Le Haut conseil de stabilité financière appelle à la vigilance sur les crédits immobiliers

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Le Haut Conseil de stabilité financière considère que le niveau des risques pour les ménages et les établissements de crédit reste « contenu », mais il nécessite de porter une « vigilance renforcée » sur le dynamisme des crédits immobiliers.
Le Haut Conseil de stabilité financière considère que le niveau des risques pour les ménages et les établissements de crédit reste « contenu », mais il nécessite de porter une « vigilance renforcée » sur le dynamisme des crédits immobiliers. (Crédits : Benoit Tessier)
L’instance rattachée à Bercy, réunie en séance mardi 11 septembre, sous la présidence du ministre de l’Économie et des Finances, a maintenu un niveau de « vigilance renforcée » sur le crédit à l’habitat alors que les prix de l’immobilier continuent de progresser, mettant sous pression les marges des banques.

L'heure est une nouvelle fois à la prudence selon les autorités françaises. Dans un communiqué publié mardi 11 septembre en fin de journée, le Haut conseil de stabilité financière (HCSF), chargé d'établir régulièrement un diagnostic des risques et des vulnérabilités potentielles susceptibles d'affecter le secteur financier, a fait part, une nouvelle fois, d'une certaine inquiétude face à la croissance des crédits immobiliers accordés à des taux bas, qui s'accompagne d'une dégradation des marges des établissements de crédit.

« Le niveau des risques pour les ménages et les établissements de crédit reste contenu [...] Mais [il] nécessite de maintenir une vigilance renforcée sur l'évolution des conditions d'octroi de crédit et la tarification des crédits immobiliers par le secteur bancaire », a souligné le HCSF dans un communiqué.

Selon le Haut conseil, le crédit immobilier représente le principal facteur de la hausse de 5,5% de l'encours de crédit aux ménages constaté sur un an en juin 2018. Il faut dire que le coût des prêts immobiliers stagne à des niveaux historiquement bas. En juillet dernier, les taux moyens des nouveaux prêts se sont repliés à 1,53%, contre 1,62% au mois de janvier. Des baisses tirées par la politique monétaire de la Banque centrale européenne, mais aussi par la guerre des prix que se livrent les établissements bancaires.

Des conditions d'octroi plus souples

Le Haut conseil avait déjà, et à plusieurs reprises, alerté sur les effets d'une forte concurrence entre les banques sur le marché du crédit à l'habitat, considéré comme un produit d'appel permettant de capter des clients à long terme. En juin dernier notamment, l'organe de surveillance du système financier estimait que les risques de crédit liés au marché immobilier étaient « diffus ». Le HCSF avait alors recommandé de rester attentif à l'évolution des conditions d'octroi, alors que les banques tendent au contraire à les assouplir.

Les établissements accordant des crédits immobiliers deviennent, en effet, de plus en plus flexibles sur les montants prêtés au regard des revenus des emprunteurs et de l'apport exigé. Face à la hausse des prix de l'immobilier (+3,2% au niveau national au premier trimestre 2018), les banques accordent des prêts à plus long terme pour permettre aux ménages de financer leur projet d'achat d'un logement. Depuis quelques mois, pour capter davantage de clients, certains établissements n'hésitent pas à accorder des prêts à 110%, surtout aux jeunes acquéreurs. Ces crédits immobiliers sans apport personnel permettent de financer la totalité de la valeur d'un bien mais aussi les frais divers associés (notaire, etc.).

L'endettement du secteur privé atteint 131% du PIB

Plus généralement, le Haut conseil a révélé que l'endettement du secteur privé non financier a continué de croître pour atteindre à 131% du PIB (58,4% pour les ménages et 72,7% pour les sociétés non-financières) au premier trimestre 2018, contre 89,6% en Allemagne, 127,6%, en Espagne et 107,8% en Italie, selon les données de la Banque de France. La moyenne de la zone euro est de 119,2% du PIB.

 « La dynamique observée ces dernières années a conduit la France à un taux d'endettement des agents privés non financiers aujourd'hui supérieur à la moyenne de la zone euro, comme à ceux de nos principaux partenaires », note le Haut conseil.

Pour les sociétés non financières (SNF), la hausse de l'endettement reste marquée, portée par la progression des encours de crédit bancaire (+6% sur un an en juin dernier), alors que la dette de marché reste dynamique. Le Haut conseil a précisé dans son communiqué que la croissance du crédit concerne les entreprises de toutes tailles, avec une hausse toujours robuste du crédit bancaire aux PME et ETI.

Le HCSF a également indiqué avoir préparé sa décision concernant la fixation du taux du coussin de capitaux propres contracyclique, "l'airbag" destiné à se préserver de la hausse des taux d'intérêts. Des éléments de justification seront publiés ultérieurement au Journal officiel de la République française et sur son site. Pour rappel, lors de sa 17ème séance, en juin dernier, l'organe de surveillance du système financier avait annoncé, « dans une logique préventive », un relèvement de 0,25% des actifs pondérés des risques, adoptant une proposition du gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau.

