Salon du Bourget : et si la fusée européenne Vega était rachetée par les Américains

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Lancement de la première fusée Vega, le plus petit des trois lanceurs utilisés à partir du centre spatial de Kourou en Guyane française Copyright Reuters
Lancement de la première fusée Vega, le plus petit des trois lanceurs utilisés à partir du centre spatial de Kourou en Guyane française Copyright Reuters (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2012. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
Avio Spazio aiguise les appétits. Et pas seulement en Europe où EADS Astrium, Safran et l'allemand OHB sont intéressés par le groupe spatial italien. Deux groupes américains regardent le dossier : ATK et surtout Orbital Sciences Corporation spécialisé dans la réalisation de lanceurs légers. Dernière particularité du dossier : Finmeccanica, qui a le mandat de vente, détient également... une option de rachat d'Avio Spazio.

Avio Spazio est LE dossier du moment dans le spatial en Europe. Tout ce petit monde observe avec beaucoup d'intérêt - sans trop le dire trop fort - la vente de cette entreprise spatiale italienne, qui a réalisé en 2011 un chiffre d'affaires de 296,5 millions d'euros en 2011 pour 800 salariés. Pourquoi un tel intérêt ? Parce qu'Avio Spazio détient notamment une participation éminemment stratégique de 70 % dans le petit lanceur européen Vega - les 30 % restants sont aux mains de l'agence spatiale italienne - qui est installé aujourd'hui à Kourou à l'ombre de la puissante Ariane 5 ECA et du mythique lanceur russe Soyuz. "Vega a un intérêt stratégique réel pour l'Europe car il peut lancer des petits satellites espion sans dépendre de lanceurs russes ou américains", explique un bon connaisseur du dossier. Cette entreprise détient également des activités dans la propulsion stratégique et spatiale à travers deux sociétés communes gérées avec Safran : 60 % de Regulus et 50 % d'Europropulsion. Regulus réalise la production du propergol solide des segments médian et arrière des 2 MPS (Moteurs à Propergol Solide) d'Ariane 5 et du P80 Vega tandis que Europropulsion assure la maîtrise d'?uvre de la propulsion des MPS d'Ariane 5 et du P80 du Vega.

Des offres remises mi-juin

Plusieurs acheteurs se sont déjà plus ou moins déclarés. D'autant qu'ils doivent soumettre la semaine prochaine des offres. Ce sera à coup sûr le cas de Safran et d'EADS Astrium, tous les deux très intéressés par Avio Spazio. Selon des sources concordantes, le gouvernement leur a même expressément demandé de ne pas se déclarer la guerre pour Avio Spazio et de rester fair-play. Pas question pour autant de présenter une offre commune. Du coup, un pacte de non-agression a été tacitement acté chez les deux industriels français, qui ont décidé de jouer le jeu. Mais jusqu'à quand si la compétition se durcit ? Deux autres groupes européens sont sur les rangs, l'allemand OHB-System, le trublion de l'industrie spatiale, qui avait rafflé sous le nez d'Astrium une partie de la constellation Galileo. Quant à Thales Alenia Space (TAS), il est plutôt un acteur passif tout en restant bien sûr intéressé par ce que va faire son partenaire italien Finmeccanica, qui a quasiment toutes les cartes en main dans cette opération. Si le groupe italien rachetait la participation de Cinven, il serait obligé de le loger dans l'alliance spatiale formée avec Thales. Ce qui agace Safran, qui semble le plus légitime à piloter le secteur de la propulsion spatiale européenne, et surtout Astrium, qui aimerait bien mettre la main sur Vega - ce qui permettrait une optimisation des lanceurs européens - mais qui voit une nouvelle fois TAS indirectement se mettre sur son chemin. Finmeccanica est "le cauchemar de Safran et d'EADS", souligne ce bon connaisseur du dossier.

