Près de 20 néobanques en France, mais un trio se partage le gâteau

 |   |  1141  mots
Nickel, détenu par BNP Paribas, fait partie des trois acteurs ayant réussi à s'imposer sur le marché français, aux côtés de l'allemand N26 et du britannique Revolut. L'offre, distribuée chez les buralistes partenaires, a séduit 1,2 million de clients.
Nickel, détenu par BNP Paribas, fait partie des trois acteurs ayant réussi à s'imposer sur le marché français, aux côtés de l'allemand N26 et du britannique Revolut. L'offre, distribuée chez les buralistes partenaires, a séduit 1,2 million de clients. (Crédits : Nickel)
Les 18 banques mobiles recensées par KPMG dans l'Hexagone ont séduit 2,6 millions d'utilisateurs actifs. Toutefois, trois acteurs sont parvenus à véritablement s'imposer, captant à eux seuls 80% du marché. Cette concentration n'effraie pas les nouveaux entrants : six néobanques ont prévu de se lancer sur le marché tricolore dans les mois à venir. Un bourgeonnement d'offres qui laisse présager de futurs rapprochements.

La percée des néobanques sur le marché tricolore se confirme. Selon une étude que publie le cabinet KPMG ce jeudi 18 juillet, ces nouveaux acteurs ont séduit à ce jour 2,6 millions d'utilisateurs actifs en France. "C'est 3,5 fois plus qu'il y a deux ans", souligne Stéphane Dehaies, associé KPMG France, en charge de l'activité business transformation banque.

Ces chiffres sont inférieurs à ceux ressortant de l'enquête publiée en octobre dernier par l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR, adossée à la Banque de France), à savoir 4,4 millions de clients en cumulé à fin 2017. Une différence liée au périmètre d'étude puisque le régulateur prenait également en compte les clients des banques en ligne, comme Boursorama (qui compte près de 2 millions de clients) et ING, écartées du champ d'investigation de KPMG, qui s'est par ailleurs appuyé sur les déclarations publiques (et non vérifiables) des néobanques pour réaliser ses calculs.

Une vingtaine de néobanques sur le marché français

Le cabinet de conseil comptabilise au total 18 néobanques* (françaises et étrangères) actives dans l'Hexagone, soit trois fois plus qu'il y a deux ans. "Et six néobanques ont annoncé leur lancement en France d'ici aux deux prochaines années", précise Emmanuel Papadacci-Stephanopoli, spécialiste en marketing bancaire chez KPMG France. Parmi elles, Ma French Bank de La Banque Postale qui sera lancée ce lundi 22 juillet, ou encore la britannique Starling Bank, qui traverse toutefois une zone de turbulences avec le départ de plusieurs cadres dirigeants.

Mais derrière cette multitude d'acteurs, se cache une marché très concentré.

"Il y a trois acteurs sur le marché français qui couvrent 80% des 2,6 millions de comptes actifs", note Stéphane Dehaies.

Il s'agit du français Nickel, détenu par BNP Paribas, (1,2 million de clients), de l'allemand N26 (900.000 utilisateurs) et du britannique Revolut (550.000 utilisateurs).

Nickel, dont le modèle repose sur un réseau de 4.800 buralistes partenaires, est donc le seul frenchie à s'être imposé sur le marché des particuliers, à côté d'autres challengeurs comme Orange Bank, Max du Crédit Mutuel Arkéa ou encore Morning (détenue par la banque Edel et dont l'activité est désormais tournée vers le B2B) qui peinent à décoller. KPMG répertorie même des acteurs très peu connus, comme Veritas (du britannique Prepaid Financial Services) et le lyonnais Sogexia, nés au début des années 2010 sur le marché du prépayé et qui ont lancé des offres grand public.

Face au poids écrasant des trois leaders du marché, de nombreuses jeunes pousses ont décidé de s'attaquer à des publics plus spécifiques. Les français Manager.One, Qonto, Shine, le belge Anytime et le finlandais Holvi (racheté par BBVA) proposent ainsi des offres dédiées aux professionnels indépendants et PME.

