vivent en dessous du seuil de pauvreté

Ces personnes qui ont potentiellement besoin de l'Adie, ce sont des demandeurs d'emploi désireux de créer leur entreprise afin de revenir sur le marché du travail, mais qui n'ont pas accès au crédit bancaire classique. En effet, 45% des personnes financées par l'Adie vivent en dessous du seuil de pauvreté, contre une moyenne de 14% pour l'ensemble de la population, d'après le rapport annuel de l'association. Celle-ci leur propose donc des microcrédits, d'un montant maximal de 10.000 euros, assortis d'un taux d'intérêt de 6%.

« Cela fait partie de la culture économique, du refus de l'assistanat », explique Catherine Barbaroux.

Plus prosaïquement, le taux d'intérêt permet de financer le coût de la ressource, l'Adie prêtant de l'argent qu'elle emprunte elle-même auprès des banques, ainsi que le coût de l'accompagnement. Car l'association ne se contente pas de signer des chèques aux entrepreneurs en herbe : ses 496 salariés et 1.300 bénévoles les épaulent dans la création et la gestion de leur entreprise, sur les plans comptable, administratif, commercial, etc.

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« Notre fierté, c'est de servir un public qui pâtit d'un fort taux d'exclusion sociale et financière. Nous sommes sûrs que nous prêtons de l'argent à des personnes qui n'ont pas d'autre solution », souligne Catherine Barbaroux.

70% des sociétés toujours en activité deux ans après leur création

L'an dernier, l'Adie a financé 18.070 porteurs de projets, ce qui a permis la création de 225 emplois par semaine. L'encours des microcrédits distribués par l'association a ainsi franchi la barre des 100 millions d'euros, à 104 millions à la fin 2015. Une somme qui n'était encore « que » de 36 millions en 2011, lorsque l'Adie finançait 11.000 personnes bon an mal an. L'association estime le total de sa population cible à 25.000, un chiffre qu'elle devrait tutoyer en 2017.

« Nous sommes passés en quelque sorte à une phase d'industrialisation », se félicite Catherine Barbaroux.

Au total, l'Adie a financé quelque 173.000 microcrédits depuis sa création il y a 27 ans, ce qui a permis la création de 126.000 entreprises environ. Mieux, 70% de ces sociétés étaient toujours en activité deux ans après leur création, une proportion qui s'élève encore à 59% après trois ans. « La crise économique de ces dernières années n'a pas modifié le taux de défaillance des entreprises. En revanche, les entrepreneurs mettent davantage de temps à asseoir le développement de leur affaire, à la rentabiliser, à se payer », note Catherine Barbaroux. Et, par conséquent, à embaucher. Nombre d'entre eux se contentent de recourir ponctuellement aux services de leurs proches, sans rationaliser du tout leur processus de recrutement.

A 68 ans, Catherine Barbaroux se lance dans un nouveau défi

Après le plan 2015/2017 - qui vise à accompagner davantage les entrepreneurs dans la durée, notamment avec un deuxième, voire un troisième prêt, plus important, de 6.000 à 12.000 euros -, le prochain plan stratégique de l'Adie mettra donc sans doute l'accent sur l'aide à la première embauche.

Mais ce n'est pas Catherine Barbaroux qui le pilotera. Le vice-président de l'Adie, Frédéric Lavenir, par ailleurs directeur général de CNP Assurances, doit en effet lui succéder au mois de juin.

« Mon départ se déroule dans la stabilité. Frédéric Lavenir a un profil différent du mien, c'est très bien, il faut que les associations respirent ! », explique en souriant Catherine Barbaroux.

Elle aussi, qui, à bientôt 68 ans, ne sera pas mécontente d'avoir enfin un peu plus de temps libre. Un peu seulement, car Catherine Barbaroux vient de rejoindre le conseil d'administration du parti politique « En marche ! », récemment créé par Emmanuel Macron.

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Du ministre de l'Economie, Catherine Barbaroux dit que « sa démarche est ouverte, qu'elle autorise à revisiter les choses ». Comme le progrès social, qui, « au 21e siècle, ne peut pas se fonder sur les mêmes bases qu'au moment de l'après-guerre. Il faut que les gens s'épanouissent dans leur travail, qu'ils soient protégés des risques sociaux, mais cela ne peut plus se faire selon les mêmes modalités qu'avant ».

Christine Lejoux

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