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DCNS : pourquoi le mégacontrat LEX sur la modernisation des frégates saoudiennes est bloqué

Michel Cabirol

Publié le 27 février 2013 à 05:21

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Ce contrat négocié d'Etat à Etat, via ODAS, fait l'objet de dissensions au sein du conseil d'administration de cette société. DCNS souhaiterait qu'ODAS accorde sa garantie sur les travaux réalisés par son partenaire saoudien pour limiter ses risques. Les autres actionnaires, dont EADS, ne sont pas d'accord.

C'est l'histoire d'un contrat d'un milliard d'euros environ plusieurs fois attendu... mais jamais signé malgré la visite éclair en novembre 2012 de François Hollande en Arabie saoudite. Le contrat LEX (Life Extension Sawari 1), portant sur la modernisation de quatre frégates de classe Al Medinah et de deux pétroliers-ravitailleurs de classe Boraida mis en service en 1985-1986 (contrat Sawari I), aurait pu être le premier gros contrat du président socialiste. Cela n'a pas encore été le cas. Pourquoi ? Selon des sources concordantes, le camp français est divisé au sein de la société ODAS. Ce contrat d'Etat à Etat passe par cette société, qui a été créée à la demande de l'État français pour contribuer à développer les exportations dans le domaine de la défense, de la sécurité et des hautes technologies essentiellement en Arabie saoudite. Son actionnariat rassemble, aux côtés de l'État, une dizaine de grands groupes de défense français, dont DCNS, Thales, EADS France, MBDA France, Nexter, Dassault Aviation ainsi que la banque Crédit Agricole Corporate and Investment Bank (ex-Calyon).

Le camp français divisé

C'est au sein du conseil d'ODAS que le camp français est divisé. Car DCNS souhaite obtenir la garantie de cette société sur la partie des travaux, laquelle sera réalisée par le chantier naval saoudien, le groupe Zamil, associé à ce contrat par DCNS. Pour le groupe naval, ce contrat est une première de ce type en Arabie Saoudite. Il va devoir créer une structure industrielle à Djeddah sur les bords de la Mer Rouge dans un environnement local peu développé dans ce domaine d'activité. En outre, la remise en état des navires sera compliquée. Du coup, l'enjeu pour DCNS sera de maîtriser les coûts de production et les délais dans un environnement peu connu par le groupe. D'où la volonté de ne pas perdre sa chemise sur un un contrat à risques.

Mais au sein du conseil, d'autres actionnaires, dont EADS France, ne l'entendent pas de cette oreille, selon des sources concordantes. Pas question qu'ODAS accorde sa garantie sur les travaux réalisés par le groupe Zamil. "Ce n'est pas le rôle d'ODAS", explique-t-on à La Tribune. D'où le blocage du contrat. Une situation qui pourrait toutefois se dénouer à la faveur d'un arbitrage de l'Etat. D'autant que François Hollande doit dans les prochaines semaines retourner à Ryad. Selon un très bon observateur du pays, l'Arabie saoudite serait en train de desserrer l'étau sur les contrats français, qui s'entassent sur le bureau des proches du Roi. Le contrat LEX pourrait être signé prochainement tout comme une nouvelle commande en faveur de Thales portant sur la logistique des missiles Crotale (défense aérienne). La raison ? La convergence de vue entre Paris et Ryad sur le dossier de la Syrie n'est pas étranger au réchauffement des relations franco-saoudiennes après la période glaciale du quinquennat de Nicolas Sarkozy. "Ryad a pris le temps de se faire une idée des nouveaux responsables politiques français", explique ce connaisseur du royaume.

Guerre d'influence

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Au-delà des guerres intestines au sein du conseil d'ODAS, il existe également une véritable lutte d'influence en coulisse en Arabie saoudite entre Français, qui jouent sur les différents membres de la famille royale pour faire avancer leurs affaires, voire faire trébucher les concurrents français. ODAS, tout comme Thales et DCNS, entretiennent ainsi de bonnes relations avec le ministère de la Défense saoudien, notamment avec Khaled ben Sultan ben Abdelaziz Al Saoud, vice-ministre de la Défense de l'Arabie saoudite, qui est le fils de l'ancien ministre de la Défense décédé en 2011, Prince Sultan bin Abdulaziz, le demi-frère du roi. De leur côté, EADS et MBDA entretiennent quant à eux des liens étroits avec le fils du roi Abdallah, le prince Mutaib bin Abdullah, patron de la Garde nationale, qui est l'armée privée du roi.

Michel Cabirol

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