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Energie et Industrie

En Gironde, des communes attaquent un projet de raffinerie sur une zone inondable

Photo de Maxime Giraudeau

Maxime Giraudeau

Publié le 30 juin 2026 à 15:17

Le site envisagé par Emme pour implanter la raffinerie de cobalt et de nickel est une parcelle de 32 hectares d'espaces naturels et agricoles dont seulement 5 hectares ont été aménagées pour des activités portuaires il y a une dizaine d'années.

Le site envisagé par Emme pour implanter la raffinerie de cobalt et de nickel est une parcelle de 32 hectares d'espaces naturels et agricoles dont seulement 5 hectares ont été aménagées pour des activités portuaires il y a une dizaine d'années.

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Deux communes industrielles de la métropole bordelaise contestent en justice l'implantation d'une raffinerie de nickel et de cobalt en bord de Garonne. L'usine, déclarée d'intérêt national majeur et autorisée à marche accélérée, menace, selon elles, d'amplifier le risque inondation.

Véronique Ferreira prévient d'emblée : « Ce n'est pas un recours contre le projet mais contre le choix d'implantation. » Et ce serait faire un faux procès que de dire que la maire (PS) de Blanquefort est anti-industrie, tant elle a milité pour la reconversion de l'ex-usine Ford sur son territoire. La commune a accueilli ce mardi 30 juin une conférence de presse à quelques kilomètres au nord de Bordeaux et des rives de la Garonne pour redire toute son opposition à l'arrivée d'une raffinerie de nickel et cobalt sur une zone inondable en bord de fleuve.

A son côté, la commune de Saint-Louis-de-Montferrand et l'association environnementale Sepanso annoncent déposer de nouveaux recours devant le tribunal administratif. La commune de Parempuyre, où doit être érigée la raffinerie, les avait précédées en contestant le raccordement électrique. Le premier recours, au fond, portera sur l'attribution du permis de construire et sera doublé d'une demande en référé-suspension, qui a le pouvoir d'interrompre les travaux en cas d'urgence manifeste. Le second portera quant à lui sur la modification du plan local d'urbanisme intercommunal.

Les élues reprochent au porteur de projet de ne pas avoir mesuré l’impact des 35 hectares d'aménagements et de leurs remblais sur le risque inondation pour les zones alentours.

Les digues sous pression

« Nous luttons pour préserver la sécurité de nos habitants par rapport au risque de submersion inconséquent que fait peser sur nous la construction de cette usine », assène Delphine Sicet, adjointe au maire de Saint-Louis-de-Montferrand. La commune compte 2 000 habitants en bord de Garonne, logés entre deux grandes zones industrielles classées Seveso. C'est sur la rive d'en face que s'installera EMME, accueilli sur un terminal inutilisé du Grand port maritime de Bordeaux. « Ce projet n'intègre pas une vision systémique de ses impacts. Nous sommes la seule commune de Gironde classée en risque extrême inondation, or les conséquences sur nous n'ont pas été évaluées par l'entreprise », s'offusque-t-elle, disant pourtant avoir « appris à vivre avec le risque industriel ».

Les digues qui protègent la zone sont déjà soumises à de fortes pressions. Des travaux de renforcement sont prévus, mais n'interviendront pas avant 2030... soit deux ans après la mise en service prévue pour la raffinerie. Étiquetée par l’État comme projet d'intérêt national majeur et figurant sur la liste des projets « Notre-Dame », l'entreprise Electro Mobility Materials Europe (EMME) ambitionne de produire du sulfate de nickel et de cobalt. Grâce à ces minerais transformés, elle pourra fabriquer des cathodes. Ces composants sont utiles par exemple aux batteries électriques dans le monde de l'automobile mais ne sont fabriqués aujourd'hui que dans les pays asiatiques.

C'est cette revanche de souveraineté industrielle qui a conduit l’État à dérouler le tapis rouge au projet, en lui facilitant l'octroi du permis de construire. Le précieux sésame a été obtenu le 5 juin dernier. L'industriel veut débuter son chantier d'ici à l'automne. 

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Le PLU mis en cause

Aucune des représentantes du jour ne conteste l'utilité du projet. Seul le lieu d'implantation, alors que la métropole bordelaise compte des friches d'envergure, est interrogé. « Construire ici, c'est mettre en danger la population qui habite à côté. Depuis trois ans on demande un autre emplacement mais on n'a jamais donné aucune chance à cette possibilité », déplore Florence Bougault, administratrice de la Sepanso Gironde.

Les requérantes estiment ainsi que le permis de construire ne peut être accordé en raison des impacts générés localement sur le risque inondation. Le plan local d'urbanisme (PLU) est également attaqué. Sa modification permet l'implantation d'activités industrialo-portuaires, or les trois communes avancent que la future desserte fluviale ne pourra pas accueillir d'autres activités. Et ce en raison de l'important dispositif de sécurité déployé autour de la raffinerie, qui abritera des matières sensibles. « Ce quai sera privatisé pour un seul usage, y lier d'autres activités paraît impossible tant ce lieu sera placé sous haute surveillance », pointe Olivier Chambord, l'avocat des communes. 

À lire également

  • Métaux critiques : la raffinerie EMME sécurise son développement avant le démarrage du chantier
  • L’État prend la main sur le projet de raffinerie de nickel et cobalt à Bordeaux

En dépit des recours, l'entreprise a largement avancé sur la sécurisation de son dossier. Elle a ainsi obtenu l'approbation, à une voix près, du Conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques début juin, avant l'annonce d'un partenariat avec un industriel allemand pour écouler une partie de sa production de nickel raffiné. Deux étapes restent à boucler : l'obtention de l'autorisation environnementale et le bouclage du plan de financement estimé à 600 millions d'euros. 

Maxime Giraudeau

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