Cibler les pros ou les ados pour se démarquer

Un marché que compte également attaquer la startup Prismea, issue du programme d'intrapreneuriat de Société Générale et soutenue par Treezor, une autre Fintech spécialiste de l'Open Banking, rachetée par la banque de La Défense en septembre dernier. La startup Margo Bank entend aussi se positionner sur ce marché. Toutefois, son lancement est attendu depuis de long mois et semble suspendu aujourd'hui à une nouvelle levée de fonds ainsi qu'à l'obtention de l'agrément d'établissement de crédit.

"Le marché des professionnels et PME est un segment historiquement mal servi par les banques traditionnelles et cela crée un espace. De plus, en termes de potentialité et de rentabilité c'est un marché qui attire les investisseurs", analyse Stéphane Dehaies.

"Nous recevons actuellement entre 50 et 100 demandes d'ouvertures de compte par jour", se targue Adrien Touati, à l'origine de Manager.one développée avec la banque familiale Wormser Frères, sans toutefois dévoiler le nombre total d'utilisateurs. La néobanque pour les pros et PME, qui a aussi développé une activité en marque blanche, vise même la rentabilité d'ici à la fin de l'année.

En parallèle, d'autres néobanques briguent, elles, la cible des adolescents, également peu choyée par les acteurs établis. C'est le cas de Xaalys, dont l'appli bancaire a été lancée le 15 avril dernier, à laquelle s'ajoutent Pixpay et Kard dont le coup d'envoi est prévu pour la rentrée scolaire.

Vers une consolidation du marché

Comment expliquer cet afflux de nouveaux entrants alors même que les acteurs les plus populaires sont loin d'atteindre l'équilibre financier, plombés par d'importantes dépenses marketing pour gagner en notoriété et séduire de nouveaux clients ? "Plusieurs facteurs peuvent expliquer cet engouement. Il y a d'abord une évolution réglementaire avec la DSP2 [deuxième directive européenne relative aux services de paiement, ndlr] qui donne l'opportunité de créer de nouveaux modèles économiques. Ensuite, les consommateurs sont en quête de transparence sur les prix et de nouvelles expériences répondant à leurs habitudes de vie. C'est notamment le cas des millennials, dont la mobilité géographique est très importante", explique Stéphane Dehaies.

"Il est peu probable que nous comptions encore 18 acteurs à un horizon de cinq ans. Il va y avoir un mouvement de consolidation. Mais cela s'effectuera au bénéfice des utilisateurs", ajoute Mikaël Ptachek, responsable de la practice Fintech chez KPMG.

S'imposer comme compte principal

Pour assurer leur pérennité, les néobanques devront parvenir à imposer leur offre comme compte principal et non plus comme simple compte complémentaire. "Ces néobanques n'ont pas pour objectif principal d'être rentables à court terme. Leur objectif est d'atteindre une taille critique pour ensuite proposer des services complémentaires générateurs de valeur. Aujourd'hui, les offres se concentrent autour du paiement et très peu font du financement ou proposent des produits d'assurance. Ces acteurs ne pourront être rentables et donc confirmer la pérennité de leur business models que lorsqu'ils auront la notoriété et la confiance requise auprès des consommateurs pour développer des nouvelles offres spécifiques ou de cross-selling [vente croisée, ndlr]" , estime Stéphane Dehaies.

 "Certaines néobanques vont peut-être disparaître mais elles sont portées par des entrepreneurs et des structures très souples. Certaines parviendront donc à se transformer en proposant d'autres offres qui sortent de la conception pure de la néobanque. C'est le cas d'Ibanfirst qui n'apparaît pas dans notre tableau. Elle a fait évoluer son modèle de néobanque pour les pros vers un service de virement transfrontalier pour les entreprises", illustre Emmanuel Papadacci-Stephanopoli.

* Liste des 18 néobanques actives sur le marché français : Veritas, Sogexia, Nickel, N26, C-Zam, Manager.One, Ditto, Shine, Bunq, Anytime, Qonto, Morning, Max, Revolut, Orange Bank, Monese, Xaalys, Holvi.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 20/09/2019 à 22:13 :
Que vaut cette étrange étude qui écarte la première banque en ligne, Boursorama, et ses 1.9 million de clients ????
a écrit le 14/08/2019 à 5:40 :
Les neobanques étrangères sont dangereuses. Client chez revolut celle ci a fermé mon compte pour vérification de la provenance des fonds... 3 470 euros. Et depuis 8 mois mes fonds sont bloqués ! Aucun interlocuteur en français et je dois justifier mes salaires variables car commissions incluses.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :