Chômage, dépression, suicide: les effets "dévastateurs" des confinements sur le monde du travail
Sandra Biffot-Lacut, AFP

Photo d'illustration
Reuters
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Perte d'emploi, maladies, suicides...: l'impact des confinements décidés en raison de la crise sanitaire sur le monde de travail risque d'être "dévastateur" en terme de santé globale et de fracture sociale, alertent des acteurs de la santé au travail interrogés par l'AFP.
Pour Xavier Alas Luquetas, psychothérapeute et cofondateur du cabinet Eléas, spécialisé dans la prévention des risques psychosociaux, la situation est grave:
Il ajoute :
L'Insee prévoyait 730.000 destructions d'emplois sur l'année, avant même le deuxième confinement. Le premier (du 17 mars au 11 mai) a entraîné l'appauvrissement d'un quart des ménages.
La France comptait 9,3 millions de pauvres en 2018 et ils pourraient être un million supplémentaire du fait de la crise, ont avancé certaines associations.
Pour Jean-Claude Delgènes, économiste et directeur général du cabinet de prévention des risques professionnels Technologia, "on a anesthésié la douleur sous forme d'aides et de prêts garantis par l'État mais elle demeure".
Avec son réseau de "sentinelles" (juges, mandataires judiciaires, experts-comptables, avocats...) en lien avec 1.200 psychologues apportant leur soutien aux chefs d'entreprises en détresse, l'association Apesa, créée en 2013 à l'initiative du tribunal de commerce de Saintes (Charente-Maritime), fait état d'une "hausse de 40% des prises en charge (730)" entre janvier et octobre, comparé à la même période de l'année précédente.
Côté salariés, "l'isolement" lié au télétravail et au chômage partiel, est "l'ennemi majeur", estiment MM. Delgènes et Alas Luquetas.
Isolement, insécurité, usure, hyperstress: Marie Pezé, docteur en psychologie responsable du réseau national de consultations de souffrance au travail, constate "une dégradation générale de la santé" de ses patients avec des tableaux cliniques allant "d'une très grande fatigue à des décompensations psychiatriques en mode délirant".
Elle dénonce "la violence policée des plans sociaux" et "celle désinhibée de certaines organisations de travail" contre des salariés "contraints de travailler bien qu'étant en chômage partiel", d'autres "sans aucun moyens de protection", d'autres encore "poussés à la démission ou à +l'abandon de poste+".
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Employée d'un groupe hôtelier en région parisienne et reléguée à des "tâches administratives quelques heures par semaine dans un hôtel fantôme" depuis le reconfinement, Maria (prénom modifié), la cinquantaine, dit "faire avec les difficultés financières et la déprime". Mais elle confie à l'AFP se sentir "prisonnière d'un système qui s'enrichit en (lui) volant (sa) santé et (sa) vie". Elle craint "que l'isolement et la perte de tout lien social tuent plus que le virus".
"Alors qu'on était depuis dix ans dans une accélération vertigineuse des rythmes de vie, tout s'est arrêté avec une perte de routine et de repères, en particulier dans le travail où l'appartenance sociale est mise à mal", constate M. Delgènes.
"Certains sont perdus sans le collectif, d'autres travaillent de manière compulsive pour démontrer leur engagement par peur de perdre leur emploi, dans un environnement où toutes les autres facettes de la vie sociale sont gelées", ajoute-t-il.
Ce professionnel rôdé au traitement des crises suicidaires en entreprise dit avoir été confronté à "un grand nombre d'alertes (en entreprises) depuis avril".
Une enquête réalisée du 21 au 28 septembre par l'institut Ifop pour la fondation Jean Jaurès révèle que, comme 27% des dirigeants d'entreprise et 27% des chômeurs, 25% des commerçants et artisans ont eu l'intention réelle de se suicider en 2020, notamment depuis la fin du premier confinement. Parmi ces derniers, 42% confient avoir été hospitalisés après une tentative.
Sandra Biffot-Lacut, AFP