La Fintech Curve se rêve en Netflix de la banque

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La carte Metal haut de gamme de Curve est disponible en plusieurs couleurs, uniquement au Royaume-Uni, à 14,99 livres par mois.
La carte Metal haut de gamme de Curve est disponible en plusieurs couleurs, uniquement au Royaume-Uni, à 14,99 livres par mois. (Crédits : Curve)
La startup britannique, qui vient de lever 55 millions de dollars auprès de Gauss Ventures, Cathay Innovation, Santander et le fonds français Breega, propose de regrouper toutes ses cartes bancaires en une, sans frais à l'étranger. Valorisée 250 millions de dollars lors de ce tour de table, elle vise un million d'utilisateurs d'ici à la fin de l'année.

Encore une néobanque ! La startup britannique Curve, qui vient de boucler une levée de fonds de 55 millions de dollars à la mi-juillet, n'a pas encore lancé officiellement son service en France, mais ce serait l'affaire de quelques semaines ou mois au plus tard. La Fintech londonienne se distingue de la pléthore de nouveaux entrants de la banque au quotidien (près d'une vingtaine d'actives en France selon KPMG) avec un modèle de « méta-carte bancaire » ou « super carte » : elle propose de regrouper en une carte unique (Mastercard) tous ses comptes et cartes, à piloter depuis une application. Le tout sans commission à l'étranger, avec des remises en espèces (1% de cashback) pour des achats sur certains sites (Amazon, Uber, Netflix). Son ambition est de « basculer la banque dans le cloud ».

« Curve construit une plateforme bancaire digitale "Over-The-Top" qui offre aux utilisateurs une expérience bancaire à la fois enrichie et simplifiée sans aucun besoin de changer de banque. Curve prend une voie complètement différente des banques '"challengers" en se concentrant sur la création d'une expérience client radicalement améliorée, sans demander au client de lui confier ses fonds, et sans s'exposer aux frais associés au statut de banque » fait valoir le fondateur et directeur général, Shachar Bialick, un multi-entrepreneur d'origine israélienne, passé par l'Insead pour un MBA et par la Fintech Checkout.

Comprendre « over-the-top » (ou OTT) comme les services de streaming à la Netflix ou Amazon Prime Video s'adressant directement aux consommateurs, par-dessus les réseaux. Fondée en 2015, Curve n'a pas de licence bancaire, à la différence de la néobanque allemande N26 (obtenue en 2016 en Allemagne et utilisable dans toute l'UE), ou de la britannique Revolut (en Lituanie, également utilisable dans toute l'Europe). Elle travaille avec l'allemand Wirecard comme émetteur de la carte et de monnaie électronique enregistré au Royaume-Uni.

« Au lieu de reconstruire une banque dans toute sa complexité, Curve a pris le parti de répliquer ce qu'il s'est passé dans les télécoms avec des offres « over-the-top » de vidéo comme Netflix, et d'utiliser les infrastructures bancaires existantes pour lancer une offre centrée sur l'expérience et la relation client, en commençant par le paiement et à terme sur tous les services financiers » nous explique Ben Marrel, un des associés fondateurs du fonds Breega, qui a investi dans Curve dès l'amorçage et a participé à cette nouvelle levée.

En clair : laissons aux banques les tâches traditionnelles de conservation et de garantie des fonds. Une stratégie du "coucou" allant encore plus loin que celle des néobanques proposant leur propre compte courant : Curve laisse entendre que l'on peut résilier sa carte bancaire et connecter simplement le numéro de compte à la nouvelle carte Curve. Le principe de la carte « agrégatrice » d'autres cartes a été lancé fin 2017 en France par Crédit Mutuel Arkéa sous la marque Max.

Accès à tous les flux de données de paiement

Outre Breega (dont le fonds consacré à la Fintech est soutenu par des banques et assureurs, notamment le Crédit Agricole et sa filiale de gestion d'actifs Amundi), plusieurs investisseurs présents à l'amorçage, dont Santander Innoventures, le britannique Seedcamp et l'allemand Speedinvest, ont remis au pot lors de ce tour de table de série B, mené par le fonds Gauss Ventures de l'homme d'affaires d'origine russe Daniel Gusev (qui a notamment investi par le passé dans Revolut), aux côtés de Cathay Innovation (qui compte de nombreux investisseurs français comme ADP, Seb, Michelin et Valeo). Curve communique sur une valorisation de 250 millions de dollars, plutôt élevée pour une entreprise dont l'offre est sortie de la phase de test bêta en février 2018.

« La clientèle de Curve est différente de celle des néobanques, qui visent les Millennials : il s'agit d'une population déjà multibancarisée, un peu plus âgée, plutôt 30-45 ans, de catégorie socioprofessionnelle plus élevée : les clients dépensent en moyenne 1.700 euros par mois contre 300 euros environ chez Monzo par exemple » ajoute Ben Marrel, qui insiste sur le côté pratique, étant lui-même utilisateur d'une dizaine de cartes (pro et perso) regroupées en une. « Curve voit passer tous les flux, ce qui lui donne accès à un volume de données colossal » relève-t-il.

La startup se rémunère par les commissions interbancaires, dont une partie est reversée à Mastercard ou Visa, en fonction des volumes, et par des abonnements pour la carte premium Black à 9,99 euros par mois (qui inclut 400 livres sterling de retraits gratuits par mois, des assurances voyage et pour les gadgets électroniques, en partenariat avec Axa) ou la Metal (garantie accident auto et dépenses médicales à l'étranger) à 14,99£ par mois (disponible uniquement au Royaume-Uni). Un modèle en réalité très proche des Revolut et autres N26 (cartes premium Métal avec retraits gratuits à l'étranger et assurances).

Curve affirme enregistrer « une croissance spectaculaire » et s'attendre à un million de clients d'ici à la fin de l'année (elle en aurait près de 500.000 actuellement, contre 250.000 fin 2018). Elle revendique plus de 500 millions de livres dépensés avec ses cartes. La startup emploie un peu plus de 150 personnes à Londres et Bristol et compte en recruter une centaine de plus d'ici à la fin de 2019, grâce aux fonds levés. Elle prévoit de se lancer au second semestre en France mais aussi en Allemagne, en Italie, en Espagne, au Portugal et en Pologne. Curve ambitionne d'attaquer au « milieu de l'année prochaine » le marché américain, où vont aussi débarquer Revolut et N26, les plus actives des « licornes » européennes dans le domaine des banques mobiles, mais aussi Monzo. Les Américains jonglent avec une dizaine de cartes de différentes enseignes ce qui peut rendre son offre encore plus pertinente sur ce marché. Cependant, ses bisbilles avec American Express, que la Fintech a menacé de poursuivre en justice après le blocage de milliers de clients d'Amex, interdits d'utiliser Curve, pourraient compliquer l'aventure.

Autre différence : Curve ne mise pas tout sur le mobile. Elle propose une carte physique, (plastique ou métal donc), mais pas le paiement mobile pour l'instant (Apple Pay, Google Pay et Samsung Pay devraient arriver d'ici à la fin du quatrième trimestre). En revanche, l'appli Curve permet de décider avant ou après un achat quelle carte/ quel compte sera débité(e), jusqu'à deux semaines après, avec la fonction « go back in time » (retour dans le temps).

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Commentaires
a écrit le 24/07/2019 à 13:12 :
Les taux de croissance chutent mais le taux de la connerie se porte bien visiblement !!
a écrit le 24/07/2019 à 9:05 :
Tout ce qui vient du RU va être à surveiller de près étant donné que libéré de l'emprise du consortium européen financier il est évident que leur trajectoire va être bien plus originale et donc productrice.

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