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Les élections au Brésil compliquent la vente du Rafale

Sara Sampaio, à Brasília

Publié le 27 mai 2010 à 05:15

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La décision brésilienne sur le renouvellement de sa flotte d'avions de combat, contrat pour lequel Dassault est en lice avec son Rafale, est attendue anxieusement par la France. Mais les élections présidentielle et législatives qui approchent au Brésil compliquent la donne.

"La vente d'avions au Brésil rend la France nerveuse" écrivait le 18 mai le site Internet du groupe de médias brésilien O Globo. Et pour cause, selon des sources françaises au Brésil, le président brésilien Inácio Lula da Silva pourrait s'abstenir de prendre une décision sur l'achat de 36 avions de combat - contrat sur lequel Dassault est en lice avec son Rafale - avant les élections du 3 octobre.

Le Rafale du constructeur aéronautique français est en effet sévèrement critiqué par l'armée brésilienne, et Lula, qui espère faire élire à la tête du pays sa dauphine Dilma Rousseff, veut éviter à tout prix une avalanche de critiques en pleine campagne électorale.

L'armée brésilienne, toujours influente au Brésil, plus de vingt ans après la fin de la dictature militaire, estime le Rafale trop onéreux (6,2 milliards de dollars, contre une offre du constructeur suédois Saab de 4,5 milliards de dollars) et surdimensionné pour les besoins du pays. Qui va attaquer le Brésil aujourd'hui ? explique en substance une source française à Brasília.

La préférence des militaires va ainsi au Gripen NG de Saab et en deuxième position au F/A-18 Super Hornet de l'Américain Boeing, le Rafale ne venant qu'en troisième place. Le syndicat des métallurgistes de São Paulo, affilié à la puissante centrale syndicale brésilienne, la CUT, a également appuyé le projet suédois, estimant qu'il créera de 5.000 à 6.000 emplois directs au Brésil.

L'annonce officielle du choix brésilien a plusieurs fois été reportée, dernièrement encore à début avril puis à la mi-mai et enfin à juillet prochain. Chaque semaine qui se rapproche de l'échéance électorale nous préoccupe un peu plus, a déclaré au Globo un proche du dossier, côté français.

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L'attention de Lula se focalise désormais sur l'enjeu du 3 octobre, date à laquelle les Brésiliens éliront non seulement leur président, mais aussi leurs députés, une partie des sénateurs, les gouverneurs et les assemblées législatives des Etats. Le processus électoral a démarré fin avril avec la démission des ministres postulant à un mandat et culminera avec la campagne télévisée des candidats, qui commencera le 17 août.

Pénurie de main d'?uvre qualifiée

L'espoir de Dassault tient à un fil : la préférence que le président brésilien a plusieurs fois marquée pour le Rafale grâce au transfert de technologie promis "sans restrictions" par le président français Nicolas Sarkozy lors d'une visite en septembre à Brasília. "Nous ne négocions pas un avion, nous négocions l'achat d'un paquet technologique", a rappelé début avril le ministre brésilien de la Défense, Nelson Jobim, qui soutient également l'offre française.

De fait, le Brésil vit une période de forte croissance (9,85% de son produit intérieur brut au premier trimestre 2010 par rapport à la même période de 2009, selon les estimations de la banque centrale en mai) mais fait face à une absence de main d'?uvre qualifiée. Le pays s'efforce ainsi de créer le vivier de techniciens et de cadres qui lui fait défaut, par le biais des transferts de technologies et d'accords portant sur la formation.

A l'heure actuelle, quand le Brésil crée une filière de production industrielle, il cherche - évidemment - la croissance, mais plus encore à s'allier et s'octroyer "des compétences", souligne l'ambassadeur de France à Brasilia, Yves Saint-Geours, interrogé par des journalistes de l'Ajis (Association des journalistes de l'information sociale). Pour Yves Saint-Geours, Lula a désormais "tous les éléments en main pour prendre une décision".

Report à 2011

Il devient cependant difficile de croire que la décision de l'Etat brésilien et la signature du contrat puissent aboutir avant octobre. Le processus pourraient marquer une longue pause, le temps qu'un nouvel exécutif se mette en place, en janvier 2011, ou même revenir à la case départ si le candidat de l'opposition, le social-démocrate José Serra (PSDB, le parti de l'ancien président Fernando Henrique Cardoso), venait à être élu.

À lire également

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Car si les deux candidats, Dilma Rousseff et José Serra, proposent des programmes assez semblables sur le plan intérieur, ils se distinguent sur leurs politiques extérieures. Lula "s'est affranchi de la relation de soumission vis-à-vis des Etats-Unis", au niveau "diplomatique, social, économique", explique Agostinho Guerreiro, le président de la fédération professionnelle des ingénieurs de l'Etat de Rio, un proche du président. Et rien n'indique que sa dauphine, connue pour sa fidélité au président, changera de cap.

A l'opposé, le parti de Serra défend traditionnellement un axe stratégique américain. L'offre de Boeing connaîtrait peut-être alors un regain d'intérêt aux yeux du Brésil.

Sara Sampaio, à Brasília

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