Droits de douane sur l'acier : l’Union européenne réserve la moitié de ses quotas à ses partenaires privilégiés
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En dix ans, la part de l’acier importé dans la consommation européenne est passée de 15 % à près de 30 %.
Wolfgang Rattay
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En dix ans, la part de l’acier importé dans la consommation européenne est passée de 15 % à près de 30 %.
Wolfgang Rattay
L’Union européenne a accordé mardi 30 juin un traitement de faveur à ses partenaires commerciaux privilégiés, comme le Royaume-Uni, la Suisse ou la Turquie, dans le cadre de ses nouvelles mesures visant à protéger l’industrie européenne de l’acier contre les surcapacités chinoises massivement subventionnées.
À compter de mercredi, le droit de douane appliqué aux importations d’acier dépassant les contingents sera doublé pour atteindre 50 %, tandis que les volumes exonérés de droits à l’entrée dans l’UE seront réduits de près de moitié, soit – 47 %, pour s’établir à 18,3 millions de tonnes par an.
Sur ce total, la moitié des volumes est désormais réservée aux pays avec lesquels l’UE a signé un accord de libre-échange ou entretient des relations associées, l’autre moitié restant accessible à l’ensemble des exportateurs, y compris ces mêmes partenaires.
La Commission européenne précise que bon nombre de ces partenaires verront leurs quotas fixés de manière spécifique, proportionnelle à leurs volumes historiques d’exportation vers le marché européen, ce qui limite pour eux la baisse effective d’accès par rapport à la réduction moyenne de 47 %.
Le Royaume-Uni et la Suisse, qui figurent parmi les fournisseurs importants d’acier et de produits sidérurgiques vers l’UE depuis la sortie de Londres du marché intérieur, ont fait partie des pays qui ont le plus contesté la répartition initiale des quotas au cours des derniers mois. En Suisse, les industriels dénoncent la taxe à 50 %, tandis que Londres a officiellement protesté contre le nouveau dispositif.
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Selon Bruxelles, un « nombre important » de partenaires – dont la Turquie, l’Inde, la Corée du Sud, l’Indonésie, l’Égypte, le Brésil, le Royaume-Uni, la Suisse, la Macédoine du Nord, l’Afrique du Sud, l’Argentine, l’Ukraine et Singapour – ont désormais donné leur accord provisoire à ces répartitions, ce qui sécurise une partie des flux d’importation malgré le durcissement général.
Le dispositif dévoilé ce 30 juin s’inscrit dans la continuité de la clause de sauvegarde sur l’acier mise en place en 2019 et prolongée jusqu’au 30 juin 2026, mais il franchit un cap en transformant ce mécanisme temporaire en régime de protection structuré, avec des droits multipliés par deux et des quotas annualisés.
La Commission justifie cette réforme par la « surcapacité mondiale persistante » dans le secteur, en particulier en Chine, dont la production approche les 960 millions de tonnes par an, contre 125,8 millions seulement pour l’ensemble des sidérurgistes européens l’an dernier, un plus bas historique.
Le nouvel arsenal inclut aussi la règle dite « fondu et coulé » : pour bénéficier des quotas en franchise de droits, les importateurs devront prouver que l’acier a été fondu et coulé dans le pays partenaire déclaré, ce qui vise à limiter les contournements via des opérations de transformation minimale sur de l’acier chinois.
Au-delà de la Chine, les producteurs européens restent pris en étau entre des importations limitées et un accès restreint au marché américain : les États-Unis taxent depuis l’an dernier l’acier européen à 50 % et ont imposé des surtaxes sur des centaines de produits qui en contiennent, une politique qui a déjà entraîné une chute significative des exportations européennes vers ce marché et plus d’un milliard d’euros de ventes perdues.
Les trois pays associés à l’UE dans l’Espace économique européen – Norvège, Islande et Liechtenstein – bénéficient, eux, d’une exemption totale des nouvelles règles, ce qui leur garantit un accès sans contingent ni droit de douane au marché des Vingt-Sept. Leur statut d’États associés est encadré par les accords de l’EEE.
Bruxelles assure que l’ensemble de ce système a été conçu dans le « plein respect » des règles de l’Organisation mondiale du commerce, afin de limiter le risque de litiges, tout en affichant la volonté de porter le taux d’utilisation des capacités de la sidérurgie européenne à 80 % dans les prochaines années. Le Parlement européen a validé ces objectifs dans sa résolution de mai 2026.
Pour les constructeurs automobiles, les fabricants de machines et le secteur du bâtiment, ce durcissement de la frontière devrait se traduire par une hausse du coût des intrants : plusieurs études sectorielles évaluent l’impact potentiel à environ 50 euros par véhicule et jusqu’à 3 % de renchérissement sur certains produits finis fortement consommateurs d’acier.
Selon Eurofer, la combinaison de prix bas de l’acier importé, de coûts carbone élevés et de besoins d’investissement dans la décarbonation a déjà rogné les marges des sidérurgistes européens, ce qui explique l’insistance des producteurs pour obtenir une protection durable plutôt que de simples mesures conjoncturelles.
(Avec AFP et Reuters)
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