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a écrit le 13/09/2018 à 13:59 :
Maintenant que les jeunes accédants (prêt immobilier signé depuis le 01/02/2018 ou plus) n'ont plus aucun droit aux APL (Merci Macron), cela ne va pas favoriser leur décision d'achat : peu importent leurs changements de situation (chômage, naissance, maladie, séparation, accident de la vie..) ils devront assumer cash quoi qu'il arrive leur toit. Sur 20 ou 25 ans. Qui prendra ce risque ?
Réponse de le 13/09/2018 à 14:45 :
taux d'intérêt moyen le plus bas des grands pays développés d'Europe et ratio dette immo/revenu disponible inférieur à la moyenne européenne ("Les marchés européens du crédit immobilier résidentiel en 2017", Crédit Foncier, 05/2018).
ratio coût total du logement/revenu disponible parmi les plus faibles des pays développés d'Europe, à 18% (Eurostat). 28% au Danemark, 27% en Allemagne ou 24,5% au UK.
pourcentage de ménages français supportant un coût total du logement supérieur à 40% du revenu disponible : 5,2% (Eurostat). taux parmi les plus faibles de l'UE. moyenne européenne de 11%. 10% en Espagne/Italie/Pays-Bas. 12% au UK et Suisse. près de 16% en Allemagne et Danemark. 8,4% en Suède.
la situation des Français est plutôt correcte.
Réponse de le 13/09/2018 à 16:13 :
"La situation des français est plutôt correcte..."
Celle de la plupart des jeunes l'est moins.
Avec un salaire minimum à 9.88 de l'heure, même à temps complet, même avec la chance d'un CDI, comment prendre le risque de signer pour un toit quand on sait que c'est forcément et au minimum la moitié du budget qui sera amputé ? Qu'il faut souvent un véhicule pour aller travailler, une assurance, du carburant, et qu'il faut un budget alimentation ? A la première facture imprévue (hôpital, chauffage, réparation voiture) ce sera la descente dans l'impayé.
Cela va inciter nos jeunes à rester avec les parents, au mieux à prendre un logement HLM (les APL location continuent à être versées). L'accession va devenir hors de portée pour la plupart d'entre eux. Et les loyers locatifs dans le privé chers ou de modeste qualité...
a écrit le 13/09/2018 à 10:06 :
Tant de maisons à vendre pourtant, de plus en plus et partout... Cette augmentation des prix est incompréhensible, encore une fois, la loi de l'offre et de la demande est déformée par les intérêts de quelques lobbys.

ET on s'étonne que l'économie de notre pays soit à l'agonie...
a écrit le 13/09/2018 à 9:59 :
Moody's Aa2
a écrit le 12/09/2018 à 21:08 :
Bloomberg écrivait il y a 6 mois que la dette privée française est parmi les plus solides ("Higher rates may spell private debt trouble, study finds", Bloomberg.com, 15/03/2018).
c'est ce que disait aussi la BCE en octobre 2014 à propos de la dette des ménages français (https://www.telegraph.co.uk/finance/economics/11185087/Why-Germanys-households-are-more-fragile-than-you-think.html).
le ratio dette immobilière/patrimoine non financier des ménages français est de seulement 13% contre une moyenne européenne de 17%, et le ratio dette immobilière/revenu disponible est de 67% contre une moyenne européenne de 68% ("Les marchés européens du crédit immobilier résidentiel en 2017", Crédit Foncier, 05/2018). la situation française est donc raisonnable.
note du Crédit Agricole du 12/07/2017 sur l'endettement des entreprises françaises :
- les entreprises profitent des taux très bas
- hausse de l'endettement surtout dû aux grandes entreprises, plus solides
- taux d'endettement net bien plus modéré que le taux d'endettement brut
- le taux d'endettement net des PME/ETI a pas mal baissé depuis 2008
- ratio dettes/capitaux propres acceptable
- la capacité d'endettement augmente depuis 2013.
en avril dernier, on pouvait lire que l'accès des entreprises au crédit est particulièrement bon en France ("L'accès au crédit se détend fortement en France", Usine Nouvelle, 25/04/2018). cela doit être lié au fait que pour la banque UBS, la France a les meilleures perspectives économiques en Europe avec l'Irlande (UBS, 04/2018). la hausse de l'endettement est lié ainsi au fait que l'investissement des entreprises a accéléré en 2017 ("Les comptes de la Nation en 2017", INSEE Première N° 1697, 30/05/2018).
Réponse de le 13/09/2018 à 11:32 :
commentaire quand meme pas mal a cote de la plaque: on parle ici de la dette IMMOBILIERE avec des credits couvrant 110 % de la valeur du bien achete (autrement dit prix du bien + frais), pas de la dette des entreprises.

Il est quand meme assez clair que ca va mal finir. Les revenus des acheteurs divergeant de plus en plus des prix, il va y avoir un moment ou la bulle va eclater. Et la, ca va faire tres mal pour les acheteurs (surtout les fous qui on fait un credit de 110 %)
Réponse de le 13/09/2018 à 12:18 :
je sais bien, l'artiste : bla bla bla...
a écrit le 12/09/2018 à 18:19 :
le gros pb des banques, c'est qu'ils pretent a 1.53 a des gens dont certains ne seront pas solvables, sans apport personnel ou presque, et surtout qu'ils pretent a 25 ans a ce taux, en connaissant la structure des taux a 10 ans, et pour le forward forward ' on verra plus tard'
remarquez, les lois sapin et eckert n'ont pas ete votees pour rien, vu que c'est ' pour proteger l'epargnant' ( quand son banquier joue avec le feu), novlangue pour dire ' si ca derouille on bloque les comptes le temps que ca passe, comme ca les banques pourront survivre a moindre frais, et l'epargnant se fera rincer....
on se retouve exactement en 2007, produits structures en moins!

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