Mais ce qui inquiète le plus dans le secteur spatial européen, c'est bien l'américain Orbital Sciences Corporation, une société américaine spécialisée dans la réalisation de satellites légers placés en orbite basse, de satellites de télécoms en orbite géostationnaire et de lanceurs légers. Et la menace semble bien réelle selon plusieurs responsables interrogés par La Tribune. "On peut s'attendre à tout avec les Italiens, ils nous ont déjà fait le coup", explique un responsable dans le secteur spatial. En revanche, ATK, qui produisaient notamment les propulseurs à poudre des navettes spatiales américaines, serait hors jeu. "C'est un faux nez", explique-t-on à La Tribune. Mais pas Orbital Sciences Corp, qui a une légitimité industrielle dans cette opération et qui pourrait y mettre le prix pour mettre un pied sur le marché européen.

Des coulisses de la vente un peu particulières...

Les coulisses de la vente d'Avio Spazio sont pour le moins un peu particulières. Car Finmeccanica, qui a 15 % du capital d'Avio Spazio, elle-même détenue à 81 % par le fonds britannique Cinven, dispose d'un mandat pour vendre cette entreprise tout en disposant... d'une option de rachat d'Avio Spazio jusqu'au 30 octobre à un prix raisonnable, selon plusieurs sources concordantes. Finmeccanica a intérêt à faire monter les enchères. Soit à demander plus d'un an de chiffre d'affaires (autour de 400 millions) alors qu'il dispose d'une option d'achat évaluée entre 200 et 300 millions d'euros. En revanche, le groupe italien, s'il exerce son option, n'a pas le droit de vendre rapidement Avio Spazio pour empocher une belle plus-value. Une histoire à l'italienne. Que va faire le gouvernement italien ? Sa préférence va vers une solution italienne. Ce qu'il a déjà démontré en exigeant une option d'achat pour Finmeccanica lors de la cession des activités aéronautiques d'Avio Spazio. Que vont faire EADS et Safran ? EADS n'a pas envie semble-t-il de payer trop cher Avio Spazio tandis que Safran pourrait vouloir y mettre le prix. "Ensemble (Safran et Avio Spazio, ndlr), on serait encore mieux", a assuré dimanche le président du directoire de Safran, Jean-Paul Herteman, tout en rappelant que les deux groupes coopéraient ensemble jusqu'ici, notamment dans Europropulsion. A suivre.

En décembre, Cinven et Finmeccanica ont vendu les activités aéronautiques d'Avio à l'américain General Electric pour 3,3 milliards d'euros, ne conservant que le spatial. Safran, présent dans la défense et la sécurité, avait tenté en vain de racheter le groupe italien dans sa totalité, se faisant doubler par son partenaire américain de 40 ans.

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Commentaires
a écrit le 18/06/2013 à 9:08 :
Qu'a la fin c'est Finmeccanica qui gagne, le spatial est strategique pour nous, pourquoi en serait il autrement pour les Italiens ?
Encore une fois au vu de la somme a engager, et de la pression du gouvernement, une solutions italienne sera trouvé pour conserver le spatial en Italie !
Que Safran et les autres arretent de se faire des illusions ...
a écrit le 18/06/2013 à 8:27 :
Je suis toujours étonné de voir dans ce genre de salon ou de foire industrielle à quel point l'Italie possède nombre de pépites technologiques et industrielles. ça change de l'image de fabriquant de spaghettis ou d'huile d'olive que donnent les médias en Europe du Nord.
Réponse de le 18/06/2013 à 9:00 :
L'Italie a plus d'entreprise exportatrice de hautes technologies que la France. Avec une gestion des finances publiques a l'Allemande ce pays seriat numero 2 en Eurrope.
a écrit le 18/06/2013 à 8:23 :
"Vega a un intérêt stratégique réel pour l'Europe car il peut lancer des petits satellites espion sans dépendre de lanceurs russes ou américains"
Aucun satellite purement militaire d'observation français n'a été tiré sur un lanceur Russe ou Américain.
"l'hypothèse qu'il exerce son option"....où il exercerait son option...Parler la France c'est pas facile...

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