La Banque de France veut intègrer la nature dans ses modèles économiques
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La Banque de France a annoncé le lancement d'un programme de recherche pluriannuel sur les « canaux de transmission macroéconomiques des risques liés à la nature ». En clair, la banque centrale souhaite désormais intégrer la nature au cœur de ses modèles économiques.
L'objectif ? Modéliser avec finesse l'impact de la déforestation, de l'érosion des sols, de la pollution des océans ou de la perte de biodiversité sur l'économie et la stabilité financière. Il s'agit aussi de mieux décrire comment l'activité économique elle-même contribue à cette détérioration environnementale.
« Dans le contexte international actuel, nous, Français et Européens, devons maintenir l'ambition face à des risques environnementaux scientifiquement avérés et dont les impacts économiques sont significatifs », martèle Agnès Bénassy-Quéré, seconde sous-gouverneure de la Banque de France. Ses mots résonnent comme un rappel à l'ordre. La dégradation des écosystèmes naturels et des services inestimables qu'ils nous rendent — la pollinisation, à la régulation de l'eau ou à la fertilité des sols — constitue un « risque systémique majeur ». Un risque que nos outils d'analyse économique traditionnels, jusqu'à présent, n'ont que trop peu intégré.
C'est là que réside le cœur du défi. Comment valoriser monétairement des services qui ne passent pas par le marché ? Comment quantifier les pertes économiques liées à l'effondrement de la biodiversité ? Autant de questions auxquelles la Banque de France, en partenariat avec des laboratoires de recherche français spécialisés en économie et en environnement, ainsi que la Fondation pour la recherche sur la biodiversité, entend apporter des réponses.
Les travaux de modélisation de ce consortium se concentreront dans un premier temps sur la France. Une démarche pragmatique qui permettra de prendre en compte à la fois les risques directs pour le territoire national et ceux liés aux échanges commerciaux avec d'autres pays. Car si la nature ne connaît pas de frontières, les impacts économiques, eux, se diffusent à l'échelle mondiale.
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Cette initiative de la Banque de France n'est pas isolée. Elle s'inscrit dans un mouvement international croissant des banques centrales et des institutions financières qui prennent conscience de l'urgence climatique et de la perte de biodiversité comme des risques majeurs pour la stabilité financière. La taxonomie verte européenne, la publication de rapports sur les risques climatiques par le Réseau des banques centrales et des superviseurs pour le verdissement du système financier (NGFS) sont autant de signes de cette prise de conscience.
Il s'agit de repenser notre manière de concevoir la richesse, de mesurer la croissance et de définir la prospérité. L'économie, longtemps pensée comme une sphère autonome, doit désormais être appréhendée comme un sous-ensemble des systèmes écologiques dont elle dépend intrinsèquement.
Pour les entreprises, cette initiative envoie un signal fort : les risques liés à la nature ne sont plus des externalités lointaines, mais des facteurs de risque concrets qui peuvent impacter leur bilan et leur modèle d'affaires. Intégrer la gestion de la biodiversité, la préservation des ressources naturelles et la réduction de l'empreinte écologique dans les stratégies d'entreprise ne sera plus une option, mais une nécessité pour assurer leur pérennité et leur attractivité.
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Pour les citoyens, c'est la promesse d'une politique économique plus en phase avec les réalités environnementales. Mieux comprendre les liens entre la dégradation de la nature et notre quotidien — prix des aliments, santé publique, sécurité de l'emploi — est essentiel pour éclairer les choix individuels et collectifs.
(Avec AFP)
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